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Peut-il exister des désirs naturels ?

Publié le 10/08/2013

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Parce qu’il n’écoute pas seulement ce que la sensation lui dit, l’homme est capable

de désirer quelque chose d’en fait déplaisant : alors que le plaisir est univoque pour

Épicure (il n’y a pas plusieurs genres de plaisirs), le désir devient avec l’homme qualitativement

différencié. Il y a d’un côté les désirs naturels, ceux qui ont la sensation

pour principe, et qui nous font désirer ce qui est en soi désirable, à savoir le plaisir. Et

il y a les désirs qui ne sont pas naturels, parce qu’ils ne proviennent pas de la sensation,

mais de l’imagination – et ceuxlà

suffisent à faire notre malheur.

« Sujet 1 s upposer même qu’il puisse y avoir des désirs contre nature, demeure toutefois intacte la question de la naturalité du désir lui-même : car enfin, s’il peut fort bien nous arriver de désirer quelque chose dont l’obtention n’a rien de vital, si autrement dit nous pouvons avoir des désirs qui n’ont rien de naturel, n’est-ce pas justement parce que nous ne sommes pas des animaux tout entier livrés aux impératifs de la survie ? La nature de l’homme, n’est-ce pas d’avoir des désirs autres que simplement naturels ? Mais en ce cas, peut-on encore parler de nature ? Ne faudra-t-il pas bien plutôt dire que le désir est ce par quoi un être spirituel s’arrache de toute nature et se sépare sans remède de l’animalité ? I.

Des désirs naturels à la naturalité du désir 1.

La sensation est la seule norme absolue Nous sommes des êtres de désir, telle est notre nature ; mais cela ne signifie justement pas que tous les désirs soient eux-mêmes naturels : telle est la leçon qu’Épicure en- tend nous transmettre.

Comme tous les êtres vivants en e ffet, nous sommes soumis à la polarité du plaisir et de la peine, qui viennent qualifier toute sensation (toute sen- sation est plaisante ou déplaisante, à quelque degré que ce soit) ; et comme tout être vivant, nous avons naturellement tendance à chercher le plaisir et à fuir le déplaisant. Tout plaisir est un bien, toute douleur est un mal : la sensation, juge infaillible de ce qui est agréable ou douloureux, est un guide qui ne saurait nous égarer et qu’il su ffit de suivre sans s’en écarter.

De ce point de vue, les animaux sont nos modèles : ils nous donnent à voir ce qu’est une vie orientée par la sensation immédiate du plai- sant et du déplaisant ; seulement, à la di fférence des animaux, les hommes possèdent un esprit, et une imagination.

L’esprit les rend capable d’avoir des notions abstraites, qui doivent provenir des sensations pour être vraies.

Par l’imagination en revanche, l’homme devient capable de se projeter hors de l’instant présent, c’est-à-dire hors du temps de la sensation ; de là vient qu’il peut s’égarer, et poursuivre un bien tout sauf véritable. Parce qu’il n’écoute pas seulement ce que la sensation lui dit, l’homme est capable de désirer quelque chose d’en fait déplaisant : alors que le plaisir est univoque pour Épicure (il n’y a pas plusieurs genres de plaisirs), le désir devient avec l’homme qua- litativement di fférencié.

Il y a d’un côté les désirs naturels, ceux qui ont la sensation pour principe, et qui nous font désirer ce qui est en soi désirable, à savoir le plaisir.

Et il y a les désirs qui ne sont pas naturels, parce qu’ils ne proviennent pas de la sensation, mais de l’imagination – et ceux-là su ffisent à faire notre malheur. 2.

Les désirs non naturels proviennent de l’imagination Ainsi, et contrairement à tous les animaux, l’homme est capable d’imaginer sa propre mort, d’imaginer ce qu’il pourrait par après advenir de son corps, et de son âme. L’idée de son cadavre laissé en pâture aux bêtes fauves l’horrifie ; la représentation 23. »

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