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Le gouvernement pour le peuple engendre-t-il spontanément la liberté ?

Publié le 27/02/2008

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Le gouvernement est l’ensemble des institutions qui ont pour but de conduire l’Etat. Le gouvernement pour et par le peuple désigne la démocratie (étymologiquement le pouvoir du peuple). La liberté se laisse comprendre en son sens le plus général comme le pouvoir de faire ce que l’on veut et dans son acception spécifiquement politique, comme le fait d’être gouverné par des lois que l’on a soi-même choisi. Dans la mesure où le peuple ne peut vouloir servir que son intérêt, il suffit que le peuple gouverne pour engendrer spontanément la liberté du peuple la condition de la liberté en ce sens se confond avec la possibilité de se gouverner soi-même. Cependant le peuple a beau avoir le pouvoir, s’il est ignorant et dénué de toute compétence en matière politique, on ne voit pas comment il pourrait être effectivement libre. En ce sens le gouvernement par et pour le peuple n’engendrerait pas de lui-même la liberté. Si la liberté ne se fonde que sur la possibilité de délibérer et de bien choisir, alors il faudrait nécessairement en passer par la compétence des représentants pour permettre une liberté effective. Toutefois ne risque t’on pas alors de n’obtenir qu’une liberté fragile sans autre garantie que celle de la bonne volonté des représentants ? Il faudrait alors en revenir par là où nous avons commencé : le pouvoir pour et par le peuple. Nous sommes dès lors confrontés à ce problème : doit-on penser que le gouvernement pour le peuple engendre la liberté quitte à ce que cette liberté se réduise à la possibilité de faire ce que l’on veut, ou bien faut-il s’appuyer sur la compétence des représentants politiques au risque de se voir confisquer une liberté véritablement politique d’être gouverné par des lois que l’on a choisies ?
 
 

« _ En ce sens on ne peut pas dire que le gouvernement pour le peuple engendre spontanément la liberté.

Si lacondition de la liberté est la compétence politique, alors il faut donner autant que c'est possible un savoir politique àchaque citoyen et lui faire acquérir toutes les compétences nécessaires.

Mais puisque quelque soient les effortsd'éducation, il existera toujours des citoyens qui seront plus compétents que les autres, il est sans doute utile des'appuyer sur leur compétence pour amener la liberté pour le peuple.

Ainsi si la condition de la liberté est lacompétence, un peuple sera d'autant plus libre qu'il aura des représentants plus compétents.

Mais ne peut-on alorscraindre que les représentants s'approprient la liberté du peuple ? Les élections sont des institutions qui existentpour rappeler aux représentants qu'ils ne possèdent de pouvoir que par délégation du peuple qu peut ainsisanctionner ceux qui ne respectent pas leur volonté.

Il n'en reste pas moins que les représentants pour êtreefficaces, ne peuvent être destitués de leur charge tant que leur mandat ne s'est pas écoulé, et ce même s'ils nerespectent pas la volonté du peuple.

Ce sont là deux des quatre principes du gouvernement représentatif établispar Manin dans son livre les Principes du gouvernement représentatif. A l'objection de l'incompétence du peuple, on peut en ajouter une deuxième : même si l'on suppose que le peupleest suffisamment compétent pour se gouverner lui-même, alors pourquoi faudrait-il nécessairement que chaqueindividu se sente libre ? III Sur quoi doit statuer la volonté générale ? _ Pour se sentir libre, il faudrait que chaque individu se sente en accord avec la volonté générale.

L'accord seraitl'intérêt au bien commun comme l'explique Rousseau en II, IV du Contrat social « ce qui généralise la volonté est moins le nombre des voix que l'intérêt commun qui les unit »; Or si la volonté générale est dégagée à traversl'institution du vote, il est évident que cette dernière permet de dégager une majorité et non une unanimité; Eneffet le présupposé de Rousseau est que chaque individu est une partie de la volonté générale; aussi lorsque lavolonté générale affirme la légitimité d'une loi, chaque individu doit s'y soumettre.

Cependant il serait étonnant quetous les individus puissent s'entendre à l'unanimité sur une décision de la volonté générale.

Ainsi sous l'expression dela majorité, il existe une minorité en désaccord qui peut se sentir opprimée par la volonté de la majorité.

C'est ceque l'on peut soutenir avec Mill dans De la liberté : la démocratie est sans doute le meilleur des régimes, mais il permet une nouvelle forme de despotisme, la tyrannie de la majorité._ Sur quoi statuer la volonté générale ? Pour Rousseau, puisque le contrat social procède de la volonté de tous etqu'il n'y a de volonté générale que portant sur un objet général, la volonté générale statut sur la totalité de l'individu: en I, VI le contrat social se réduit à une seule clause fondamentale qui est « l'aliénation totale de chaque associéavec tous ses droits à la communauté ».

Or si la tyrannie de la majorité est possible, il faut se méfier de ce désir dela volonté générale de statuer sur tous les aspects de notre existence.

Nous risquons en effet de sombrer dans unpouvoir autoritaire, tyrannique qui nous dérobe notre liberté la plus fondamentale qui est celle de développer notreêtre selon nos désirs.

En d'autres termes si la liberté est moins le pouvoir d'être gouverné par des lois que l'on achoisies que la possibilité de déterminer la manière dont on veut conduire sa vie ( religions, préférences sexuelles,métiers,) alors il faut que la volonté générale statue sur le moins de choses possibles.

Si l'on veut préserver notreliberté individuelle, la volonté générale ne devra se préoccuper que d'assurer la coexistence entre les sphères deliberté individuelles sans rien leur imposer : c'est la conception libéraliste de l'Etat défendue par Locke dans son second traité du gouvernement civil .

L'Etat est un veilleur de nuit qui réduit son activité à assurer à chacun la possibilité de développer sa propre vie selon son propre choix.

Conclusion : Le gouvernement pour le peuple n'engendre pas spontanément la liberté comme on pourrait le penser de primeabord.

S'il est vrai que la condition de la liberté entendue comme le pouvoir d'être gouverné par des lois que l'on achoisies est que le peuple soit lui-même l'auteur de ses lois, il n'en reste pas moins que son manque de compétencerisque de ne pas permettre un bon gouvernement.

De plus la liberté est aussi la possibilité de développer son propreêtre et donc de le préserver de la majorité toujours susceptible d'être tyrannique.

La liberté en un premier sens nepeut être obtenue que par l'éducation politique de chaque citoyen et l'élection de représentants compétents et enun second sens, l'adoption d'une conception libéraliste de l'Etat;. »

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