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Puis-je juger la culture à laquelle j'appartiens ?

Publié le 18/03/2004

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culture

Le sujet qui appartient à une culture semble compris dans cette culture de sorte qu’il ne serait pas apte de la juger objectivement. Faut-il alors adopter un point de vue extérieur à la culture pour pouvoir la juger, le jugement étant alors celui de l’historien qui se place en dehors de l’époque qu’il souhaite examiner afin de ne pas mettre en œuvre une subjectivité impartiale. La place du sujet est-elle un avantage ou un inconvénient pour juger de la culture à laquelle il appartient ? Le sujet peut il émettre un jugement objectif sur ce dont il fait partie ?

La connaissance des autres cultures m'aide à mieux comprendre et critiquer la culture à laquelle j'appartiens. Pour pouvoir juger sa propre culture, il faut pouvoir prendre du recul. Mais, on aborde toujours les autres cultures par le prisme de ses préjugés. Juger sa propre culture est impossible car on ne peut être juge de soi-même. Je fais corps avec ma culture et ne dispose pas, par conséquent, de critères objectifs.

  • I) Je peux juger la culture à laquelle j'appartiens.

a) Il faut relativiser les valeurs de notre société. b) Observer autrui permet de meiux se connaître. c) La comparaison autorise le jugement.

  • II) Je ne peux pas juger ma propre culture.

a) Je n'ai pas conscience de ma culture. b) Pour juger sa propre culture, il faut s'en extraire. c) Il n'y a pas de point de Sirius extra-culturel.

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culture

« L'ethnocentrisme est la chose du monde la mieux partagée"«Habitudes de sauvages», «cela n'est pas de chez nous», etc.

Autant de réactions grossières qui traduisentce même frisson, cette même répulsion en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui noussont étrangères.

Ainsi l'Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puisgréco-romaine) sous le même nom de barbare ; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvagedans le même sens.

Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement : il est probable que le motbarbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l'inarticulation du chant des oiseaux, opposées à lavaleur signifiante du langage humain ; et sauvage, qui veut dire «de la forêt», évoque aussi un genre de vieanimale par opposition à la culture humaine.

Dans les deux cas, on refuse d'admettre le fait même de ladiversité culturelle; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à lanorme sous laquelle on vit." Claude Lévi-Strauss, Race et histoire (1970), Unesco. Claude Lévi-Strauss tente de montrer dans ce texte que la notion de « sauvage » qu'on opposetraditionnellement à celle d'« homme civilisé », n'est qu'un mythe.

Certes, ce terme, qui dérive du latin silva,signifie au sens étymologique « qui vient de la forêt », et évoque le genre de vie animale, comme dansl'expression « bête sauvage », par opposition à la vie de l'homme dans des sociétés organisées par la culture.Mais le mot « sauvage » fait l'objet d'un emploi révélateur qui ne concerne ni la vie animale ni même celle despremiers hommes préhistoriques.

Il est utilisé en tant qu'il porte en lui un jugement de valeur péjoratif que l'onretrouve également dans le mot « barbare ».Ce dernier terme a pour origine probable, selon Lévi-Strauss, la désignation du chant inarticulé des oiseaux,par opposition au langage humain.

Mais ni le mot «sauvage», ni le mot «barbare» ne se réduisent à qualifier lanature par rapport à la culture.

Lorsque nous traitons tel ou tel peuple de « sauvage », lorsque nous qualifionsses coutumes et ses rites d'« habitudes de sauvages », nous faisons certes comme si nous le rejetions horsde la culture, dans un « pur état de nature ».Mais, en réalité, le sauvage « pur » n'existe pas, car tout homme est toujours d'emblée inscrit dans uneculture déterminée.

Par ces expressions, nous voulons signifier en réalité que nous rejetons la culture del'autre, comme si elle n'était pas digne d'être une manifestation culturelle de l'homme, et devait être abaisséeau rang de grossière nature.Ainsi, c'est comme si on refusait d'admettre le fait même de la diversité culturelle, affirmant implicitement ououvertement que seule la culture à laquelle nous appartenons est vraie, « normale », modèle et expression dela norme, donc supérieure.Lévi-Strauss précise, à la suite de cet extrait, que le véritable «barbare» est celui qui applique à l'autre cequalificatif, et se montre ainsi incapable d'accepter la diversité culturelle et la relativité de sa propre culture.L'expression « c'est un sauvage » cache donc en réalité, selon Lévi-Strauss, une forme plus ou moinsdéguisée de racisme, de peur et de refus de la différence culturelle.C'est dans son texte Race et histoire que Lévi-Strauss développera ces analyses pour montrer que ce refus ahabité le mouvement du colonialisme européen depuis le XVe siècle et lui a même apporté ses plus puissantsalibis.C'est, en effet, en raison même de ce rejet que l'on proclamait la nécessité, par la colonisation, de « civiliserles sauvages ».

C'était en réalité un prétexte, nous dit-il, pour détruire les formes de civilisation qui necorrespondaient pas aux normes et aux idéaux de celle de l'Occident.Mais le texte de Lévi-Strauss s'oppose aussi à une certaine manière de concevoir le travail de l'ethnologue,manière qui prédominait au début du siècle.

Il s'agissait alors de traiter les « cultures primitives », celles parexemple des tribus d'Amazonie, comme des sous-cultures ayant manqué leur phase de développement.En montrant qu'il existe une « pensée sauvage » aussi riche et complexe que celles qui animent la culture del'Occident, Lévi-Strauss a tenté de renouveler le travail de l'ethnologue en le débarrassant de tout ce quesous-entendait de péjoratif l'idée même de « sauvage ».C'est pourquoi il écrit, à propos de l'idée occidentale selon laquelle les cultures «primitives» sont inertes etstationnaires : «Chaque fois que nous sommes portés à qualifier une culture humaine d'inerte [...] nousdevons donc nous demander si cet immobilisme apparent ne résulte pas de [notre] ignorance.

» L'amateur de récits de voyage s'émeut des coutumes de telle ou telle peuplade, qui lui semblent «barbares».Certaines coutumes lui semblent archaïques, proches de la nature ou au balbutiement de la culture, et il lesqualifie volontiers de «sauvages».

Il est néanmoins paradoxal, comme le souligne Lévi-Strauss dans Race etHistoire, que cette réaction en face de l'altérité culturelle soit «justement l'attitude la plus marquante et laplus instinctive de ces sauvages eux-mêmes ».Ainsi, pour n'être pas soi-même comme un sauvage, il semble qu'il faille revenir sur l'idée qu'existerait une ligne. »

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