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Y a-t-il un intermédiaire entre savoir et ignorer ?

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• « Je ne sais qu'une chose », répétait, paraît-il, Socrate, « c'est que je ne sais rien ». Affirmation évidemment mensongère, si l'on objecte que Socrate savait au moins, comme tout un chacun, respirer, marcher, parler..» qu'il disposait donc d'un « savoir » élémentaire ou pragmatique qui suffit à vivre et à vaquer à ses occupations ordinaires. La formule n'a de vrai sens que si l'on entend par « savoir » ou « non-savoir » des relations à une connaissance théorique, conceptuelle, argumentée et rationnelle. C'est dans ce contexte que l'opposition entre savoir et ignorance pourrait sembler fondée, et que peut se poser la question de l'existence d'un intermédiaire entre ces deux pôles.

« 2. Sensible et intelligible Pour Platon, est sensible ce que l'on peut saisir par les sens, intelligible ce que l'on saisit par l'esprit ou l'intelligence,ce que l'on comprend. Ainsi, la croyance est déterminée par des objets sensibles, alors que la science a pourprincipe des réalités intelligibles.La réalité sensible est celle des objets qui nous entourent. Soumise aux contradictions, celle du temps notamment,dans lequel chaque chose devient une autre, elle s'oppose à la réalité des essences, ou Idées, dans laquelle chaquechose est ce qu'elle est de toute éternité. SOCRATE: Chez l'homme qui ne sait pas, il y a donc des opinions vraies au sujet des choses qu'ilignore, opinions qui portent sur les choses que cet homme en fait ignore?MÉNON : Apparemment.SOCRATE: Et maintenant en tout cas, ce sont bien ces opinions-là qui ont été, à la manière d'un rêve,suscitées en lui; puis, s'il arrive qu'on l'interroge à plusieurs reprises sur les mêmes sujets, et deplusieurs façons, tu peux être certain qu'il finira par avoir sur ces sujets-là une connaissance aussiexacte que personne.MÉNON: C'est vraisemblable.SOCRATE : En ce cas, sans que personne ne lui ait donné d'enseignement, mais parce qu'on l'ainterrogé, il en arrivera à connaître, ayant recouvré lui-même la connaissance en la tirant de sonpropre fonds. Dans le Ménon de Platon, Socrate démontre que les hommes ont en eux des connaissances sans le savoir,même si cela paraît paradoxal. En effet, questionnant un jeune garçon qui n'a reçu aucune éducation enmathématiques, Socrate fait résoudre à celui-ci le problème suivant: comment construire un carré dont lasurface soit le double d'un autre carré? Le jeune garçon parvient à la solution sans que Socrate lui ait rien«soufflé», seulement guidé par les questions de Socrate.Conclusion: les vérités mathématiques ont été «vues» par l'âme avant la naissance, et elles sont en nous. Cene sont pas des inventions ou des opinions arbitraires, mais des vérités éternelles qu'il est possible de seremémorer si l'on est correctement aiguillé, et même aiguillonné. Le questionnement du jeune garçon par Socrate est l'exemple-type de ce que Socrate appelle la «maïeutique»,ou art de faire accoucher les âmes des vérités qu'elles portent en elle. Car la réminiscence , ou souvenir de la vérité, ne vient pas spontanément ou par hasard. Elle vient sous la stimulation d'un autre, celui qui vous«titille» (comme un taon sur un cheval, dit Socrate) et sait vous poser les bonnes questions. Dans le «mythede la caverne» de la même manière, l'homme enchaîné depuis son enfance ne se libère pas tout seul, mais ilfaut le libérer et le traîner dehors, malgré lui. Ce que dit Platon, c'est que l'accès à la vérité - et à laconnaissance la plus haute, celle de l'idée du Bien - ne peut se faire que par la médiation d'autrui. C'est unerelation de désir, une érotique de la connaissance qui fait passer de l'amour des corps à l'amour des Idées, puisà l'amour de l'idée la plus haute, le Bien. Dans cette relation spécifique, autrui n'est pas une fin, puisque ce quiest visé, c'est l'idée du Bien; mais il n'est pas non plus un moyen pour moi, puisqu'il ne s'agit pas de l'utiliserpour un but qui serait simplement mon intérêt propre. Autrui est donc ici une médiation vers un dépassementde moi-même dans la connaissance du Bien. C'est ce que l'on appelle l'«amour platonique». On peut se référer, sur ce point, à Aristote ou à Descartes. A Aristote qui insiste sur le rôle de l'étonnement, àDescartes qui élabore l'exigence d'unepratique du doute méthodique.Dans les deux cas (et l'on retrouve là l'enseignement fondateur de Socrate) l'accès au savoir (philosophique,scientifique) passe par la reconnaissance préalable de son ignorance, et par la suspension du jugement.Cette suspension, si elle n'est pas une fin en soi (comme dans le doute sceptique) est un moteur pour la recherche,un critère pour la reconnaissance de la vérité, voire, pour Descartes, un levier pour l'accès à la connaissance et à lacertitude métaphysique.L'élaboration du savoir (conçu comme savoir raisonné, construit, et non appris) passe par l'expérience du doute. C - LA SCIENCE COMME SYSTÈME D'HYPOTHESES. On pourra cependant reprocher à ces doctrines philosophiques de s'en tenir à une conception "plénière",métaphysique du savoir constitué. Le "savoir" cartésien doit produire une certitude métaphysique, entièrementétrangère à l'ignorance.Or le "savoir" tel qu'il se donne dans la science moderne, et tel que le définit l'épistémologie poppérienne, n'a pascette prétention.S'il se construit lui aussi sur un fond de doute et d'étonnement , il ne s'en affranchit jamais absolument.Le savoir scientifique s'élabore (du moins dans les sciences empiriques) d'abord sous forme d'hypothèses, dont lemieux qu'on puisse faire est de ne pas parvenir à les falsifier par l'expérimentation.Mais cette structure inductive (et non déductive) du savoir interdit de le penser comme savoir souverain, absolu,débarrassé de toute ignorance résiduelle. »

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