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Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra a une fois dans sa vie » se replier sur soi-même (Edmund HUSSERL, Méditations cartésiennes)

Publié le 16/11/2010

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husserl

Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra a une fois dans sa vie « se replier sur soi-même, et, au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu'ici et tenter de les reconstruire. La philosophie — la sagesse — est en quelque sorte une affaire personnelle du philosophe. Elle doit se constituer en tant que sienne, être sa sagesse, son savoir qui, bien qu'il tende vers l'universel, soit acquis par lui et qu'il doit pouvoir justifier dès l'origine et à chacune de ses étapes, en s'appuyant sur ses intuitions absolues. Du moment que j'ai pris la décision de tendre vers cette fin, décision qui seule peut m'amener à la vie et au développement philosophique, j'ai donc par là même fait le voeu de pauvreté en matière de connaissance. Edmund HUSSERL, Méditations cartésiennes.

• Husserl (1859-1938), auteur de ce texte, extrait des Méditations cartésiennes (1929), a la réputation d'un penseur difficile. Mais ces lignes, remarquons-le, se révèlent claires pour un lecteur attentif. Elles s'appliquent manifestement à Descartes, modèle même du philosophe, aux yeux de Husserl, qui, en février 1929, fit à la Sorbonne, quatre conférences qui deviendront les Méditations cartésiennes.

Husserl était mathématicien. Cette formation, sous un certain angle, se retrouve dans les lignes qui nous sont proposées, lignes dont la rigueur est tout à fait remarquable. Du début à la fin du texte, nous progressons vers une idée, que la dernière ligne explicite. Comment procéder, pour expliciter cette rigueur et cette cohérence de pensée ? Dans le cas présent, il semble que la clarification conceptuelle et les définitions soient les meilleurs moyens pour accéder à la compréhension d'un ensemble très ordonné.

husserl

« Introduction Quelle est l'idée générale du texte ? Seul le retour au sujet peut permettre l'exercice philosophique et la reconstruction des sciences au sein d'une pensée unifiante qui puisse les fonder.

Le retour philosophique sur soi-même commande donc la qualité du cheminement philosophique et de la sagesse. Le problème posé par ces lignes est celui de la méthode pour parvenir à une connaissance valable.

Selon quelle voie s'organiser pour définir une sagesse et unifier les savoirs ? Le plan des lignes proposées à notre étude est le suivant : la première partie (« Quiconque [...] reconstruire ») esquisse le projet fondamental d'un retour au sujet permettant une reconstruction de l'édifice des sciences.

Laseconde (« La philosophie [...] absolues ») explicite l'idée d'une sagesse reliée à des intuitions absolues et fondatrices.

La troisième (« Du moment [...] connaissance ») souligne que cette sagesse suppose le passage par le « vide » de connaissances (ceci étant en connexion avec le doute méthodique, qui renvoie à la mise à distance provisoire du savoir). Étude ordonnée A) Première partie (« Quiconque [...] reconstruire »). Dès le début, le programme et le dessein sont fixés et délimités : il s'agit de pouvoir accéder à la philosophie, ou plus précisément, de « devenir philosophe ».

L'emploi du verbe « devenir » n'a rien d'inessentiel.

Devenir, c'est passer d'un état à l'autre, commencer à être ce qu'on n'était pas.

Il s'agit donc de parcourir une certaine étape,de progresser de l'état de non-philosophe à celui de philosophe, la philosophie désignant simultanément unerecherche de la sagesse et un idéal spéculatif de connaissance (correspondant à un savoir rationnel, selon lesens ancien de « philosophie ».

N'oublions pas que Husserl fait référence, dans tout le texte, à la philosophiede Descartes).

La recherche se dessine donc, dès le début, nettement.

Comment mener à bien le projetpermettant d'accéder à la sagesse et à la connaissance spéculative ? La première réponse concernant ce projet nous est apportée dès cette première partie, et ce en conservantcertaines expressions de Descartes lui-même, dans ses Méditations métaphy siques.

Il faut, dans ce dessein, à un certain moment (voir Descartes : « [...] de façon qu'il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie' de me défaire de toutes les opinions que j'avais reçues jusques alors en ma créance ») opérer une marche vers « soi-même », c'est-à-dire vers le sujet et la conscience.

En somme, il faut faire retraite (« se replier ») du côté de la subjectivité et du moi pensant et, en ce mouvement, mettre bas provisoirement toutes les disciplines scientifiques, obtenues parvoie rationnelle ou expérimentale, et s'efforcer de les édifier de nouveau et de les unifier à partir du sujet pensant. Le texte de Husserl est donc très dense : accéder à l'état de philosophe, c'est opérer un recommencement radical, caractérisé par un retour sur soi-même et une réorganisation des sciences à partir du sujet fondateur.

Tout ceci,d'ailleurs, c'est du Descartes, et non pas seulement de la Phénoménologie husserlienne.

Mais il faut maintenantexpliciter cette intention philosophique.

C'est ce que Husserl va faire dans la seconde partie. B) Seconde partie (« La philosophie [...] absolues »). Ce « renversement-reconstruction », conduit à partir de la subjectivité, comment le caractériser et l'expliciter ? D'abord, il est l'oeuvre d'une sagesse, conçue à la fois comme parfaite connaissance et comme idéal moral (vertu dela volonté).

Cette sagesse vise l'universel, ce qui, en droit, est valable pour tous les esprits, sans jamais se dissocierd'une démarche personnelle, ancrée dans la subjectivité du penseur (« sa sagesse »).

Nous voyons donc ici quesagesse et philosophie, à la différence de la science qui prétend s'établir dans la sphère de l'objectivité absolue (sansd'ailleurs y parvenir), s'enracinent dans la subjectivité du penseur.

Thème fondamental, qui se retrouve dans toute laréflexion de Husserl.

À la différence de la science, qui dépasse les qualités sensibles et s'efforce de parvenir àl'objectivité, la philosophie est « affaire personnelle du philosophe », c'est-à-dire qu'elle jaillit de la source originelle du sujet et du moi.

C'est en lui-même que l'être humain trouve la source de sa réflexion philosophique.

Donc, la reconstruction dessciences sera l'oeuvre du sujet pensant, tout en tendant, en même temps, vers ce qui est valable pour tous.

Maiscomment procéder, en cette entreprise philosophique, à la fois subjective et universelle ? D'abord, il faut réfléchir par «étapes », par degrés, par phases, de manière à progresser selon l'ordre, à reconstruire l'édifice sans aller au hasard, mais, au contraire, très méthodiquement.

En chaque moment, il faut trouver un point de référence et un appui permettant d'allerplus loin de manière sûre, d'où l'expression utilisée par Husserl d'« intuitions absolues », c'est-à-dire de vues rationnellespar lesquelles l'esprit atteint son objet sans intermédiaires, vues se rapportant à des natures pures et simples, commel'est le cogito.

Descartes, on s'en souvient, progresse, en chaque étape, en faisant appel à une intuition apportant des éléments simples.

Le cogito nous donne un excellent exemple de ces natures simples s'offrant à l'intuition.

Ainsi, enchaque moment, la philosophie se réfère aux contenus de l'intuition, c'est-à-dire à ce qui résiste à tous les doutes et sedonne de manière évidente, à un esprit attentif. Le projet philosophique se définit donc, dans ce texte très dense de Husserl, comme une reconstruction personnelle del'édifice de la science, reconstruction correspondant à l'exercice d'une sagesse et s'édifiant grâce à une série d'étapes oude phases, liées à autant de vues rationnelles de l'esprit.

Nous connaissons désormais l'essence du projet philosophique,relié à la subjectivité pensante et à l'intuition formée par cette dernière, intuition évidente de natures simples (ouabsolues.

Ces deux termes sont synonymes, chez Descartes).. »

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