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Peut-on affirmer que l'utopie est nécessaire ?

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Thomas More, titre complet de L'Utopie, 1516. « La cité qu'il faut placer au premier rang, la cité dont la constitution et les lois sont les meilleures, est celle où régnera le plus complètement possible dans la vie sociale sous toutes ses formes l'antique maxime d'après laquelle tout doit être réellement commun entre amis. « Platon, Les Lois, ive s. av. J.-C.« Si par communisme [...] on entend une société d'où serait absente toute résistance, toute épaisseur, toute opacité; [...] où les désirs de tous s'accorderaient spontanément [...], il faut dire clairement que c'est là une rêverie incohérente, un état irréel et irréalisable dont la représentation doit être éliminée.

« Si l'on dit n'importe quoi on peut sans hésiter affirmer que l'utopie est nécessaire ou bien au contraire qu'elle ne l'estabsolument pas. Mais suivre une telle voie ne nous mènerait assurément pas loin. Il est préférable de constaterl'aspect apparemment surprenant de la question : Peut-on affirmer que l'utopie est nécessaire ? La surprise vient dufait que d'habitude les notions d'utopie et de nécessité ne se trouvent pas rassemblées ainsi. Si nous entendonsparfois parler de nécessité historique, nous considérons d'ordinaire l'utopie comme quelque chose qui relève duchimérique. En général, l'utopie s'apparente aux rêves irréalisables, aux tentatives pour fuir la réalité. Terred'élection des songes creux, l'utopie peut jouer un certain rôle dans une société malade comme la nôtre, celuidévolu à l'évasion, mais en quoi est-elle nécessaire ? Pour répondre à cette question, nous devons quitter le terrainbien commode du cela va de soi et des généralités. Nous devons admettre que ce qu'on croit savoir habituellementde l'utopie ne nous est d'aucune utilité. Bref nous devons d'abord chercher à savoir ce que désigne au juste l'utopie.C'est seulement alors qu'il nous sera permis de voir en quoi consiste sa nécessité. Est nécessaire ce qui ne peut pasêtre autrement, à la différence de ce qui est contingent. Nous tâcherons de montrer que les apparitions des utopiesau cours de l'histoire offrent différents visages. Et nous examinerons pour conclure pourquoi il est permis d'affirmerqu'aujourd'hui l'utopie possède une indéniable nécessité. Le mot d'utopie est créé, sous la forme latine utopia, par l'anglais Thomas More qui après avoir été grand chancelierdu royaume mourut décapité le 6 juin 1535. Imaginez-vous donc en train d'écouter le récit de Raphaël Hythloday (étymologiquement : celui qui est habile àraconter des histoires), jeune voyageur portugais. Vous voilà tout à coup touché par les moeurs et les institutionsdu peuple utopien. Le dispositif rhétorique qui produit cet autre monde sous vos yeux consiste moins à vous fairecroire qu'un tel peuple existe qu'à susciter en vous le désir de vivre selon un tel mode de vie. Il vous faut parconséquent suivre deux cheminements parallèles, celui de comprendre ce que peut être « la meilleure forme decommunauté politique » (sous-titre de l'ouvrage) et celui de laisser fonctionner une écriture qui vise à donner àvotre esprit un pli encore inconnu, l'amenant à se convertir d'une adhésion au présent à la possibilité d'un agir.Dans la fiction utopique de Thomas More, l'écriture elle-même devient incitative, exercant l'esprit à s'ouvrir à desdimensions insoupçonnables. Au vrai, l'ouvrage comporte un agencement de deux livres sur le premier duquel on al'habitude de faire l'impasse. Si le livre second, en effet, décrit particulièrment la ville d'Amaurote et, au travers d'unurbanisme géométrique, un ordre social transparent, la lecture du premier livre demeure indispensable puisque lanarration des voyages du navigateur s'y fait expérience d'assouplissement de l'esprit, mise en scène de l'opinion àrectifier, et explication du statut de la philosophie.Pour qui entend prononcer aujourd'hui ce terme, utopie, une autre conversion s'impose. Trop d'usages dépréciatifssont destinés à discréditer les appels à penser et agir en politique. L'utopie, littéralement lieu de nulle part, qui estaussi souvent une uchronie — d'aucun temps — se place sous le signe d'une libération de l'esprit. Ainsi en va-t-ildes Solariens qui, vivant sous la dictature de la vertu, couplent leur cité modèle à l'idéal d'une réforme de l'ordresocial chrétien existant (Campanella, 1602). C'est le titre d'un livre publié en latin en 1516 à Louvain. Le mot est construit à partir de deux mots grecs : ou, quisignifie aucun, pas de, et topos qui veut dire lieu. L'utopie désigne donc le pays de nulle part, ce qui n'a pas de lieu.Voilà l'origine de ce mot que l'on tient souvent pour synonyme de chimère et dont on se moque en termescondescendants. Qui peut encore entendre dans ces petits rires gênés l'écho du grand rire de Rabelais ? Qui sesouvient de ce rire sonore et vivifiant qui parcourait à sa manière le même pays d'utopie ? « De là partons, feirentvoille au vent de la Transmontane, passons par Meden [null, par Uti [aucun], par Udem [rient, par Gelasim [risible[,par les Isles de Phées, et jouxtent le royaulme de Achorie [sans pays] ; finalement arriverent au port de Utopie,distant de la ville des Amaurotes par troys lieues et quelque peu dadvantaigne » (Rabelais, Pantagruel, Les BellesLettres, chap. XXIV, p. 122). Remontons donc à l'origine du mot en nous demandant si c'est aussi l'origine de lachose. Par exemple, Platon dans un dialogue appelé Timée et dans un autre appelé Critias parle de la grande îlelégendaire de l'Atlantide. Ne sommes-nous pas ici devant une utopie tout comme dans l'ouvrage de More ? A encroire Louis Marin, il ne le semble pas. En effet les descriptions des dialogues de Platon relèveraient non de l'utopiemais du mythe, lequel se définirait comme « un récit formulant structurellement la solution d'une contradictionfondamentale » (Utopiques: jeux d'espaces, p. 297). L'utopie, quant à elle ne se présenterait pas comme unehistoire qu'on raconte, mais bien plutôt comme un tableau qu'on montre, tableau qui se manifeste de lui-même dansle livre. Nous pensons toutefois qu'il existe, en deçà même de la distinction proposée par Marin, une profondeparenté entre les thèmes platoniciens et ceux de Thomas More. C'est ainsi que l'on trouve dans le Critias unedescription de l'île qui fait appel à des formes géométriques précises (lignes, carrés, cercles). Or ces formes sontcelles que l'on retrouve dans la description de l'île d'Utopie. Ne nous contentons pas de noter des ressemblances,cherchons à les expliquer. Sans entrer ici dans une démonstration fouillée, nous voudrions cependant avancer quece qui est commun aux deux textes, c'est un désir de rationalité qui prend dans un cas (Platon) l'aspect du mythe et dans l'autre (More) celui de l'utopie. Les structures géométriques manifestentdans leur idéale perfection l'idéal même de la raison. La différence qui sépare ce que dit Platon de ce que dit Morene réside pas tant dans une configuration structurale (récit ou tableau) que dans une position distincte par rapportà l'histoire profonde de l'Occident. C'est la même raison, différemment située, qui traverse les deux écrits. ChezPlaton, il s'agit en quelque sorte de la figure inaugurale de cette raison. Chez More, il s'agit, du même coup, dusouvenir de ce logos platonicien tel qu'il inspire aussi la politique (cf. La République) et de la préfiguration de laraison qui marquera de son empreinte le siècle suivant. Voyons à présent de plus près, en suivant le fil du texte deMore, si l'on peut affirmer que l'utopie est nécessaire.Il convient tout d'abord de noter que L'Utopie s'inscrit historiquement dans une période de crise qui affecte tous lesdomaines de la société (économie, politique, religion, culture, etc.). Le moins que l'on puisse dire est que l'Angleterre »

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