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Les artistes nous apprennent-ils ce que nous sommes ?

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Les artistes nous apprennent-ils ce que nous sommes ?

Apprendre est l’acquisition de connaissances, d’un savoir, que l’on peut distinguer en deux catégories. Il y a d’une part le savoir théorique, celui qui consiste en un discours sur les êtres et les choses. Mais il existe également un savoir pratique, qui consiste en la connaissance des pratiques appropriées aux diverses situations de la vie, qui débouche sur l’action.

Lorsque nous parlons de « ce que nous sommes « nous évoquons la nature de l’homme, la définition de l’être même des individus humains. Par nature, nous entendons ce qui définit une chose, exprime son essence,  ce qu’elle est en elle-même et ce qu’elle est par rapport aux autres, à savoir  son ipséité et son altérité.

En posant la question « les artistes nous apprennent-ils ce que nous sommes ? « il peut nous sembler que la réponse est incontestablement négative. En effet, les artistes ne nous apprennent nullement ce que nous sommes, pour la bonne raison qu’ils ne nous apprennent rien, la nature de leur activité étant intrinsèquement trompeuse, monteuse, et par là-même, incapable de produire la moindre connaissance. Cependant, l’activité artistique ne produit-elle pas une idée de ce qu’est la nature humaine, notamment en passant par l’édiction de modèles généraux dont nous savons que l’art classique était féru ? De plus, les artistes ne nous donneraient-ils pas une connaissance non pas générale, mais intime, de notre condition d’hommes, inscrits dans le temps et intégrés dans un contexte social qui a sur nous une influence considérable ?

La question au centre de notre travail sera donc de déterminer si l’art ne nous apprend pas ce que nous sommes en raison de son incapacité à nous apprendre quoique ce soit, ou si au contraire, il ne nous délivrerait pas une connaissance générale et davantage intime sur notre identité. 

« b. L'artiste n'apprend rien car son activité est fondamentalement trompeuse Par conséquent, dans le cadre de la pensée Platonicienne, il est certain qu'un artiste ne saurait nous apprendre ceque nous sommes. En effet, nous dit Platon, si l'artiste était véritablement savant dans les choses qu'il imite, alorsil exercerait son sérieux « bien plutôt dans le domaine des faits que dans celui des imitations, il tenterait de laisser nombre d'actes mémorables en souvenir de lui même, et aurait à cœur d'être plutôt celui dont on fait l'éloge quecelui qui fait l'éloge » République , Livre X, 599b. Platon oppose donc la littérature (notamment les poèmes Homériques) qui ne peut relater que des faits – qu'ils soient véridiques ou fictifs- à la réalité effective des actionshumaines. Par conséquent, nous répondrons sans ambages que dans le cadre de la pensée Platonicienne, l'artisteest incapable de nous apprendre ce que nous sommes, car l'art est par nature, intrinsèquement, une activitémensongère. Certes, l'artiste peut donner une certaine idée de ce que nous sommes : l'Iliade décrit par exemple descomportements héroïques, des sentiments humains (telle que la fameuse colère d'Achille, qui le retint sous sa tentedurant des jours de combat entiers). Mais ce savoir est erroné dans la mesure où il concerne des êtres fictifs etpuisqu'il nous est délivré au moyen d'une représentation qui nous éloigne de la vérité. Dans la mesure où uneconnaissance erronée ne saurait être considérée à proprement parler comme une connaissance, nous dirons que lesartistes ne nous apprennent nullement ce que nous sommes, il ne nous en donne qu'une idée fallacieuse. II. Les artistes nous délivrent une connaissance générale de la nature humaine a. « La poésie est une chose plus philosophique que l'histoire » Cependant, il faut bien voir qu'une telle thèse est tributaire de l'inscription de notre réflexion dans le cadre de lapensée Platonicienne et notamment dans celui des différents degrés de réalité (la copie est plus éloignée de lavérité que l'artefact, lui-même plus loin de la vérité que l'idée). Si nous sortons de cette pensée, peut-être quenotre réponse à la question posée évoluera-t-elle. Dans La Poétique , Aristote écrit cette phrase célèbre « la poésie est une chose plus philosophique que l'histoire ». En effet, alors que l'histoire est le récit du particulier, d'une réalisation effective et passée des potentialités du monde, la poésie est du vrai en général (lorsque nous parlons de« poésie » il faut se rappeler de l'étymologie grecque du terme : poésie vient de « poiesis », « création », c'est doncà la création en générale que nous pensons en employant ce terme). Faire de l'histoire consiste à connaître laréalité en acte, alors que faire de la poésie suppose une connaissance générale de la réalité au-delà de sesréalisations historiques. Par conséquent, l'art a une valeur éducative car il présuppose une connaissance chezl'artiste (celui-ci est capable de considérer la possibilité, la virtualité des réalisations potentielles du réel ; l'historien,lui, ne raconte jamais que le particulier) ; mais également parce qu'il délivre à l'amateur d'art une connaissance. Parexemple, en lisant La marmite de Plaute, le lecteur ne lira pas le portrait d'un avare singulier, mais de l' Avare dans sa généralité. Allant plus loin, le plaisir que l'on prend aux œuvres d'art pour Aristote dérive de leur capacité à nousapprendre quelque chose : « (…) en effet, si l'on aime à voir des images, c'est qu'en les regardant on apprend à connaître et on conclut ce qu'est chaque chose comme lorsqu'on dit : celui-là, c'est lui ». Aristote, La Poétique . b. L'artiste nous délivre une connaissance générale de ce que nous sommes à travers l'édiction de modèles A partir de cette prise en compte de la pensée Aristotélicienne, critique de la position Platonicienne vouant le poèteaux gémonies, nous dirons que l'artiste nous apprend bien ce que nous sommes en retrouvant les catégoriesgénérales d'êtres humains sous lesquelles se subsument les individus pris en particulier. En effet, nous dirons que laconnaissance dont il est question, délivrée par l'artiste, est une connaissance de la généralité, qui vise àl'universalité et à la permanence. Alors que l'Histoire nous compte le vrai singulier, ce qui fut à un moment donné età un endroit précis (par exemple, il est vrai que Léonidas est mort dans le défilé des Thermopyles avec ses 300spartiates) l'artiste va nous permettre d'accéder à une vérité plus générale, qui touche à une analyse de l'humanité.Prenons l'exemple de l'art classique français, entièrement tributaire des analyses aristotéliciennes dans la Poétique : l'objet de l'art est, comme le montre le grand livre de La Bruyère, d'élucider des « Caractères ». Il s'agit de toucherà une vérité de l'humain qui ne change pas, de brosser des personnalités que l'on retrouve où que l'on regarde, dans »

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