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Peut-on distinguer de vrais et de faux besoins ?

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[Plus les sociétés humaines se sont développées,plus elles ont engendré de nouveaux besoins. Ces besoins,qui ne possèdent pas le caractère de la nécessité,peuvent être qualifiés de faux besoins.] Il existe des besoins fondamentaux Épicure distingue les vrais besoins des faux. Pour lui,le plaisir ou la satisfaction du désir est un bien. Mais s'il affirme que l'homme doit s'employer à rechercher le plaisir pour être heureux, il ne doit pas en faire la visée ultime ou le but de toutes ses actions. Le plaisir ne doit pas être recherché pour lui-même, mais seulement pour éviter la souffrance et avoir la paix de l'âme. Le bonheur n'est pas le fruit de la luxure : « Ce ne sont pas les beuveries et les orgies continuelles, les jouissances des jeunes garçons et des femmes, les poissons et autres mets qu'offrent une table de luxueuse qui engendrent une vie heureuse, mais la raison vigilante qui recherche minutieusement les motifs de ce qu'il faut choisir et de ce qu'il faut éviter et qui rejette les vaines opinions, grâce auxquelles le plus grande trouble s'empare des âmes « (« Lettre à Ménécée «).Aussi Épicure distingue-t-il :

* Les désirs naturels et nécessaires au bien-être du corps et de l'âme, qui s'appliquent aux objets susceptibles de supprimer la douleur, tels la boisson qui étanche la soif ou la pain qui calme la faim.

* Les désirs naturels et non nécessaires.

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Les vrais besoins de tout être vivant sont les besoins naturels d'auto-conservation (reproduction, nutrition). Les faux besoins seraient les besoins artificiels de l'homme. Par exemple, nous avons besoin de travailler, de posséder un logis, de consulter une horloge pour savoir l'heure qu'il est, etc. Mais l'homme est un être culturel, dont les habitudes deviennent une seconde nature ; d'autre part, les besoins qui à l'origine sont naturels sont peu à peu recouverts par des pratiques culturelles. Et il est illusoire sans doute de distinguer les deux domaines. Quand Rousseau tente d'exposer cette distinction, il précise bien que l'état de nature qu'il décrit n'est qu'une hypothèse, un concept opératoire : l'état de nature n'a peut-être jamais existé (Second Discours, début). C'est parce que nous ne savons pas ce que l'homme naturel peut être exactement que nous ne pouvons distinguer entre vrais et faux besoins. L'homme est un être culturel et cette culture devient une seconde nature. En ce sens, il est naturel pour nous d'avoir besoin d'un logis, d'une horloge, etc.

« "On croit m'embarrasser beaucoup en me demandant à quel point il fautborner le luxe. Mon sentiment est qu'il n'en faut point du tout. Tout estsource de mal au - delà du nécessaire physique. La nature ne nousdonne que trop de besoins ; et c'est au moins une très hauteimprudence de les multiplier sans nécessité, et de mettre ainsi son âmedans une plus grande dépendance. Ce n'est pas sans raison queSocrate, regardant l'étalage d'une boutique, se félicitait de n'avoir àfaire de rien de tout cela. Il y a cent à parier contre un, que le premierqui porta des sabots était un homme punissable, à moins qu'il n'eût malaux pieds" ROUSSEAU "Dernière réponse de Jean - Jacques ROUSSEAU de Genève"in Discours sur les sciences et les arts 1 . Où cesse le besoin ? où commence le superflu ? ROUSSEAU n'a nullepeine pour répondre à la question qui lui est posée après le Discours surles sciences et les arts où sont condamnées comme dangereuses etinutiles les connaissances, les techniques et les oeuvres d'art. Lesuperflu commence précisément là où le besoin cesse. L'auteur rapportela question posée, donne aussitôt la réponse et ses motifs et lacomplète par un exemple emprunté à l'antiquité grecque. Cependant, faut - il partager le sentiment de ROUSSEAU et croire que le luxe est source de mal ? La question posée à ROUSSEAU allait de soi après le Discours sur les sciences et les arts. Si le luxe estcondamnable, quand commence le luxe ? Une objection est faite à l'auteur ("On croit m'embarrasser beaucoup"). La question des limites est toujoursune question litigieuse et peut - être question sophistique moins destinée à éclairer qu'à étourdirl'interlocuteur ("On croit m'embarrasser beaucoup"). La question des limites est difficile à trancher : oùcommence et où le finit le champ du voisin ? où cesse l'amitié et quand commence l'amour ? La question deslimites est une question difficile en cela qu'elle laisse toujours place à une casuistique infinie voire à de lafinasserie ("à quel point il faut borner le luxe"). Mais à question inutilement compliquée, réponse simple : "Mon sentiment est qu'il n'en faut point du tout". Cen'est donc pas une affaire quantitative de plus ou de moins : le luxe doit être totalement absent. La réponseappelle une explication : "Tout est source de mal au - delà du nécessaire physique". Le luxe est un mal radical: il n'y a pas de demi - mesure en la matière. Au delà du nécessaire physique, tout est source de mal quidépasse ce dont le corps a besoin. Le corps et ses besoins déterminent eux - mêmes et donc sanscontestation possible les limites du luxe. ROUSSEAU a retenu sans doute la leçon d'EPICURE et sa célèbreclassification des désirs : il ne semble retenir que les désirs naturels et nécessaires 2 . En effet, au - delà du nécessaire physique : "Tout est source de mal". ROUSSEAU ne précise quel mal est provoqué par le luxe. Lemal est d'abord un mal moral : le luxe ne procure qu'un plaisir supplémentaire, qui n'est pas donné par lanature et qui de ce fait n'est pas utile. L'objet de luxe est celui dont la présence n'apporte rien mais celuidont l'absence fait souffrir. L'objet de luxe est celui dont la présence n'apporte rien qui n'eût pu être apportépar un objet ordinaire et celui dont le retrait provoque une souffrance que l'homme eût pu ne jamaisconnaître. A cela, l'auteur apporte une raison : la surabondance de la nature. Mais cette surabondance n'est pas celledes dons mais celle du manque : "La nature ne nous donne que trop de besoins". Le thème familier deROUSSEAU de la surabondance naturelle est ici renversée. La pénurie pour satisfaire les besoins institués estmanifeste. La pénurie est source de danger si l'homme cède : "c'est au moins une très haute imprudence deles multiplier sans nécessité". La prudence est chez EPICURE fronhsiV : sagesse pratique, calcul des plaisirs. La raison relaie la nature : le corps ne suffit pas pour indiquer par les besoins ce qu'il est nécessaire desatisfaire et ce qu'il est inutile et même dangereux de satisfaire. Il y a un risque : "mettre ainsi son âme dansune plus grande dépendance". L'âme n'est pas dépendante dans le luxe ; elle est dans : "une plus grandedépendance" : elle est dépendante avant le luxe. Mais de quoi est - elle dépendante ? - sans doute moins ducorps que des besoins du corps. Ainsi, le corps semble veiller à l'intégrité de l'âme alors que l'âme qui devraiteffectuer la discrimination entre les désirs institue par le luxe ce qui la met dans la dépendance. ROUSSEAU propose un exemple. On attend EPICURE et l'on a SOCRATE ("Ce n'est pas sans raison queSocrate, regardant l'étalage d'une boutique, se félicitait de n'avoir à faire de rien de tout cela"), - encore est- ce un SOCRATE plus proche des Cyniques Grecs que du SOCRATE de PLATON. SOCRATE est l'homme duraisonnement et c'est lui que ROUSSEAU, dans un exemple emprunté à DIOGENE LAERCE, choisit. L'exempleenrichit de trois manières la thèse de ROUSSEAU. Jusqu'alors, il s'agissait de ne pas multiplier les désirs : lecorps avait le rôle de gardien de l'intégrité de l'âme et cela afin d'éviter la dépendance de celle - ci. Mais avecl'exemple de SOCRATE, la raison semble avoir un rôle offert : "Ce n'est pas sans raison (...)", et peut - êtrepour SOCRATE lui - même. De plus, le renoncement est ici une abstention ("(...) de n'avoir à faire de rien de »

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