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Plaisir et morale

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Et il est vrai qu'ils nous entraînent sur une pente où l'on est porté à exiger toujours des satisfactions plus fortes et plus lourdes. Mais tout plaisir a quelque chose de glissant : quand on en a goûté, il y a une difficulté à s'en détacher; on en veut encore plus. L'histoire d'ALYPIUS, que saint AUGUSTIN nous conte dans ses Confessions, est assez symbolique. Cet ami d'AUGUSTIN se laissa une fois entraîner au cirque par des condisciples. En cédant à leurs instances il avait proclamé son dessein de n'être présent que de corps et de fermer les yeux pour ne pas repaître son âme des cruels combats de gladiateurs. Cependant, à un cri poussé par la foule, il crut pouvoir entrouvrir un instant les paupières. Mais, dès qu'il vit le sang couler, son âme fut captive, il ne se détourna plus. « Il but la cruauté avec la vue », et il emporta de ce lieu une folle impatience d'y revenir. b) On comprend, dès lors, la méfiance que suscite ce plaisir si facilement « captivant ». L'homme pris par le plaisir risque de ne pas savoir s'en détacher au moment où il le faudrait pour ne pas manquer à un devoir précis, et il commettra une faute.

« saison plus douce, le mouvement de plaisir qui s'éveille en lui tend à épanouir un coeur resserré, le prépare à rendrehommage à la bonté de Dieu ou, s'il ne croit pas en Dieu, à la bonté du monde. Reconnaître cette bonté, c'estébaucher déjà une attitude de soumission, d'adoration qui est l'attitude vraiment morale. Sur tout plaisir peut segreffer un sentiment de reconnaissance, et la reconnaissance ouvre un chemin facile vers l'amour pur.Plus simplement encore, sans faire intervenir la reconnaissance, on peut dire, avec un ancien auteur : « Ladélectation dilate le coeur »; elle est un premier pas hors de soi et de l'étroit égoïsme. On l'admettra facilementquand il s'agit de certains plaisirs plus « nobles », plus « élevés ». Par exemple, en jouissant d'un grandiose paysagede montagnes, ou en regardant une goutte de rosée toute scintillante au soleil; en lisant quelque beau livre, ou enétudiant une des grandes constructions de la physique moderne; en profitant de la chaude sympathie qui peutexister dans un groupe d'amis, ou dans une famille bien unie.., qui ne s'est senti déjà grandi, exalté, porté, épanoui ?En somme, le plaisir peut tout aussi bien stimuler l'élan de l'âme que l'arrêter. C'est une réalité à double face, ayantautant d'aptitude pour être le berceau de l'idéal que son tombeau. III. — ACCEPTER LE PLAISIR EN LE CONTRÔLANT. Que va dire le moraliste devant ces constatations du psychologue ? a) Sa conclusion tout à fait classique est bien simple : on peut goûter les plaisirs, mais en surveillant toujours sonattachement, de façon à ne pas se laisser entraîner trop loin et à ne jamais sacrifier à un attrait un devoir, quel qu'ilsoit. b) Mais nous pouvons relever deux raisons de pousser loin le détachement et de sacrifier parfois les plaisirs permis :le parti pris de se livrer au plaisir, en s'arrêtant seulement devant une défense précise, est une solution dangereuseet insuffisante.Dangereuse, parce que la volonté, si elle attend toujours de se trouver devant une tentation grave, se prépare desdéfaites certaines. Elle a besoin de s'exercer librement à dominer parfois un plaisir légitime, afin de devenir capable,peu à peu, de résister aux sollicitations coupables et violentes qui pourront se présenter. Cet entraînement estexigé par la prudence.Mais cette solution est surtout insuffisante. Celui qui écoute fidèlement l'appel de sa conscience éprouvera de plusen plus qu'il ne suffit pas de limiter dans ses effets l'attachement au plaisir. Puisque cet attachement, tel qu'il seprésente en nous, peut nous emporter bien loin de l'idéal, c'est qu'il a en lui-même quelque chose d'impur, c'est qu'ilreste à côté de l'aspiration vers le bien, sans venir se fondre parfaitement en elle. S'il n'y a pas là quelque chose decoupable, il y a du moins quelque chose d'imparfait et que nous sommes peut-être appelé à dépasser. En fait, ilsemble bien qu'une exigence de pureté plus absolue se révèle progressivement à la conscience fidèle. c) Nous voilà donc conduits, sinon à renoncer dès maintenant à goûter tous les plaisirs — ce qui serait imprudent —du moins à rester docile à l'appel de Dieu, qui peut nous demander ce renoncement total. Mais cette austérité est-elle le dernier mot ? Non, car en suivant héroïquement cet appel au renoncement total, nous retrouvons la liberté degoûter le plaisir.Si nous nous penchons sur l'expérience des saints, nous remarquons d'abord que leurs plus grands renoncementsn'impliquent jamais mépris ou condamnation du monde La création est l'oeuvre de Dieu et elle est très bonne; seulnotre regard doit être purifié et perdre ce qu'il a d'étroit, de borné, de suffisant. Aussi, quand nous nous seronsétablis dans le bien, nous pourrons retrouver le monde et en jouir d'une façon toute pure et toute nouvelle. Le signequ'une transformation sera intervenue, nous le trouverons dans l'entière liberté avec laquelle nous goûteront lecharme des biens terrestres. Le plaisir ne fera plus de nous ses esclaves. Notre âme, conquise à l'Unité et recevantde Dieu le plaisir comme un surcroît, n'hésitera plus un instant quand il faudra laisser le plaisir pour rester attaché aubien. Nous constatons assez souvent cette transformation dans la vie des grands saints, qui, ayant fixé solidementl'ancre en Dieu, laissent plus librement leurs regards se poser sur les beautés de la nature, ou leur coeur accepter lecharme de l'affection humaine.Ainsi, dans notre marche vers l'idéal moral, le plaisir joue, le plus souvent, ce rôle ambigu d'un stimulant qui risque denous arrêter. La pratiqua héroïque du renoncement nous fait cependant entrevoir la possibilité de goûter le plaisiravec une entière liberté, comme le surcroît d'un bonheur auquel rien ne manque. »

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