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Peut-on être indifférent à autrui ?

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Sartre fera d'autrui dans L'Être et le Néant le "médiateur indispensable entre moi et moi-même" et du conflit la forme indépassable de mon rapport à autrui. L'indifférence n'est donc logiquement pas possible, puisque autrui n'est pensable que comme un rapport. Pour Lévinas (Éthique et infini), autrui est le signe de l'exigence morale, et ne peut donc donner lieu à une indifférence. L'indifférence ne semble pouvoir être pensée par rapport à autrui, mais uniquement dans un rapport à soi. Mais si l'on ne peut être indifférent à autrui, ne doit-on pas chercher à amoindrir le pouvoir d'autrui ? Si l'on ne peut être indifférent, doit-on pour autant être sous le joug d'autrui ? INTRODUCTIONUne comédie du poète latin Térence, Le bourreau de soi-même, s'ouvre sur la rencontre de deux « gentilshommes campagnards » profondément différents. Alors que Ménédème travaille perpétuellement à son champ, sans se préoccuper de ses relations avec le voisinage, Chrémès recherche au contraire la première occasion pour lier connaissance. Il va vers Ménédème, engage la conversation et lui conseille même de se ménager. Mais l'autre le rabroue : à chacun ses affaires ! Et Chrémès de répondre, pour justifier sa curiosité : « Je suis homme et j'estime que rien de ce qui est humain ne m'est étranger.

« 2. CONFLIT ET ALTÉRITÉ ¦ L'attitude de Chrémès paraît ainsi bien naturelle. Par ses questions et par sa sollicitude un peu envahissante, iln'essaye pas seulement de « briser la glace ». Il entend affirmer l'existence d'une communauté entre tous leshommes. Pour cette raison, la réplique : « Je suis homme... » qu'il donnera à son voisin est devenue le mot d'ordrede l'humanisme moderne. Seulement, entrer en relation avec autrui est-ce uniquement manifester à son égardl'empressement bienveillant d'un Chrémès ? L'incompréhension ou le conflit ne sont-ils pas les modalités les pluscourantes de notre rapport aux autres ? Mais alors, peut-on encore affirmer qu'autrui m'est indispensable ? A - Le barbare n'est pas mon semblable ¦ Autrui, nous l'avons dit, n'est pas nécessairement un proche. Autrui c'est n'importe quel autre homme. Néanmoins,bien souvent il ne me semble pas être mon prochain, « mon semblable, mon frère » selon l'expression de Baudelairedans Les Fleurs du mal. Il se signale avant tout par son altérité radicale. Il est même si différent qu'il estfréquemment incompréhensible, ses actions, ses paroles me semblent souvent absurdes, dénuées de sens ouétranges. Son étrangeté peut alors susciter la peur, la réprobation ou l'agressivité. Sa singularité sa différencemasque à mes yeux nos similitudes : il n'est plus mon semblable mais l'étranger ? Complètement différent.¦ Par exemple, les différences entre cultures sont habituellement regardées comme des abîmes. Face à cesdissemblances manifestes, l'attitude la plus ancienne et la plus répandue, remarque Lévi-Strauss dans son rapport àl'Unesco sur le racisme : Race et Histoire, a toujours été de nommer « hommes » uniquement ceux qui sontsuffisamment semblables à moi. Mais on ruine de la sorte l'idée d'une communauté humaine universelle où touthomme est autrui c'est-à-dire un semblable. Car alors « l'humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupelinguistique, parfois même du village ». Les Grecs nommaient par exemple « barbares » les peuples qui ne parlaientpas leur langue. Un barbare est en effet trop « autre » pour être encore « autrui ». Entre lui et moi toute relationsemble impossible. Seul demeure un face-à-face tendu. B - L'enfer, c'est les autres ¦ Les différences culturelles ne sont qu'un cas particulier de cette fracture qui passe entre moi et tout autre. Etc'est dans cet écart que naissent conflits et souffrances. Par exemple, le regard d'autrui peut être impitoyable. Enme scrutant avec détachement, il peut me transformer en chose. Parce qu'il me nie en tant qu'homme, le regardd'autrui devient insupportable. Et c'est alors que l'on s'écrie, à la suite de Garcin, dans Huis clos, que « l'enfer, c'estles Autres ».¦ Il ne suffit donc pas d'entendre cette célèbre phrase comme la plainte d'un homme que les autres gêneraient enrestreignant son confort ou en contrariant ses envies. Dans la pièce de Sartre, tout comme dans L'Être et le Néant,le regard d'autrui suscite l'angoisse parce qu'il échappe à mon pouvoir, à mon désir et à ma volonté. Il est le signequ'autrui est toujours lointain. Sur la question d'autrui, Sartre souligne que seul Hegel s'est vraiment intéressé à l'Autre, en tant qu'il est celui par lequel ma conscience devientconscience de soi. Son mérite est d'avoir montré que, dans mon êtreessentiel, je dépends d'autrui. Autrement dit, loin que l'on doive opposer monêtre pour moi-même à mon être pour autrui, « l'être-pour-autrui apparaît comme une condition nécessaire de mon être pour moi-même » : « L'intuition géniale de Hegel est de me faire dépendre de l'autre en mon être. Je suis, dit-il, un être pour soi qui n'est pour soi que par un autre. » Mais Hegel n'a réussi que sur le plan de la connaissance : « Le grand ressort de la lutte des consciences, c'est l'effort de chacune pour transformer sacertitude de soi en vérité. » Il reste donc à passer au niveau de l'existence effective et concrète d'autrui. Aussi Sartre récupère-t-il le sens hégélien de la dialectique du maître et de l'esclave, mais en l'appliquant à des rapportsconcrets d'existence : regard, amour, désir, sexualité, caresse. L'autredifférence, c'est que si, pour Hegel , le conflit n'est qu'un moment, Sartre semble y voir le fondement constitutif de la relation à autrui. On connaît laformule fameuse : « L'enfer, c'est les autres ». Ce thème est développé sur un plan plus philosophique dans « L'être & le néant ». Parodiant la sentence biblique et reprenant l'idée hégélienne selon laquelle « chaque conscience poursuit la mort de l'autre ». Sartre y affirme : « S'il y a un Autre, quel qu'il soit, quels que soient ses rapports avec moi, sans même qu'il agisse autrement sur moi que par le pur surgissementde son être, j'ai un dehors, une nature ; ma chute originelle, c'est l'existence de l'autre... » J'existe d'abord, je suis jeté dans le monde, et ensuite seulement je me définis peu à peu, par mes choix et par mesactes. Je deviens « ceci ou cela ». Mais cette définition reste toujours ouverte. Je suis donc fondamentalement libre « projet », invention perpétuelle de mon avenir. Et je suis celui qui ne peut pas être objet pour moi-même, celui qui ne peut même pas concevoir pour soi l'existence sous forme d'objet : « Ceci non à cause d'un manque de recul ou d'une prévention intellectuelle ou d'une limite imposée à ma connaissance, mais parce que l'objectivité réclame unenégation explicite : l'objet, c'est ce que je me fais ne pas être... » »

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