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Y a t-il des problèmes philosophiques résolus ?

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            Tout problème n’est pas nécessairement philosophique. Qu’est-ce qui fait qu’il devient philosophique ? « Le problème dialectique est un problème pour lequel on peut trouver des arguments nombreux et solides «. Cette proposition d’Aristote permet de comprendre que la dialectique est une méthode de discussion dont l’une des vocations est de formuler les problèmes que la philosophie tente de résoudre. L’occurrence « problème philosophique « équivaut donc à celle de « problème philosophique «, dans la mesure où le problème doit être dialectiquement posé avant d’être philosophiquement abordé. Mais le critérium que propose Aristote — donner lieu à des « arguments nombreux et solides « —, s’il garantit que la difficulté soulevée n’est pas un futile embarras et établit ainsi la sériosité de l’interrogation philosophique, met du même coup en cause son caractère problématique. Si l’on doit s’assurer, avant de soumettre à la discussion ou à un examen philosophique telle ou telle question, qu’elle permet une argumentation rigoureuse et efficace, ne se condamne-t-on pas à ne poser que des problèmes déjà résolus ? 

« L’interrogation naturelle du penseur est bien en conséquence celle qui donne lieu « à des arguments nombreux et solides ». Mais cette exigence que formule Aristote contient en elle -même la raison de son insuffisance. Les arguments sont utilisés par le philosophe pour const ruire la solution d’un problème auquel il s’attache ; ils font donc partis d’une certaine réponse. Or le penseur grec pose l’appréciation de leur valeur comme un préalable à la question : la formulation du problème supposerait aussi la connaissance et l’év aluation des arguments : nous ne pouvons dire qu’une difficulté est un problème philosophique que pour l’avoir déjà philosophiquement résolue. On ne peut sortir de cette contradiction qu’en distinguant entre les argu ments utilisés pour la discussion et ceux qui lui sont antécédents. Les uns sont des raisonnemen ts — inductions ou déductions qui plaident en faveur d’une certaine conclusion ; les autres sont des thèses qui sont les points de départ problématiques de la discussion. » On appel le en effet, thèses tous les problèmes philosophiques », dans la mesure où le problème résulte du conflit de deux thèses également probables, soit par la crédibilité de leur contenu, soit par l’ autorité de leur auteur. La qualité des arguments de base – thèses et prémisses — ne préjuge en rien de la qualité de la discussion elle -même, mais elle garantit que la ques tion débattue est légitime. La « so lidité » des thèses en présence assure que le sujet est bien philosophique. C’est en ce sens qu’il est possible à Aristote de déf inir le problème philosophique sans le présupposer résolu. La nature d’un problème n’est donc pas une difficulté pour laquelle on ne possède à l’avance aucune solution, mais au contraire d’être une question pour laquelle on a trop de solutions, et qui ne s’accordent pas. Le problème dialectique n’est pas une question réso lue, c’est une interrogation déjà contradictoirement résolue. La tâche du philosophe n’est donc pas de trouver la solution — nécessairement contenue dans l’énoncé même du problème —, mais de l’établir par le raisonnement. Celui -ci consiste nécessairement dans la réfutation des solutions que le problème suppose mais que la réponse élimine. Il en résulte que, de manière paradoxale, la phase de la démarche philosophique qui pose le problème est positive, tandis que celle qui y répond n’est que négative et réfutative. La dis tinction faite par Aristote entre les argu ments qui cré ent l’embarras et ceux qui tentent de le résoudre n’est donc pas entièrement satisfaisante : la h iérarchie qu’il introduit à l’intérieur de ces genres revient à faire de la philosophie une discipline dont la ra ison d’être est de po ser des problèmes qu’elle ne peut ensuite résoudre de manière positive. Une telle démonstration par l’absurde n’acquerrait de certitude pré cise que si l’ensemble des solutions possibles était envisagé dans la formulation du problème. Or il paraît hors de portée d’un esprit humain d’ énoncer la totalité des répo nses possibles à la question « qu’ est-ce que le bien ? » : cette totalité semble presque infini ; quand on en douterait, il n’y aurait pour s’en convaincre qu’à parcourir celles que propose l’histoire de la philosophie. Si l’on mène à son terme logique la thèse aristotélicienne, on doit convenir qu’il est important et plus fécond pour l’entreprise philosophique de poser clairement des problèmes que de prétendre en donner la solut ion. La philosophie se déf init pourtant elle-même comme l a recherche du vrai. Elle ne peut en conséquence se contenter de présenter des solutions comme contradictoires : la contradiction exige d’être résolues. Si les domaines pour lesquels la ph ilosophie pose des problèmes admettant la détermination selon la vérité et l’erre ur, aucune solution les concernant ne peut demeurer indécise : l’une des thèses sera vraie et l’autre fausse, et la vérité de l’une des deux résultera nécessairement de leur confrontati on. C’est en ce sens q u’on peut dire que le vrai doit être « le signe de lui -même » (index sui ), comme le dit Spinoza, et qu’on ne peut consid érer une propos ition vraie sans la reconnaître telle. C’est donc en un autre sens que le problème se trouve au centre de la réflexion philosophique : non parce qu’il la clôt sur une contradiction qui lui serait essentielle, mais parce que résolut par lui-même la difficulté qu’il pose. C’est en ce sens que Bergson estime « qu’il s’agit, en philosophie et même ailleu rs, de trouver le problème et par conséquent de le poser, plus encore que de le résoudre » : « car un problème spéculatif est résolu dès qu’il est bien posé ». (Bergson, La pensée et le mouvant ). »

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