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Peut-on se soustraire au temps ?

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temps

• «Peut-on « signifie, dans cet intitulé de sujet, « est-il possible «, mais aussi « est-il légitime «. C'est donc la notion de possibilité, mais aussi de légitimité, qu'il faudra questionner ici. Qu'est-ce, maintenant, que le temps ? Il désigne, en une première acception de ce terme, le changement perpétuel transformant le présent en passé, changement irréversible qui me signale que tout s'écoule et que tout passe. Le temps se manifeste à moi dans l'irréversibilité des changements, dans le caractère qu'ils possèdent d'être irréversibles. Je ne puis, en effet, remonter la route du passé.
 Que désigne, maintenant, le verbe « se soustraire «? Il y a, dans ce terme, l'idée d'un échappement possible à une réalité à laquelle on est exposé. Se soustraire, c'est s'affranchir d'un ordre ou d'une chose donnés et constitués, c'est leur échapper, comme s'ils étaient frappés de quelque marque ou signe négatifs.
 • L'intitulé du sujet signifie, par conséquent, en première approche tout au moins : est-il possible, et légitime, de s'affranchir du temps, conçu comme le changement perpétuel transformant le présent en passé ?
 • Mais ce sujet pose un problème, que nous pourrons brièvement formuler ainsi : il nous suggère que, dans le temps, l'homme se perd et s'égare, que la temporalité ne constitue pas une matrice créatrice de l'humain, puisqu'il s'agit essentiellement de savoir s'il est possible (ou légitime) d'y échapper. Dès lors, on peut se demander si, dans le temps, l'homme se perd ou se trouve, si le temps est ou non une forme créatrice de notre existence et de notre essence.
 

« vécu et qualitatif, il est un temps objectif, forme vide analogue à l'espace. Or, à ce niveau également, onremarquera qu'il n'est ni possible ni légitime de tenter de se soustraire au temps, lequel représente, comme l'a bienmontré Kant, en particulier dans les célèbres analyses de l'Esthétique transcendantale (Critique de la raison pure)une forme a priori de la sensibilité : le temps est une représentation nécessaire, servant de fondement à toutes lesintuitions, une forme pure de l'intuition sensible, la condition formelle a priori de tous les phénomènes en général. Iln'est pas possible de s'y soustraire, puisque le temps est une forme a priori de la sensibilité, donnée au sujet humainen général. C'est une forme consubstantielle à toute conscience, quelle qu'elle soit. D'autre part, il n'est pas nonplus légitime de tenter de s'y soustraire — si tant est qu'un pareil projet soit concevable — car le temps est, avecl'espace, un cadre nécessaire et a priori, qui sert à structurer l'expérience sensible. Or, sans ce cadre, l'expérienceempirique ne serait pas unifiée mais éparpillée, réduite à une poussière et à des fragments sensibles sans cohérence.Dès lors, on ne peut se soustraire au temps, que l'on envisage la dimension de possibilité ou celle de légitimité. « Letemps est une représentation nécessaire qui sert de fondement à toutes les intuitions. On ne saurait supprimer letemps lui-même par rapport aux phénomènes en général... Le temps est donc donné a priori. Sans lui, toute réalitédes phénomènes est impossible. On peut les supprimer tous, mais lui-même (comme condition générale de leurpossibilité) ne peut être supprimé » (KANT, Critique de la raison pure).Il semble donc impossible, mais également illégitime, de se soustraire au temps, qu'il s'agisse de la temporalité vécueou de la forme a priori dans laquelle se déroulent les événements. Néanmoins, on notera que le refus du tempsconstitue une dimension essentielle de la conscience et de la « spiritualité » humaine. Dès lors, on peut tenterd'analyser des formes d'expérience s'efforçant d'échapper au temps, même si ces projets paraissent, a priori,difficilement concevables. B) Antithèse : on peut se soustraire au temps, et cette entreprise est peut-être possible et légitime(Mémoire. Art. Mystique). a) La mémoire involontaire. — Il semble qu'il faille, tout d'abord, se référer à la mémoire, laquelle paraît, en certaines expériences privilégiées, me soustraire à la facticité pure du temps. Ainsi, la fameuse mémoire«involontaire» me livre, peut-être, un véritable moment du passé et me permet de transcender le temps. De cepoint de vue, les analyses de Proust sont particulièrement éclairantes et lui-même nous parle d'une «minuteaffranchie de l'ordre du temps» (PROUST, Le temps retrouvé, II). Quelles sont ces expériences si fécondes où laforme du temps semble dominée et maîtrisée ? L'évocation de la petite madeleine, par exemple, me suggère uneévasion loin de l'irréversible : je suis alors face à une essence précieuse de moi-même, loin de l'ordre temporel. Engoûtant, en effet, le morceau de madeleine, où il reconnaît et identifie une expérience passée, le narrateur estpénétré par l'instant ancien. Voici le malheur du temps conjuré, réduit à néant et mis à distance. Le souvenirprésent, coïncidant avec le passé, semble porteur d'une plénitude qui arrache l'existant à la finitude de sa conditiontemporelle. « J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel », écrit Proust. Mais bien d'autres expériencessemblent affranchir le narrateur de l'ordre du temps. Entrant dans la cour de l'hôtel de Guermantes, butant contredes pavés inégaux, il revit la sensation ressentie, jadis, sur deux dalles inégales du baptistère de Saint-Marc. Ainsi,un certain nombre d'expériences, liées à la mémoire involontaire, semblent faire retrouver au narrateur un quelquechose commun au passé et au présent, un quelque chose libéré de la temporalité. « Une minute affranchie de l'ordredu temps a recréé en nous pour la sentir l'homme affranchi de l'ordre du temps. Et celui-là on comprend qu'il soitconfiant dans sa joie... Situé hors du temps ', que pourrait-il craindre de l'avenir » (PROUST, Le temps retrouvé, II).Si la mémoire joue un rôle dans l'affranchissement et la libération du temps, néanmoins, elle est d'essence inférieureà l'art. En fait, la plénitude de la mémoire nous mène vers celle de l'art, lequel nous fait échapper à la facticitétemporelle, et semble nous diriger vers Y éternité. b) L'art. — Chez Proust, la mémoire involontaire n'est qu'une étape dans l'apprentissage de l'art: elle permet, de manière moins certaine et moins sûre que l'œuvre d'art, de se soustraire au temps. Certes, en appréhendant uneminute d'une essence précieuse, à travers l'expérience de la madeleine ou celle de l'inégalité des pavés, le narrateura bel et bien expérimenté des fragments d'existence soustraits au temps. Il s'est donc affranchi de l'ordre temporel,expérience légitime, puisqu'elle permet de contempler quelque chose d'essentiel, mais également possible (soustraireune réalité aux contingences du temps, à son essentielle contingence, est à notre portée). Néanmoins, cetteexpérience et cette contemplation demeurent fugitives, comme le narrateur le dit lui-même, dans le Temps retrouvé.Dès lors, l'art va assurer, de manière plus assurée et moins précaire, cet arrachement au temps, cette extra-temporalité.Ici, l'art a un privilège absolu : il convertit les impressions en un équivalent spirituel. Il assure le passage et latransition de la simple réalité empirique à la véritable essence des choses. Ainsi, l'œuvre d'art permet de transmuterla vie apparente en une véritable réalité spirituelle, soustraire au temps. Que l'on songe ici à la petite « sonate deVinteuil », qui joue un si grand rôle dans la Recherche. Ce qu'elle nous fait retrouver, c'est un élément d'éternitéauthentique, une essence soustraite à la corruption temporelle ; l'œuvre d'art est joie, joie qui repousse très loin letemps de la corruption et de la mort.Ainsi, il semble possible et légitime de s'arracher à un temps corrupteur. Possible, grâce à la création de l'œuvred'art. Légitime, puisqu'alors la création l'emporte sur la dégradation, la vie et la joie sur la contingence, la finitude etla souffrance. c) La voie mystique. — Enfin, le mystique, lui aussi, semble pouvoir s'arracher au temps, coïncider et fusionner avec un principe quasi éternel, vivre une illumination où disparaissent les formes du temps et de l'espace, quisemblaient pourtant consubstantielles à la condition humaine. d) Gain spirituel de cette extra-temporalité. — Ainsi, avec la mémoire involontaire, l'art et l'expérience mystique, »

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