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Peut-on vivre sans passion ?

Publié le 17/01/2022

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 Problématique: Ce sujet possède deux présupposés: d'une part, il serait souhaitable de vivre sans passion, car cette dernière est considérée comme facteur d'aliénation ou de souffrance; et d'autre part, étant donné la nature humaine, par essence sujette aux passions et aux désirs, il semble impossible de mener une vie humaine sans être la proie des passions. C'est de ce dilemme fondamental dans la pensée chrétienne, et plus particulièrement chez Pascal, qu'il faut partir. La vie humain serait nécessairement prise dans un combat entre une passion omnipotente mais nocive et une raison bénéfice mais presque inexistante et totalement impuissante. Mais il convient de le dépasser aussi en discutant chacun de ses éléments. Il n'est pas certain que la passion soit nécessairement à éviter. De surcroît, il n'est pas évident que la passion soit indissolublement liée à la nature humaine. La caractéristique propre à l'homme n'est-elle pas bien plutôt la possession et l'exercice de la raison ? Introduction Dans son Anthropologie du point de vue pragmatique, Kant, analysant la passion,, observe que « l'émotion porte un préjudice momentané à la liberté et à la maîtrise de soi-même » tandis que « la passion en fait fi et trouve plaisir et satisfaction dans l'esclavage » ; et comme « pendant ce temps, la raison ne se relâche pas dans son appel à la liberté intérieure, le malheureux soupire dans ses chaînes dont il ne peut pourtant pas se délivrer; désormais elles sont en quelque sorte greffées sur ses membres» (III, § 81). Mais doit-on admettre ce jugement de Kant ? Et qu'entendre par « esclavage » ?

La passion a été pendant longtemps tenue pour négative. L'étymologie même du terme a une connotation négative. Le terme passion en effet du latin patior, pati qui signifie souffrir, pâtir. Les passions semblent donc s'opposer à nous de manière involontaire. La tradition philosophie les a souvent vues comme un obstacle à la liberté. La question semble sous ce jour paradoxale puisque la majorité des philosophes ont conseillé et essayé de vivre sans passion. Mais justement si beaucoup ont essayé, c'est peut être parce que l'homme est un être de passion et qu'il est impossible pour lui de s'en débarrasser. La passion n'a-t-elle pas un aspect positif? N'a-t-il pas autre chose à faire avec les passions que de vouloir les supprimer?

« La passion est donc une disharmonie à l'intérieur de l'homme.

Le renversement des rapports hiérarchiquesqu'entretiennent l'âme et le corps introduit «le tumulte, la lutte, les sueurs» dont parlait Platon dans sa descriptionde l'âme, à travers le mythe de l'attelage ailé, quand par son impéritie le cocher ne peut plus maîtriser ses chevaux(cf..

Phèdre).

Ce mouvement, en effet, est «humiliant» pour l'esprit (cf..

Alain, Propos, éd.

de la Pléiade, p.

1145).Devenue esclave, l'âme s'insurge contre cet esclavage, mais l'accroît en essayant de s'en délivrer.

Ainsi conflit entremon corps et monâme, la passion est surtout un conflit entre moi et moi-même, dont je suis la victime en même temps que lecomplice.

Un tel conflit ne peut qu'être douloureux.

C'est un drame, celui de «l'esprit humain à l'épreuve, et harcelépar la nature inférieure» (Alain, Propos sur la religion). Le déchirement de la volonté. On peut rapprocher ce conflit du déchirement entre la volonté hétéronome et lavolonté autonome qu'a analysé Kant (cf.

Fondement de la métaphysique des moeurs).

Pour lui, la volonté est liéed'une part au monde sensible - ce qui entraîne sa détermination par les passions, son hétéronomie - d'autre part aumonde intelligible, transcendant au monde sensible, dont l'homme ignore tout « sinon que c'est seulement la raison,la raison pure, indépendante de la sensibilité, qui y donne sa loi ».

C'est en se conformant à cette loi morale que lavolonté acquiert son autonomie et sa liberté.

Or cette loi de la raison commande de rejeter les passions, puisqu'ellesne sont pas universalisables et que le propre de la raison est d'être universelle.

De là un écartèlement de la volontéentre sa passion et son devoir, une souffrance de l'âme qui aspire à la liberté et se voit réduite en esclavage. Un conflit entre l'homme et le monde. En outre, à ce conflit intérieur à l'homme s'ajoute un conflit entre l'homme et le monde.

Car le jugement faux de lapassion ne peut conduire qu'à une construction délirante, un monde imaginaire qui se heurte au monde réel.

Laréalité que rencontre le passionné n'étant pas celle qu'il voudrait qu'elle fût, il se révolte contre elle, il s'insurgecontre l'inévitable.

Or, de ce combat, il ne peut que sortir vaincu.

Ici encore, l'homme passionné apparaît l'esclavede sa passion, en ce sens que celle-ci l'enchaîne dans son monde fictif. Conclusion et transition. Cette analyse de la passion comme soumission de l'âme (abdiquant sa liberté fondée sur l'usage de la droite raison)à des tendances relevant de la vie du corps conduit nécessairement à poser que la passion est toujours unesclavage, puisque dès lors qu'une passion serait acceptée par la droite raison, elle perdrait aussitôt son statut depassion pour se confondre avec la libre volonté du sujet.

Toutefois, on peut s'interroger sur la validité de la thèsesur laquelle elle repose et qui postule la supériorité de l'âme (identifiée au sujet) sur le corps (qui devient un corpsétranger), de la raison sur les passions.

Ne peut-on pas mettre la vie du corps, avec ses pulsions, tendances,désirs, sur le même plan que celle de l'« esprit », de la raison, voire au-dessus d'elle ? Ne faut-il pas procéder à uneréhabilitation de la passion ? Vers une réhabilitation de la passion Le plaisir de la passion. Descartes observait que « l'âme peut avoir ses plaisirs à part ; mais pour ceuxqui lui sont communs avec le corps ils dépendent entièrement des passions :en sorte que les hommes qu'elles peuvent le plus émouvoir sont capables degoûter le plus de douceur en cette vie.

Il est vrai qu'ils y peuvent aussitrouver le plus d'amertume lorsqu'ils ne les savent pas bien employer et que lafortune leur est contraire » (Traité des passions, Ille partie, art.

212).

Ilapparaît donc que la passion n'est pas nécessairement malheureuse,puisqu'elle pourra « nous faire goûter le plus de douceur en cette vie ».

Dèslors quel sens y aurait-il à la considérer encore comme une maladie ou unesclavage ? La passion ne sera malheureuse que: - Si « la fortune lui est contraire ».

Une passion sans obstacle pourrait êtreune passion heureuse.- Si « elle est mal employée ».

Il y aurait un bon usage de la passion,secondée par la raison, qui permettrait de la rendre heureuse (partransformation ou sublimation).

La passion ne serait donc par elle-même ni un esclavage ni une maladie, encore qu'elle soit souvent douloureuse.

Mais cettedouleur même est son bonheur.

Car « elle peut faire de ses tourments sa joieet jouir de son supplice » (L.

Dugas).

Ainsi les « grands hommes » qui ont,selon Hegel, été des personnages historiques parce que passionnés n'ont paschoisi le bonheur paisible « mais la peine, le combat et le travail pour leur but » (La Raison dans l'Histoire, éd.

10-18,p.

124) ; cependant, cette peine et ce combat ont été leur bonheur (leur passion se rapprochant en cela de la. »

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