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Quelle place la réflexion sur le vivant peut-elle accorder au hasard ?

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« Mettez une machine de chien et une machine de chienne l'une auprès de l'autre, et il en pourra résulter une troisième petite machine, au lieu que deux montres seront auprès l'une de l'autre, toute leur vie, sans jamais faire une troisième montre. » Fontenelle, Lettres galantes, 1742. « La pensée du vivant doit tenir du vivant l'idée du vivant. » Canguilhem, La Connaissance de la vie, 1952. « La vie est [...] la liberté s'insérant dans la nécessité et la tournant à son profit. » Bergson, L'Énergie spirituelle, 1919.La vie, pour Bergson, tranche radicalement sur la matière. Le monde matériel obéit à des lois immuables et nécessaires. Dans ce monde régi par le déterminisme le plus strict, le vivant introduit l'indétermination et la spontanéité ; d'une façon toujours imprévisible, il « se nourrit» en effet de la matière pour la transformer à son profit.

« emprunté à la scolastique, désignait autrefois la doctrine qui refuse la liberté humaine, Dieu ayant prévu nos actesde toute éternité. L'idée de loi naturelle, reliant nécessairement les phénomènes, semble introduire le destin dans lavision scientifique du monde. Lucrèce lui-même parlait des "foedera naturæ", des « pactes n auxquels semblent obéirles phénomènes et Empédocle invoquait un « grand serment ».En fait une telle interprétation serait un contresens radical. L'idée de déterminisme est l'idée d'une relationnécessaire entre divers phénomènes tandis que l'idée de destin implique la croyance qu'il y a des événementsinévitables. Il est aisé de montrer que la nécessité de la relation et la nécessité de l'événement sont non seulementdistinctes mais encore contradictoires.Le principe du déterminisme consiste seulement à dire que l'apparition d'un phénomène est strictement déterminéepar des conditions d'existence bien définies. Le phénomène ne se produit que si elles sont réalisées, mais alors il seproduit nécessairement. Si ce corps est chauffé il ne pourra pas ne pas se dilater. Cette nécessité « hypothétique nde la relation exclut donc la fatalité « catégorique » de l'événement, car je peux éviter que le corps se dilate en nele chauffant pas ! Ce n'est plus l'événement qui est nécessaire mais la relation entre deux événements. Le fatalismeexclut toute technique puisque l'inévitable se produira quels que soient les antécédents. Ainsi, d'après la fable de LaFontaine (VIII 16), le vieil Eschyle ayant appris d'un devin qu'il mourrait par la chute d'une maison, Aussitôt il quitta la ville,Mit son lit en plein champs, loin des toits, sous les cieux. Un aigle qui portait en l'air une tortuePassa par là, vit l'homme, et sur sa tête nueQui parut un morceau de rocher à ses yeux,Étant de cheveux dépourvue,Laissa tomber sa proie afin de la casser... Le « destin » se joue des précautions mêmes qu'on prend pour l'écarter... Tout au contraire, le déterminisme, clefdé voûte de toute technique, est l'instrument de la liberté. La raison humaine poursuit ses fins par la « médiation »des lois naturelles. Ainsi le marin qui louvoie, nous dit Alain, oriente sa voile, appuie sur le gouvernail, avance «contre le vent par la force même du vent ». Le déterminisme, principe scientifique, repose sur la connaissanceexpérimentale de lois mécaniques dont la liberté humaine peut se servir, convertissant les obstacles en moyens ; lemythe du destin est au fond celui d'une Volonté plus puissante que celle des hommes, c'est un mythe animiste.Le hasard semble tout au contraire la négation et du déterminisme et du destin, car il exclut toute nécessité. Lehasard, au sens fort, c'est la contingence. Un fait contingent défie toute loi ; ce serait un fait qui, les mêmesantécédents étant donnés, pourrait aussi bien être ou ne pas être ; mais quand je parle de hasard il est clair qu'iln'y a pas d'ordinaire contingence. Par exemple j'ai gagné un lot important à la Loterie nationale. C'est un « hasard ».Cela ne veut pourtant pas dire que la grande roue en formant le soir du tirage les numéros gagnants ait cesséd'obéir aux lois de la nature. La roue s'est arrêtée de tourner en fonction de l'impulsion mécanique reçue, desfrottements, etc. J'ai gagné par hasard. Cela veut simplement dire que personne n'était capable de prévoir cerésultat ; le hasard n'est pas ici une lacune au déterminisme, une absence de lois ; il manifeste au contraire la tropgrande abondance des lois, leur complexité trop enchevêtrée par rapport à nos possibilités de prévision. Je jette enl'air une pièce de monnaie, je ne peux pas deviner si elle va tomber sur « pile » ou sur « face » et quel que soit lerésultat, je dirai que c'est un hasard. En fait le résultat est fonction d'une foule de conditions déterminantes :position initiale de la pièce de monnaie, position de la pièce à l'arrivée, nature du lieu où elle tombe, etc...En fait il y a là un déterminisme masqué que je peux mettre en lumière en révélant ce qu'on appelle — assezparadoxalement, mais justement — «lois du hasard ». Si j'avais jeté dix mille fois la pièce, j'aurais constaté que le «côté face » serait sorti à peu près 5 000 fois et le « côté pile » à peu près 5 000 fois. En effet, sur un grand nombrede coups les conditions variables avec chaque expérience (position de la pièce au départ, angle avec le sol àl'arrivée) s'annulent et le pourcentage des résultats ne dépend plus que de ce qui est constant dans toutes lesexpériences, à savoir le nombre de faces de la pièce. Au jeu de pile ou face j'ai une probabilité de 1 /2 de gagner (laprobabilité étant par définition le rapport du nombre de cas « favorables » au nombre de cas « possibles »). Cedéterminisme statistique ne serait pas observé si chaque coup n'était pas, en ce qui le concerne, déterminé. Ce quenous appelons le « hasard » est donc pure ignorance, l'ignorance subjective d'un déterminisme objectif. Le hasardc'est l'inconnu, l'imprévisible. C'est une lacune dans mon savoir, mais dans l'univers ce n'est rien. Objectivement lehasard n'est rien.Pourtant Cournot rétorque qu'il y a bien dans le hasard quelque chose de réel. « Une tuile tombe d'un toit, que jepasse ou que je ne passe pas dans la rue ; il n'y a nulle connexion, nulle solidarité, nulle dépendance entre lescauses qui amènent la chute de la tuile et celles qui m'ont fait sortir de chez moi pour porter une lettre à la poste.»La chute de la tuile sur ma tête est pour tout le monde un « hasard ». Ce hasard n'est pas l'absence de causes,mais il est autre chose qu'une ignorance ; car il y a encore hasard « pour celui qui connaît les causes qui ont faittomber la tuile et celles qui m'ont fait sortir de chez moi ». Et Cournot conclut : « Le caractère de fortuité ne tientqu'au caractère d'indépendance des causes concourantes ». Cournot fait donc une place à la contingence ; toute lathéorie repose sur l'idée que les séries de phénomènes déterminés sont indépendantes les unes des autres ; enlangage leibnizien on pourrait dire que dans chaque série causale l'ordre des successions est déterminé, les partiesdu temps sont liées entre elles, les parties de l'espace au contraire, considérées comme l'ordre des coexistences, nele sont point. Ainsi la science, sans se renier elle-même, reconnaîtrait l'objectivité du hasard, en admettant ce queLord Balfour nomme la structure « fibreuse » de l'univers, c'est-à-dire la multiplicité de séries causales nonsolidaires.Cependant il est aisé de montrer que ce que Cournot appelle hasard ne correspond pas exactement à ce que lelangage courant met sous ce mot. La rencontre de deux déterminismes indépendants ne suffit pas à définir unhasard. Supposons que la tuile détachée par le vent tombe non sur ma tête, mais sur un petit caillou gris qui setrouve sur la chaussée. Personne ne songera à invoquer le hasard et pourtant les causes qui ont amené le caillou »

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