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Quelle est la spécificité du vivant ?

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Il ne faut pas confondre la variabilité des individus et l'invariance propre à l'espèce.Ces trois critères, présents en un même être, nous permettent-ils de distinguer assurément le vivant de l'inerte ? Après tout les machines sont également des objets téléonomiques, les machines peuvent s'autoréguler et les ordinateurs, en raison de la programmation, ont une certaine autonomie. Il est moins aisé qu'il ne le paraît au premier abord de dégager des critères permettant de différencier un être vivant d'une machine complexe toutefois, la machine ne se reproduit pas, ne croit pas et connaît une autonomie très limitée.Pour savoir s'il y a une spécificité de la science du vivant (avec ses propres méthodes, concepts, techniques expérimentales), il faut déterminer s'il y a une spécificité du vivant lui-même. L'être vivant constitue-t-il ou non une réalité spécifique, irréductible à l'ensemble de ses conditions physico-chimiques ?Le tout et ses partiesToute la difficulté de la biologie est de créer une méthode d'analyse du vivant fidèle à son objet, c'est-à-dire de se donner des concepts authentiquement biologiques. Connaître le vivant, c'est l'analyser, c'est le décrire dans la moindre de ses parties. On peut certes le décrire en renonçant à définir la « vie » : parce que les êtres vivants sont constitués de matière non vivante (carbone, oxygène, azote... ), ils obéissent aux lois de la physique et de la chimie (dans des conditions permettant la formation des premières molécules organiques, etc.

Le biochimiste Jacques Monod pose trois caractéristiques propres au vivant : un être vivant est un individu indivisible formant un tout cohérent, possédant une dynamique interne de fonctionnement et doué d'une autonomie relative par rapport à un milieu auquel il peut s'adapter. La première caractéristique de tout être vivant, c'est alors la morphogénèse autonome qui se manifeste par exemple dans la cicatrisation : le vivant produit lui-même sa propre forme et est capable de la réparer. Ensuite, tout être vivant possède une invariance reproductive : les systèmes vivants en produisent d'autres qui conservent toutes les caractéristiques de l'espèce. Enfin, tout être vivant est un système où chaque partie existe en vue du tout, et où le tout n'existe que par ses parties : le vivant se caractérise par sa téléonomie, parce que c'est la fonction qui définit l'organe. On nomme organisme cette organisation d'orga¬nes interdépendants orientée vers une finalité.

« Problématique Le vivant est-il comme une machine, ou a-t-il une spécificité propre ? S'étudie-t-il comme un mécanisme ? Si levivant s'auto-organise, peut-on rendre compte de cette finalité interne sans revenir au vitalisme dépassé parDescartes ? Explication Le vivant est auto-organisé Un organisme vivant est un ensemble composé de parties aux fonctions différentes mais coordonnées. L'exemple dela montre (le mécanisme le plus remarquable et le plus fin au XVIIIe siècle), illustre l'incapacité du modèle mécanisteà décrire un organisme vivant. Une montre est certes un ensemble où chaque partie dépend des autres, mais elle nepeut ni se réparer elle-même, ni se reproduire. Or, le vivant n'est pas seulement organisé (comme peuvent l'être lesproduits artificiels de la technique), mais auto-organisateur (comme seuls le sont les êtres de la nature). Ses partiessont organisées par l'idée de la totalité, et chaque partie agit en vue du tout. Il suppose donc une énergie qui n'estpas que motrice (comme dans les machines), mais formatrice (organisant la matière inerte). L'unité : le tout est dans la partie Cela donne à l'organisme son unité : le tout y est plus que la somme des parties (une cellule est plus qu'une série demolécules juxtaposées), et le dedans s'y lit au-dehors (la surface visible exprime la profondeur invisible, permettantainsi, par exemple, l'interprétation médicale des symptômes). Débat et enjeu Les machines ne poussent pas Si le mécanisme permet de décrire jusqu'à un certain point le fonctionnement des organes, il n'en donne pas leprincipe de formation. Il se révèlera donc rapidement inopérant, comme par exemple en embryologie. De plus, ladécouverte et l'utilisation du microscope révèleront un degré de complexité du vivant qui finira par avoir raison d'unmécanisme strict. Biologiste, ton vivant vit ! Cette critique du mécanisme peut se lire comme une mise en garde adressée au biologiste qui, occupé à démonterles mécanismes du vivant, ne doit pas perdre de vue sa spécificité : l'étude du vivant ne doit pas évacuer la viemême ! De plus, la notion d'organisme ou la définition de la vie comme organisation connaîtront après Kant unegrande fortune. Organisme et société Ainsi, au début du XIXe siècle, Auguste Comte transportera-t-il cette idée dans le social : l'organisme estconsensus (« sympathie », dit-il) de fonctions en association régulière et permanente avec l'ensemble des autres ; dans une société, cette complémentarité s'appelle solidarité. On ne saura bientôt plus si la notion d'organisme passede la physiologie au social ou l'inverse. Claude Bernard définit d'ailleurs l'organisme comme une société de cellules. Organisme et entropie Il y a Prigogine (prix Nobel de chimie 1977) voit dans la notion d'organisme une objection au principe d' entropie (second principe de la thermodynamique), qui veut qu'au fil du temps les systèmes fermés (sans échangesénergétiques avec l'extérieur) passent irrésistiblement de l'ordre (hiérarchie ou différenciation internes) au désordre(absence d'ordre, homogénéité) 12. L'univers serait lui-même voué à l'irréversible montée du désordre. Mais n'est-ce pas le contraire qui se passe dans les systèmes vivants ( néguentropie ) ? Soit un papillon posé près d'un caillou : au niveau nucléaire (échelle des particules élémentaires), ils sont rigoureusement identiques ; au niveau moléculaire, lesdifférences sont beaucoup plus importantes (écarts de matière entre le monde minéral et le monde organique) ; auniveau des macro-molécules, le papillon semble infiniment plus structuré, plus ordonné que le caillou. L'aventure de la matière La matière vivante est capable d'auto-structuration. La matière elle-même tend à se structurer pour devenir matièrevivante, et c'est au niveau moléculaire que s'opère une telle structuration, selon des lois qui restent encorelargement inconnues. Mais Prigogine n'hésite pas à franchir le pas : il y a continuité entre la matière dite « inerte »et la matière vivante. »

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