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Qu'est-ce qu'un génie ?

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Le terme de génie est un terme aujourd\'hui bien galvaudé : il ne désigne plus guère qu\'une personne particulièrement intelligente ou étonnamment brillante. Scientifiques, artistes, stratèges militaires, tous peuvent être gratifiés de ce titre. Pourtant, veut-on dire quelque chose de plus précis quand on qualifie quelqu\'un de «génie » ? Au contraire, la notion de génie n\'est-elle pas simplement un mythe romantique ? Et, si ce n\'est pas le cas, le terme ne doit-il pas être réservé aux seuls artistes? 1. Un génie, c\'est un homme doué d\'une nature exceptionnelle. A. Étymologiquement, le terme « génie » est dérivé du mot latin « ingenium ». Ce terme désigne le caractère, en particulier le caractère supérieur, que possèdent les hommes en vertu de leur naissance, donc de manière innée. Pour les Romains, ce terme désigne également le caractère propre à une famille, voire à un peuple. B. Parler de génie, c\'est donc parler des qualités innées que possède un individu. En ce sens, le génie ne s\'acquiert ni par le travail, ni par l\'éducation. Il faut donc opposer la notion de génie et la notion de talent : le terme de talent désigne les qualités remarquables que possède un individu en conséquence de son éducation ou de son travail. Et le génie se distingue de l\'inspiration : comme celle-ci, il ne résulte pas du travail, mais, à la différence de celle-ci, le génie est une qualité intrinsèque de l\'homme qui le possède. C. Les hommes de génie existent donc dans les domaines où le succès ne dépend pas exclusivement du travail et de l\'application. Apparemment, c\'est le cas en particulier de l\'art à la différence de la technique et de l\'artisanat : tout le monde peut acquérir un talent manuel, mais le travail ne transforme personne en artiste. Cette manière de caractériser la notion de génie n\'est-elle pas beaucoup trop vague? Elle semble, en effet, s\'appliquer à toutes sortes d\'individus.

« 3. Le génie, c'est la nature qui s'exprime dans l'artiste. A. Le génie est le propre de l'artiste. Il désigne la capacité innée de créer, que l'on n'acquiert pas par le travail, et qui n'existe pas en vue de la subsistance.Puisque le génie ne dépend pas du travail, il ne repose pas sur l'apprentissage des règles : le génie désigne donc la capacité de créer indépendamment desrègles. Le génie implique donc l'originalité intégrale : puisque l'artiste n'obéit pas à des règles, son oeuvre est une nouveauté complète. B. En outre, le génie est la capacité à créer de nouvelles règles, c'est-à-dire à produire des oeuvres qui serviront de modèles pour les artistes qui nepossèdent pas le génie. C. Comme le montre Kant, au paragraphe 46 de la Critique de la faculté de juger, le génie est l'expression dans l'artiste de la nature elle-même : touteoeuvre doit être produite selon des règles. Les règles assurent, en effet, à l'oeuvre son unité et sa cohérence. Sans règles, l'oeuvre serait un pur chaos.Mais l'artiste n'obéit pas à des règles. Cette apparente contradiction se résout si l'on admet que par l'intermédiaire du génie, la nature donneinconsciemment ses règles à l'artiste. Le génie, c'est donc la possession naturelle, sous la conduite de la nature, de règles radicalement nouvelles. " Il est facile maintenant de comprendre ce qui suit : 1 ° Le génie est le talent de produire ce dont on ne peut donner de règle déterminée, et non pas l'habileté qu'on peutmontrer en faisant ce qu'on peut apprendre suivant une règle ; par conséquent, l'originalité est sa première qualité.2 ° Comme il peut y avoir des extravagances originales, ses productions doivent être des modèles, elles doivent êtreexemplaires et, par conséquent, originales elles-mêmes ; elles doivent pouvoir être proposées à l'imitation, c'est-à-direservir de mesure ou de règle d'appréciation.3 ° I1 ne peut lui-même décrire ou montrer scientifiquement comment il accomplit ses productions, mais il donne larègle par une inspiration de la nature et ainsi l'auteur d'une production, en étant redevable à son génie, ne sait pas lui-même comment les idées s'en trouvent en lui ; il n'est pas en son pouvoir d'en former de semblables à son gré etméthodiquement, et de communiquer aux autres des préceptes qui les mettent en état d'accomplir de semblablesproductions. " Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger (1790), trad. A. Philonenko, Vrin Ce que défend ce texte: Le latin genius désignait, dans l'Antiquité, la divinité qui présidait à la naissance, l'esprit particulier qui avait été donnéà un homme, pour le protéger, le guider et lui inspirer des idées originales. La conception développée par Kant, dans cetexte, va se révéler en accord avec cette étymologie et ce, à l'intérieur d'une théorie philosophique sur l'origine de lacréation artistique.Qu'est-ce qui caractérise un génie artistique ? Comment distinguer un tel artiste de l'artisan le plus habile ? Kantrépond à cette question en définissant cette qualité si particulière que l'on appelle le génie comme « le talent de produire ce dont on ne peut donner de règledéterminée ». Ce talent ne se manifeste pas à travers l'application d'une méthode (ou règle) à exécuter, qui aurait été apprise auparavant.C'est ce qui le différencie de l'habileté qui désigne au contraire l'adresse avec laquelle un artisan suit des règles très précises pour produire un objet. Leterme « habileté » convient donc seulement à l'artisan qui a appris des « recettes » ou techniques bien déterminées pour fabriquer des poteries ou desmeubles, par exemple. Le génie, au contraire, est cette faculté de produire ce pour quoi aucune règle, aucune méthode, aucune recette ne lui a ététransmise.À partir de quoi l'artiste va-t-il alors créer ses oeuvres ? Précisément, à partir de rien qui soit clairement et a priori formulable, nous dit Kant, puisqu'il vainventer, en même temps qu'il produit son oeuvre, la règle nouvelle qui en organise la progression. Cette création fait donc apparaître une règle paradoxale,qui ne va servir que pour l'oeuvre elle-même, et dans laquelle elle sera « prise ». Il y a donc de la nouveauté dans ce que produit le génie, puisque sonoeuvre est « origine première ». C 'est pourquoi sa qualité principale est « l'originalité ».L'originalité suffit-elle pourtant à définir totalement le génie artistique ? On pourrait, en effet, objecter que la conduite du fou est parfois si inattendue, si «extravagante », qu'elle se présente aussi comme originale, puisqu'elle ne s'est rencontrée nulle part ailleurs.C'est pour répondre à cette objection que Kant nous précise alors qu'étant donné qu'il peut effectivement se trouver des « extravagances originales », lesproductions du génie doivent se reconnaître à un second critère : « elles doivent être des modèles, elles doivent être exemplaires », c'est-à-dire servird'exemples pour l'imitation.Cela sous-entend que le génie se distingue de la folie en ceci que sa production est consciente et volontaire, alors que le fou commet ses extravagancessans savoir ce qu'il fait, et ne peut pour cela servir de modèle.Le génie, au contraire, produit des oeuvres qui peuvent être proposées à l'imitation. Ainsi, dans les écoles d'art, les élèves tentent d'imiter le style du maîtrelorsqu'ils apprennent les techniques de base de la peinture ou de la sculpture. Ce à quoi s'oppose cet extrait: Le génie se distingue donc du technicien en ce que, contrairement à ce dernier, il ne peut décrire ou montrer quelle méthode il utilise pour accomplir sesproductions, car il ne la possède pas sous la forme d'une recette formulée comme une règle qui constituerait un savoir (« une science ») qu'il pourrait, de cefait, montrer « scientifiquement »Al invente la règle en même temps qu'il crée et, en ce sens, la découvre en la réalisant, « par une inspiration de la nature ».Cela signifie qu'il y a dans le génie un élément naturel que nous appelons un « don » : l'artiste élabore son oeuvre spontanément, sans avoir conscienced'inventer les règles qui ordonnent sa construction. Cette nouvelle définition proposée par Kant institue, entre l'artiste et l'artisan, une distinction que lespenseurs de l'Antiquité ignorèrent. Pour Platon, par exemple, seule existait la technè, dénomination qui recouvrait aussi bien le savoir-faire du potier celuide l'artiste.L'art n'était alors considéré que comme une technè parmi d'autres, et c'est pourquoi Platon peut qualifier le peintre d'« illusionniste » et lui reprocher de nerien connaître de ce qu'il représente, par rapport à un artisan qui connaît les propriétés des objets qu'il fabrique. Les arguments avancés par Platon dans sacritique méconnaissent la distinction que nous faisons aujourd'hui entre une activité de fabrication matérielle (l'artisanat) et une oeuvre de créationintellectuelle (l'art).Pour Kant, en revanche, il n'y a pas à savoir comment se fabrique un lit pour le représenter artistiquement. Ce qui commande l'oeuvre d'art, le génie, est sansrapport avec ce qui guide la main de l'artisan, l'application d'un savoir-faire clairement formulable. »

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