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Respecter l'autre, est-ce respecter en lui la personne humaine ?

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■ Un constat. Spontanément, chacun d'entre nous veux être respecté par autrui, et inversement, les autres désirent que nous les respections. Le respect apparaît ainsi comme une exigence essentielle de la vie en société.
■ Le problème. Pourtant le respect n'exclut nullement la critique, voire le combat contre autrui, combat de ses actes comme de ses idées ; bien plus, on peut considérer que l'homme qui nous paraît le plus méprisable, celui chez qui nous ne trouverions aucune qualité, est en droit, devant la loi positive comme devant la loi morale, d'exiger de nous un certain respect. Mais alors à quoi s'adresse un tel respect ? Ne serait-ce pas uniquement à la personne humaine qu'est l'autre ? C'est ce qu'il nous faut examiner.

« notre époque, mais elle est aujourd'hui singulièrement répandue. Va-t-elle de pair avec une sorte d'illusionnécessaire à la cohésion sociale dont un certain ordre établi donne la norme ? Une telle fonction idéologique appelleaussitôt une démystification critique, si du moins on ne confond pas lucidité et soumission. L'autojustification despuissances de ce Monde conduit trop souvent à une confusion du droit et du fait, de ce qui est et de ce qui devraitêtre. En abusant les consciences, elle les prive de tout recours, ou les conduit à une révolte aveugle contre toutordre : il y a entre la soumission idéologique intégra-le et le relativisme absolu et destructeur une symétrie inverséequi appelle réflexion. L'étude d'un texte de Pascal permettra d'engager celle-ci, dans le cadre d'une problématiquedont la portée dépasse sans doute le seul contexte de la pensée pascalienne. Étude ordonnée du texte Si la conduite de la vie humaine requiert qu'on accorde plus ou moins de prix aux choses, elle appelle une justeévaluation de ce qui importe à l'homme. C'est toujours par rapport à une certaine fin que se pose la question : quedois-je considérer comme grand ? Parler de grandeurs, comme le fait Pascal, c'est évoquer des données mesurables,sinon au sens propre, du moins au sens figuré. Le thème du texte, ainsi mis en situation, pourrait se formuler commeune question : comment distinguer les différents types de grandeurs existant dans le monde ? Une telle questionprésuppose bien sûr qu'il y a lieu d'effectuer une telle distinction – et l'on pourrait tout aussi bien lire le texte commeune justification de la nécessité d'une telle distinction. Les deux questions sont solidaires, car une distinction nepeut réellement être posée que si elle est fondée. Et l'ensemble du texte peut être compris comme une entreprisede fondation de la distinction exposée, assortie d'une définition des deux types de respects qu'elle appelle àdifférencier. La thèse pascalienne est formulée dès la première phrase : toute évaluation humaine, « dans le monde», ressortit en fin de compte à deux types de grandeurs différenciées l'une par rapport à l'autre. L'organisation dutexte, assez simple, développe le sens et les implications de la distinction exposée. Le premier paragraphe procède àl'exposition de la distinction elle-même, et à l'explication du sens des « grandeurs d'établissement ». Cetteexplication s'assortit d'exemples et pro-pose une explication génétique (« la volonté des hommes » ; « il a plu auxhommes »). Le second paragraphe développe le sens qu'il convient d'attribuer à la notion de « grandeurs naturelles». Le troisième et le quatrième paragraphe tirent les conséquences de la distinction en stipulant qu'elle implique deuxtypes de respects nettement différenciés.Il y a, dit l'auteur, les « grandeurs d'établissement », et les « grandeurs naturelles ». Le sens et la portée d'une telledistinction sont précisés en des termes tout à fait significatifs. Les grandeurs d'établissement, rapportées à lavolonté des hommes, à leur « fantaisie », sont relatives ; les grandeurs naturelles, « indépendantes de cettefantaisie », ont la consistance incontestable des « qualités effectives » qui leur correspondent. Parler de qualitéseffectives c'est d'ailleurs suggérer que celles qui s'attachent aux grandeurs d'établissement ne le sont pas : lavaleur qui leur est conférée relève, semble-t-il, de l'imagination humaine. Pascal ne va pas jusqu'à écrire qu'elle estillusoire – mais dans une certaine mesure son texte pourrait le suggérer. La sphère des grandeurs naturelles n'est-elle pas la seule authentique ? Et ce qui ne se rapporte pas à elle peut-il avoir quelque consistance en l'absenced'un autre principe de référence ? Le propos de Pascal, du moins dans les limites de cet extrait, laisse subsister undoute sur cette question. Comment comprendre en effet l'expression « avec raison » de la deuxième phrase, relayéepar l'ex-pression « selon la raison » du milieu du troisième paragraphe ? Cela signifie-t-il que l'ordre social dont sontparties prenantes les grandeurs d'établissement possède malgré tout sa justification, et que toute perturbation oucontestation de cet ordre serait illégitime ? La dernière phrase du premier paragraphe le suggère assez nettement :« la chose était indifférente avant l'établissement : après l'établissement elle devient juste, parce qu'il est injuste dela troubler ». Cette incitation au conformisme et à la soumission peut sembler difficilement conciliable avec larelativisation radicale du statut des grandeurs d'établissement qu'appelle tout le texte. Tout se passe comme siPascal amorçait la révolte ou la contestation en en posant les principes, tout en la désamorçant par lacondamnation anticipée de toute velléité d'insoumission à l'égard des grandeurs d'établissement. Singulièredialectique, car elle conjugue une éradication décisive du prestige attaché aux grandeurs d'établissement et unconformisme social dont la justification peut sembler énigmatique, d'autant qu'elle est simplement posée dans letexte – sans y être explicitement établie. Dire qu'une attitude est « selon la raison », ou qu'il est injuste de troublerune chose établie du fait qu'elle est établie, ce n'est pas faire une réelle démonstration, mais présupposer desconceptions déterminées. Cette difficulté se retrouve dans la distinction proposée entre les deux types de respectet de considération que requièrent les grandeurs naturelles et les grandeurs d'établissement. Opposées dans leursessences, celles-ci le sont aussi dans leurs genèses respectives, et cette double opposition fonde, dans l'esprit dePascal, la hiérarchie qu'il convient d'établir entre deux types de respects : aux unes, les « cérémonies extérieures »; aux autres l'estime, l'adhésion intérieure que sous-tend la conscience intime de se trouver en présence d'unegrandeur authentique. Mais là encore, Pascal semble atténuer ce qu'un tel propos pourrait avoir de subversif ou dedangereux pour les autorités en place (« établies »), en précisant que le « respect d'établissement » doits'accompagner d'une « reconnaissance intérieure ». La question se pose de savoir ce que peut signifier cettedernière dès lors qu'on a procédé à une certaine désacralisation des autorités en place en leur ôtant le prestigedont elles tendent à s'envelopper. La démystification idéologique des grandeurs d'établissement les dépouille, enfait, des qualités qu'elles prétendent avoir pour développer l'ascendant qui accroît ou renforce leur pouvoir. Quereste-t-il alors, sinon justement le fait qu'elles sont établies – que cet établissement soit le résultat d'un rapport deforces, ou qu'il corresponde à une volonté commune des hommes ? Il n'entre pas apparemment dans les intentionsde Pascal d'effectuer cette dernière distinction – qui pourrait fonder la « reconnaissance intérieure » en permettantd'identifier l'éventuelle légitimité des grandeurs d'établissement, selon qu'elles relèvent ou non d'un libreconsentement, d'une volonté réelle des hommes. On sait le rôle que jouera plus tard l'idée de contrat dans lareprésentation du fondement idéal de l'État. Pour l'heure, Pascal s'attache plutôt à disqualifier, dans une certainemesure, la volonté humaine, qu'il semble d'ailleurs assimiler à la fantaisie, voire au caprice (« il a plu aux hommes ») ;disqualification nuancée, puisque Pascal stipule qu'il convient, malgré tout, de respecter les grandeurs ainsi établies. »

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