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Les sciences peuvent-elles accorder une place aux idées de destin et de hasard ?

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Le principe du déterminisme consiste seulement à dire que l'apparition d'un phénomène est strictement déterminée par des conditions d'existence bien définies. Le phénomène ne se produit que si elles sont réalisées, mais alors il se produit nécessairement. Si ce corps est chauffé il ne pourra pas ne pas se dilater. Cette nécessité « hypothétique n de la relation exclut donc la fatalité « catégorique « de l'événement, car je peux éviter que le corps se dilate en ne le chauffant pas ! Ce n'est plus l'événement qui est nécessaire mais la relation entre deux événements. Le fatalisme exclut toute technique puisque l'inévitable se produira quels que soient les antécédents. Ainsi, d'après la fable de La Fontaine (VIII 16), le vieil Eschyle ayant appris d'un devin qu'il mourrait par la chute d'une maison, Aussitôt il quitta la ville,Mit son lit en plein champs, loin des toits, sous les cieux. Un aigle qui portait en l'air une tortuePassa par là, vit l'homme, et sur sa tête nue Qui parut un morceau de rocher à ses yeux, Étant de cheveux dépourvue,Laissa tomber sa proie afin de la casser... Le « destin « se joue des précautions mêmes qu'on prend pour l'écarter... Tout au contraire, le déterminisme, clef dé voûte de toute technique, est l'instrument de la liberté. La raison humaine poursuit ses fins par la « médiation « des lois naturelles.

Il n'y a pas de hasard en science mais seulement des ignorances. Dans la nature, tout est déterminé, obéit à des lois physiques. Parler de hasard c'est seulement confesser que les lois de la nature ne nous sont pas pleinement intelloigibles. Mais, au niveau de l'infiniment petit, le hasard existe. Il existe une part d'indétermination dans les phénomènes naturels.

a) Il n'y a théoriquement pas de hasard.
b) Une cause peut avoir certaines conséquences.
c) On peut faire abstraction du hasard.

a) La physique quantique a réintroduit la nation de hasard.
b) La notion de déterminisme n'est plus recevable.
c) Le monde est né du hasard.

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« hasard, au sens fort, c'est la contingence. Un fait contingent défie toute loi ; ce serait un fait qui, les mêmesantécédents étant donnés, pourrait aussi bien être ou ne pas être ; mais quand je parle de hasard il est clair qu'iln'y a pas d'ordinaire contingence. Par exemple j'ai gagné un lot important à la Loterie nationale. C'est un « hasard ».Cela ne veut pourtant pas dire que la grande roue en formant le soir du tirage les numéros gagnants ait cesséd'obéir aux lois de la nature. La roue s'est arrêtée de tourner en fonction de l'impulsion mécanique reçue, desfrottements, etc. J'ai gagné par hasard. Cela veut simplement dire que personne n'était capable de prévoir cerésultat ; le hasard n'est pas ici une lacune au déterminisme, une absence de lois ; il manifeste au contraire la tropgrande abondance des lois, leur complexité trop enchevêtrée par rapport à nos possibilités de prévision. Je jette enl'air une pièce de monnaie, je ne peux pas deviner si elle va tomber sur « pile » ou sur « face » et quel que soit lerésultat, je dirai que c'est un hasard. En fait le résultat est fonction d'une foule de conditions déterminantes :position initiale de la pièce de monnaie, position de la pièce à l'arrivée, nature du lieu où elle tombe, etc...En fait il y a là un déterminisme masqué que je peux mettre en lumière en révélant ce qu'on appelle — assezparadoxalement, mais justement — «lois du hasard ». Si j'avais jeté dix mille fois la pièce, j'aurais constaté que le «côté face » serait sorti à peu près 5 000 fois et le « côté pile » à peu près 5 000 fois. En effet, sur un grand nombrede coups les conditions variables avec chaque expérience (position de la pièce au départ, angle avec le sol àl'arrivée) s'annulent et le pourcentage des résultats ne dépend plus que de ce qui est constant dans toutes lesexpériences, à savoir le nombre de faces de la pièce. Au jeu de pile ou face j'ai une probabilité de 1 /2 de gagner (laprobabilité étant par définition le rapport du nombre de cas « favorables » au nombre de cas « possibles »). Cedéterminisme statistique ne serait pas observé si chaque coup n'était pas, en ce qui le concerne, déterminé. Ce quenous appelons le « hasard » est donc pure ignorance, l'ignorance subjective d'un déterminisme objectif. Le hasardc'est l'inconnu, l'imprévisible. C'est une lacune dans mon savoir, mais dans l'univers ce n'est rien. Objectivement lehasard n'est rien.Pourtant Cournot rétorque qu'il y a bien dans le hasard quelque chose de réel. « Une tuile tombe d'un toit, que jepasse ou que je ne passe pas dans la rue ; il n'y a nulle connexion, nulle solidarité, nulle dépendance entre lescauses qui amènent la chute de la tuile et celles qui m'ont fait sortir de chez moi pour porter une lettre à la poste.»La chute de la tuile sur ma tête est pour tout le monde un « hasard ». Ce hasard n'est pas l'absence de causes,mais il est autre chose qu'une ignorance ; car il y a encore hasard « pour celui qui connaît les causes qui ont faittomber la tuile et celles qui m'ont fait sortir de chez moi ». Et Cournot conclut : « Le caractère de fortuité ne tientqu'au caractère d'indépendance des causes concourantes ». Cournot fait donc une place à la contingence ; toute lathéorie repose sur l'idée que les séries de phénomènes déterminés sont indépendantes les unes des autres ; enlangage leibnizien on pourrait dire que dans chaque série causale l'ordre des successions est déterminé, les partiesdu temps sont liées entre elles, les parties de l'espace au contraire, considérées comme l'ordre des coexistences, nele sont point. Ainsi la science, sans se renier elle-même, reconnaîtrait l'objectivité du hasard, en admettant ce queLord Balfour nomme la structure « fibreuse » de l'univers, c'est-à-dire la multiplicité de séries causales nonsolidaires.Cependant il est aisé de montrer que ce que Cournot appelle hasard ne correspond pas exactement à ce que lelangage courant met sous ce mot. La rencontre de deux déterminismes indépendants ne suffit pas à définir unhasard. Supposons que la tuile détachée par le vent tombe non sur ma tête, mais sur un petit caillou gris qui setrouve sur la chaussée. Personne ne songera à invoquer le hasard et pourtant les causes qui ont amené le caillougris à un tel endroit du trottoir sont indépendantes des causes qui ont déterminé la chute de la tuile. Bien mieux, siquelqu'un parlait encore de hasard en ce cas ce ne serait pas en fonction de la rencontre de la tuile et du caillou,mais en fonction de moi, qui suis passé par là un peu plus tôt ou un peu plus tard. On dira qu'il s'en est fallu de peuque je ne sois atteint, on dira que j'ai eu de la chance. Machance » c'est ici la non-rencontre des deux séries causales ! L'élucidation du hasard relève donc ici de lapsychologie, il n'y a de hasard, note très justement Bergson, que « lorsqu'un intérêt humain est en jeu ».Notons d'ailleurs que même ici la notion de « hasard », qu'il faut bien distinguer de la «chance» ou de la «guigne»,n'est au fond que purement négative. Elle est la négation non pas du déterminisme — nous nous sommes efforcésde le montrer — mais précisément du Destin, ou de la Providence, ou de la Finalité, bref de toute Volontésurnaturelle qui aurait présidé au concours des séries causales. En effet, dans un premier mouvement, nousimaginons que la chute de la tuile sur le passant pourrait bien avoir été combinée intentionnellement, par le Destin.Tout se passe en effet comme si c'était dans le but de faire mourir le promeneur que la tuile était tombée à cemoment-là. Comme dit Bergson, «l'effet ayant une signification humaine, cette signification rejaillit sur la cause et lacolore pour ainsi dure d'humanité ». Mais si nous en restons là nous parlerons de « chance», de « guigne », de «providence», nous ne parlerons pas de « hasard». La « mentalité primitive» qui, précisément, en reste là, ignore lehasard : « Qu'une pierre tombe et vienne écraser un passant, c'est qu'un esprit malin l'a détachée. Il n'y a pas dehasard ! Qu'un homme soit arraché de son canot par un alligator, c'est qu'il a été ensorcelé, il n'y a pas de hasard !» De même la chance ou la guigne sont des divinités féminines et capricieuses qui passeraient leur temps à nousjouer des tours: le « guignon » est un gnome de sexe mâle, malicieux, et au demeurant assez bonhomme. Quant au hasard, il est en quelque sorte la négation, le refus de tous ces dieux grands ou petits. C'est un fantômesans sexe, c'est le fantôme du destin, un concept neutre, un résidu, une forme vide. Si devant l'événement jerejette l'hypothèse du destin, je dirai«Bah, ce n'est qu'un hasard ! » autrement dit : il n'y a rien de voulu, de concerté d'avance dans ce qui s'est passé.Nous retrouvons ici l'ancienne théorie d'Aristote ; le hasard est une rencontre accidentelle qui ressemble à unerencontre intentionnelle (le créancier qui rencontre par hasard son débiteur, le trépied qui retombe fortuitement surses trois pieds). Tarde dira que le hasard c'est « l'involontaire simulant le volontaire » et Bergson conclura:"Le hasard est le déterminisme qui se comporte comme s'il avait une intention". Le hasard réduit le destin à un"comme si", à une apparence. Le hasard n'est rien, nul ne « croit » au hasard. Parler de hasard c'est toutsimplement cesser de croire au destin ; le hasard manifeste seulement l'effondrement d'une mentalité magique, »

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