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L'inconscient est-il un animal redoutable ?

Publié le 05/03/2004

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Des processus inconscients président à toute activité de création. Si l'inconscient était un «animal redoutable«, il ne serait pas l'instigateur des plus hautes productions de l'esprit.  Freud montrera que les plus grands artistes frise la névrose mais parviennent grâce à une sublimation à créer. "À l'instar du névrosé, l'artiste s'était retiré de la réalité insatisfaisante dans ce monde imaginaire, mais, à la différence du névrosé, il savait trouver le chemin qui permettait d'en sortir et de reprendre pied dans la réalité. Ses créations, les oeuvres d'art, étaient des satisfactions fantasmatiques de voeux inconscients, tout comme les rêves avec lesquels elles avaient également en commun le caractère de compromis, car elles aussi devaient éviter d'entrer en conflit ouvert avec les puissances du refoulement. Mais, à la différence des productions du rêve, asociales et narcissiques, elles étaient conçues pour que d'autres hommes y participassent, elles pouvaient susciter et satisfaire chez ceux-ci les mêmes motions de désirs inconscients. En outre, elles se servaient du plaisir que procure la perception de la beauté formelle comme d'une « prime de séduction «. L'apport spécifique de la psychanalyse pouvait consister à reconstruire, par recoupement des impressions vécues, des destinées fortuites et des oeuvres de l'artiste, sa constitution et les motions pulsionnelles qui étaient à l'oeuvre en elle, soit ce qu'il y avait en lui d'universellement humain. C'est dans une telle intention que j'ai pris par exemple Léonard de Vinci comme objet d'une étude qui repose sur un seul souvenir d'enfance communiqué par lui-même, et qui vise pour l'essentiel à expliquer son tableau La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne. Mes amis et élèves ont ensuite entrepris un grand nombre d'analyses semblables sur des artistes et leurs oeuvres.

 

  • I) Inconscient et animalité.

 

a) Quand l'homme dort, les monstres se réveillent ! b) L'inconscient est amoral. c) Inconscient et violence.

 

  • II) L'inconscient n'est pas un animal redoutable.

 

a) La conscience est est une étroite demeure. b) La création a sa source dans l'inconscient. c) L'inconscient est innocent.

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« Quand l'homme dort, les démons qui l'habitent se réveillentPlaton, dans La République, dépeint ce qui se passe lorsque la partie del'âme qui raisonne s'endort et cesse de commander l'autre partie, la«partie bestiale et sauvage». «Il n'est point d'audace devant quoi ellerecule», écrit-il. Elle est capable «de se souiller de n'importe quelmeurtre», de se complaire dans la plus immorale des luxures, dedevenir, comme Oedipe, amant de sa mère et assassin de son père. L'inconscient ignore la morale« L'inconscient est une méprise sur le moi, c'est une idolâtrie du corps.On a peur de son inconscient. » ALAIN. Alain, professeur de philosophie, journaliste, écrivain se consacre à ladiffusion d'une pensée rationaliste qui réfute les courants à la mode auprofit de la « grande philosophie » traditionnelle, représentée, selon lui,par Platon, Descartes, Hegel, Comte. Il considère la philosophie commeun instrument de libération où l'esprit maîtrise l'imagination et lesdésordres de la passion. Cette victoire de la raison, qui est toujours àrecommencer, passe par la soumission du corps et le rejet des inerties« qui, si on n'y prend garde, prennent le masque de la pensée. »Aussi Alain refuse-t-il, chaque fois qu'il a à s'exprimer sur ce point, lacroyance à l'inconscient. Dans « Éléments de philosophie », il écrit : «L'inconscient est une méprise sur le moi, c'est une idolâtrie du corps. On a peur de l'inconscient ; là se trouvelogée la faute capitale. Un autre moi me conduit qui me connaît et que je connais mal. L'hérédité est unfantôme du même genre. » (Livre II, chapitre XVI).Ici la formule est empreinte d'une certaine réserve, mais souvent la dénonciation est beaucoup plus violente.Ainsi, dans son « Histoire de mes pensées », il écrit : « J'allais ainsi contre le plus fort préjugé des tempsmodernes ; et de toute façon je devais être jugé sévèrement par tous les docteurs, du moment que jen'adorais pas à quatre pattes l'inconscient, le subconscient, le seuil de conscience, et d'autres articles de laphilosophie simiesque. »En tout cas, elle est de principe : « Dans les disputes sur l'inconscient, où, contre toutes les autoritésétablies et reconnues, je ne cède js un pouce de terrain » (« Sentiments, Passions et Signes »). Ce n'est certes pas, on s'en doute qu‘Alain ignore tout de Freud (pour l'inconscient psychique), ou de Darwin(Pour les lois de l'hérédité). « Qu'un mécanisme semblable à l'instinct des bêtes nous fasse souvent parler etagir, et par suite penser, cela est connu et hors de discussion » (« Sentiments, Passions et Signes »). On nepeut pas dire non plus qu'Alain n'ait pas un moment essayé de comprendre cette doctrine : « Ne cherchezjamais à quoi pense un foi, mais plutôt observez comment un dérangement mécanique produit des signes quin'ont pas de sens [...]. Je pensais à ces choses comme je lisais la « Psychanalyse de Freud ; ce n'est qu'unart de deviner ce qui n'est point » (« Propos », « Signes ambigus », 17 juillet 1922).Ou encore dans un « Propos » antérieur : « Cette idée de l'inconscient, tant vantée et si bien vendue, je n'enfais rien ; [...] quand j'ai voulu en user, afin de me mettre à la mode, elle n'a rien saisi de l'homme, ni rienéclairé » (« Fantômes », 23 septembre 1921).Il s'agit, pour Alain, de quelque chose de plus qu'une simple question de mots. Il estime qu'on ne peutaucunement, à partir des doctrines sur l'inconscient ou l'hérédité, fonder une quelconque morale : « Le publiccomme les auteurs n'ont point coutume de dire conscience morale ; ils disent conscience, et tout est dit »,ou encore, « J'étais aidé par la langue commune, qui n'admet point d'autre sens du mot conscience que celuiqui implique le jugement moral. » (Alain, « Histoire de mes pensées « ). Au contraire, lorsque Freud parled'inconscient, il le fait en référence à la conscience psychologique, et pas du tout par rapport à la consciencemorale.Certes la conscience est toujours double, car la conscience oppose toujours ce qui devrait être à ce qui est.« La conscience suppose une séparation de moi d'avec moi, en même temps qu'une reprise de ce qu'on jugeinsuffisant, qu'il faut pourtant sauver. » Il s'agit là, comme le dit Alain, d'une « conception héroïque de lamorale », qui explique parfaitement que l'inconscient ne soit alors conçu que comme « une consciencesubalterne, errante et séparé », à proprement parler comme quelque chose d'inintéressant, sinon d'impossible.Ce qui est en jeu, pour Alain, c'est un conflit sans cesse recommencé entre les passions (l'inconscient) et laraison (le conscient), ou, plus simplement encore, entre le corps et l'esprit. Les partisans de l'inconscientestiment sans doute que les signes qui viennent du corps sont des pensées qui méritent d'être interprétées ;pour les tenants du rationalisme, il n'y a de pensées véritables qu'en liaison avec une extrême attention. Une« pensée qui n'est point formée en pleine attention » n'est pas une pensée du tout.La fabrique de notre corps peut produire des suites de paroles et de gestes par le simple jeu de l'excitation etde la fatigue. Et parce que je suis homme (et d'emblée crédule), je suis porté à croire que « tous mesmouvements sont des signes, et tous mes cris sont des sortes de mots ». Je suis porté à croire « que toutcela a un sens, et traduit à moi-même mes propres pensées, pour moi secrètes, de moi séparées, et quivivent, s'élaborent, se conservent dans mes profondeurs ». Et avec le grand talent d'écrivain qui est le sien,Alain dénonce cette illusion : « C'est une erreur sur les pensées mêmes, que l'on croit conserver en soi commedes pensées dans les profondeurs, qu'on reverra, qui auront grossi ; ou comme des algues recouvertes d'uneeau opaque, qui grandissent et se nourrissent, et que quelque coup de mer jettera sur la plage. »Cette croyance en la possibilité de lire les signes renvoie à cette toute-puissance des passions qui nous rend »

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