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L'esprit scientifique doit se former en se réformant ?

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Les corps inertes sont ici involontairement assimilés à des hommes qui s'efforcent de retrouver leur « chez soi «. Spontanément « je vois le monde comme je suis « et non pas comme il est, selon l'heureuse expression de Paul Eluard. Et je ne projette pas seulement sur le monde mes dispositions personnelles mais encore tous les mythes que je tiens de la tradition. Ainsi les observateurs de l'aurore boréale du 11 octobre 1527 décrivent qu'ils virent dans le ciel des têtes ensanglantées de damnés et des diables cornus armés de tridents et de glaives flamboyants. L'attitude scientifique apparaît alors comme une rupture avec l'attitude naturelle. La science, bien loin de prolonger la vision spontanée que nous avons de l'univers, la transforme radicalement. Aux faits « colorés et divers « de la perception commune elle substitue un univers de quantités abstraites ; à la place du sensible sonore et coloré elle découvre des vibrations dont on peut mesurer longueur d'ondes et fréquence ; à la diversité empirique elle substitue l'unification rationnelle : non seulement, pour la chimie, les corps infiniment divers se ramènent à une centaine de corps simples, mais encore ceux-ci sont-ils composés d'atomes et l'atome lui-même est aujourd'hui analysé, l'électron apparaissant comme le constituant ultime de la matière ; là où la perception immédiate voit des êtres, la science ne connaît que des rapports ; toutes les propriétés apparentes des choses se ramènent à des relations avec d'autres choses ; la chaleur apparente d'une substance s'explique par sa « conductibilité «, le poids dépend du champ de gravitation, la couleur d'un objet de la lumière qu'il réfléchit.Tandis que, spontanément nous nous projetons nous-mêmes sur l'univers, la science nous enseigne à nous comprendre, tout au contraire, à partir de l'univers. Ce qui était principe inconscient d'interprétation devient objet d'explication. Pour l'alchimiste Paracelse (1493-1541), la rouille et le vert-de-gris étaient les « excréments « des métaux qui « mangent et boivent plus que de raison dans le sein de la terre «.

La science parvient-elle atteindre la vérité d'un seul coup de tel au final dans son histoire qu'un ensemble d'erreurs réformées au fur et à mesure des découvertes que les scientifiques sont amenés à faire la vérité scientifique est-elle une ou plusieurs ?

« Bachelard a donc tout à fait raison de dire que l'esprit scientifique s'est forméo contre l'entraînement naturel, contre le fait coloré et divers ». L'espritscientifique, ajoute-t-il, « se forme en se réformant ». Il ne faut pas, eneffet, s'imaginer que l'esprit scientifique se constitue d'un seul coup, leprogrès scientifique apparaissant comme une accumulation progressive dedécouvertes qui s'ajouteraient paisiblement les unes aux autres. En réalité lascience ne progresse pas par accumulation mais par crises. L'espritscientifique apparaît à chaque moment comme un ensemble de principes, deméthodes et de théories, propres à interpréter l'expérience, mais quel'élargissement continu du champ expérimental remet sans cesse en question; la science ne cesse d' « instruire la raison » ; l'idée suscite l'expérience,mais l'expérience transforme l'idée. Les relations entre l'esprit de la science etle donné qu'elle interprète sont d'ordre dialectique. Chaque épreuveexpérimentale apparaît ainsi — selon la formule de Le Roy — comme une «crise de croissance de la pensée ».Considérons par exemple les postulats euclidiens qui jouèrent si longtemps lerôle d'un absolu dans la pensée géométrique. Selon Kant ils appartiennentencore à la structure intime de l'esprit humain, qui porte en lui universellementet nécessairement la « forme a priori » de l'espace. Mais les travaux deRiemann et de Lobatchevski ont montré qu'on peut construire une géométriecohérente tout en modifiant le postulat euclidien des parallèles. Riemann réussit à construire un système dans lequel par un point pris hors d'une droite on ne peut construireaucune parallèle à une droite tandis que Lobatchevski admet, axiomatiquement, la construction d'une infinité deparallèles. Dans la première de ces géométries la somme des angles du triangle est supérieure, dans la secondeinférieure à deux droits. On s'avise alors que l' « absolu » indémontrable d'où part Euclide n'est qu'une conventionparmi d'autres possibles, une « définition déguisée ». La géométrie d'Euclide décrit le cas très particulier d'un espaceà « courbure nulle » tandis que Riemann construit un espace à « courbure positive » et Lobatchevski un espace à «courbure négative ». L'esprit mathématique moderne opère donc une révolution radicale dans l'idée traditionnelle del'axiome ou du postulat. Ces premiers principes ne sont ni vrais ni faux ; ce sont des conventions et on n'a plus à sepréoccuper de leur essence, de leur nature. Ils ont revêtu une signification fonctionnelle, ce sont simplement desrègles opératoires.La physique de la « relativité » a opéré dans la pensée scientifique une mutation du même ordre. Le dispositifexpérimental de Michelson et Morley destiné à mettre en évidence le mouvement de la terre par rapport à l'espaceabsolu de référence, à l'éther, et qui était assez précis pour accuser une vitesse de déplacement de la Terre dix foisplus petite que celle qu'elle a en réalité, n'a jamais révélé la moindre différence de vitesse entre deux rayonslumineux, l'un émis dans le sens du mouvement de la terre, l'autre en sens inverse ; d'où la nécessité deréinterpréter l'ensemble de la Mécanique, et de modifier de fond en comble l'esprit de la science newtonienne. On sait aussi comment la théorie ondulatoire de la lumière, qui avait trouvé dans l'oeuvre maxwellienne soninterprétation mathématique accomplie, a été mise en question par les expériences modernes. L'effet photo-électrique qui dépend de la fréquence, et non de l'intensité, montre que des radiations frappant une surfacemétallique libèrent les électrons du métal et que tout se passe comme si ces électrons étaient dispersés par unegrêle de projectiles ; d'où le retour au moins partiel à une théorie corpusculaire de la lumière qui impose la mise aupoint d'un nouvel outil mathématique (calcul des matrices, mécaniques statistiques) ; l'analyse infinitésimale,analyse du continu, des variations par gradations insensibles qui convenait parfaitement à la théorie ondulatoire dela lumière, théorie continuiste, n'est plus adaptée aux nouvelles données expérimentales. Seulement il faut icicomprendre que la défaite d'un instrument intellectuel n'est pas une défaite de la raison elle-même, mais uneinvitation à prouver sa fécondité par l'invention de concepts et de méthodes inédits, à promouvoir pour répondre àchaque nouvelle « crise » un « nouvel esprit scientifique ». »

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