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Les prisons

Publié le 11/11/2018

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LE CAS DES MINEURS

 

L'ordonnance du 2 février 1945 sur l'enfance délinquante prône la primauté de l’éducatif sur la répression. Mais, en 2002, pour mieux lutter contre le « rajeunissement et l'aggravation de la délinquance des mineurs » et « combler les insuffisances du dispositif pénal actuel », un projet du gouvernement privilégie les mesures répressives sur l'accompagnement éducatif. Les mineurs délinquants étant de plus en plus jeunes, le gouvernement crée des « sanctions éducatives » pour les enfants de 10 à 13 ans.

En élargissant la détention provisoire en cas de délit aux mineurs de 13 à 16 ans, le gouvernement prend le risque de confronter des très jeunes gens à la violence de la prison, considérée pourtant comme « criminogène » par les spécialistes de l'enfance. Selon une étude statistique datant de 1994, 77% des mineurs récidivent dans les cinq années après leur sortie de prison et 40 % dans les trois mois.

UNE PRATIQUE ANCIENNE

Toute société cherche à se protéger contre ceux qui rompent le pacte social. Il s'agit de les neutraliser, de les punir, de les rééduquer, enfin, pour les réinsérer.

La prison a de nos jours pour vocation de remplir ces fonctions.

De l'Antiquité jusqu'à la fin du xvii' siècle, un individu condamné pouvait être banni, envoyé aux galères ou supplicié.

La pratique de l'enfermement, utilisée principalement pour la mise à l'écart des opposants politiques, mais aussi des pauvres ou des malades, est très ancienne.

LA GÉNÉRALISATION D'UN SYSTÈME EXISTANT

Dans Surveiller et punir, naissance de la prison (1975), Michel Foucault montre que c'est à l'extérieur du système judiciaire qu'est réellement née la prison, dans le développement, tout au long des xviie et xviiie siècles, de pratiques d'enfermement et de surveillance

généralisées : Foucault souligne ainsi le rôle répressif de l'Hôpital général, créé en 1654, et des dépôts de mendicité, créés en 1764.

Il replace l’enfermement pénitentiaire dans une perspective plus vaste. Cette pratique de l'enfermement n'allait pas de soi dans les théories juridiques sur lesquelles reposait ce système :

aucun des grands réformateurs de la seconde moitié du xviii' siècle, comme le marquis de Beccaria ou Brissot de Warville, ne la concevait comme principe général ni même seulement préférentiel de la pénalité.

Ainsi, la généralisation de la prison comme forme pénale du châtiment est en fait la généralisation d'un système destiné à rendre les individus dociles et utiles à la société : ces mécanismes de contrainte, à l'œuvre dans tout l'espace social, ont tout simplement fini par investir l'institution judiciaire au moment de son intégration dans un appareil d'État centralisé.

UNE INSTITUTIONNALISATION RÉCENTE

L'institutionnalisation de la prison dans le système pénal français date des xviiie et xixe siècles. Elle correspond à la décision de substituer la peine privative de liberté aux châtiments corporels qui étaient de mise sous l'Ancien Régime. Le Code d'instruction criminelle de 1808 et le Code pénal de 1810 (dont la révision, commencée en 1974, a abouti à un nouveau Code, adopté en 1992 pour être appliqué à partir de 1994) font alors de la prison la forme générale de la pénalité.

Quant à la condamnation à mort, elle est limitée dès la fin du xviiie siècle à un nombre réduit de crimes, et rendue moins cruelle.

En France, la guillotine est spécifiquement conçue pour « atténuer » les souffrances du condamné.

Cette transformation tiendrait à l'exigence de démocratie issue de la Révolution française.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen reconnaissant les principes de liberté et d'égalité expliquerait la généralisation du système de la prison : une peine unique et quantifiable, susceptible d'être appliquée à tous les individus en réponse à tous les types d’infractions.

L'architecture carcérale

Les techniques spécifiques de surveillance commandaient une architecture nouvelle, dont le modèle - qui sera adapté à toutes les institutions d'enfermement -est le Panopticon, conçu par Jeremy Bentham en 1791 : il s'agit d'un bâtiment conçu de telle manière que les occupants de chaque cellule, séparés les uns des autres, soient tout à la fois en état de visibilité permanente et dans l'impossibilité de voir le surveillant qui les observe à partir d'un point central. C'est encore sur ce modèle panoptique que fut construite en 1969 la prison de Fleury-Mérogis (91).

Une pratique basée sur des

RÉFLEXIONS THÉORIQUES

Du début du xixe siècle à aujourd'hui, l'histoire de la prison française se confond avec celle des débats théoriques, des projets de réforme et des programmes de réalisation,

LES ÉVASIONS

En 2001, les évasions ont atteint le nombre de 54, impliquant 75 détenus. Trente et une ont abouti et concernaient 38 détenus.

De plus en plus spectaculaires, les évasions font la une de la presse. Pourtant, la sécurité est une préoccupation constante dans les prisons. Au quotidien, chaque geste des surveillants est pesé : de l'examen rapide par l'œilleton avant d'ouvrir la porte des cellules jusqu'aux fouilles quotidiennes par palpation.

Chaque point névralgique des établissements pénitentiaires est traité avec attention. Les portes d'entrée font l'objet d’une surveillance très poussée : biométrie, passage au portique de détection des métaux, présentation et enregistrement des papiers d'identité des visiteurs,

« LES ÉVASIONS En 2001, 1es �WIS#Ms ont atteint le nombre de 54, impliquant 75 détenus.

Trente et une ont abouti et concernaient 38 détenus.

De plus en plus specta­ culaires, les évasions font la une de la presse.

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Au quotidien, chaque geste des surveillants est pesé : de l'examen rapide par l'œilleton avant d'ouvrir la porte des cellules jusqu'aux fouilles quotidiennes par palpation.

Chaque point névralgique des établissements pénitentiaires est traité avec attention.

les portes d'entrée font l'objet d'une surveillance trés poussée : biométrie, passage au portique de détection des métaux.

présentation et enregistrement des papiers d'Identité des visiteurs, • 1654 : l'Hôpital général de Paris est créé sous l'autorité de louis XIV.

Ce n'est pas un établissement charitable mais un lieu divisé en « quartiers » dans lesquels sont massés les rebuts de la société (mendiants, femmes criminelles et condamnés âgés).

• 1670 : la GrGnde Ordonn•nce r---/,_t....,.�-� criminelle, sous l'autorité de _ louis XIV, prévoit que les jugements ·-.

soient exécutés le jour où ils ont été prononcés aux condamnés.

-----.o.�· le juge peut les mettre à exécution aussitôt rendus.

1748 : avec le remplacement des g•lères par les travaux forcés, Rochefort et Toulon deviennent des • 1764 : les mendiants et les vagabonds sont regroupés dans des dépôts de mendicité.

• 1789 : en cette année révolutionnaire, les châtiments corporels sont quasiment tous supprimés.

la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen proclame que « nul ne peut être accusé, arrêté ou détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites ».

• 1791 : la peine privative de liberté est généralisée dans le Code pénal.

la prison est un lieu de punition et d'amendement au sein duquel on éduque et on fait travailler le condamné.

la punition par travaux forcés est maintenue.

portables et sacs laissés à l'entrée, fouille des véhicules ...

la particularité de ces structures est la présence de miradors : le personnel pénitentiaire y surveille tout mouvemen� une arme à portée de main.

Il existe divers procédés d'évasion.

Parmi eux.

les évasions par substitution de personne : le détenu s'échappe de l'établissement aprés s'être fait remplacer par un complice.

Ce ne sont pas les plus courantes, loin s'en faut les évasions se terminent souvent dans la violence, même si la loi interdit de tirer, dans le cas d'une évasion par hélicoptère.

Certaines évasions se déroulent à l'extérieur d'un établissement : lors d'une sortie pour raisons médicales ou judiciaires, par exemple.

Si les chiffres dénombrent les évasions effectives, il est impossible d'évaluer de manière exacte les tentatives déjouées: qu'en est-il de la découverte d'une arme ou d'un téléphone portable, à l'occasion d'une fouille ? • 1805 : premier établissement de redressement à Embrun (Dauphiné).

• 1808 :création de maisons centrales de détention.

Elles concernent les hommes et les femmes et sont prévues pour: -les peines supérieures à un an, -l a réclusion criminelle, - les peines correctionnelles, - les condamnés âgés aux travaux forcés.

D'anciens biens nationaux, forteresses ou abbayes, comme celle de FonteVIYiult, sont peu à peu transformés en maisons centrales.

• 1810 :le deuxième Code pénal prévoit le boulet au pied des forçats et la flétrissure au fer rouge.

Le travail obligatoire est mis en avant.

• 1811 : les maisons d'arrêt deviennent des prisons départementales.

• 1819 :création de la Société royale pour l'amélioration des prisons.

• 1839 : il est désormais interdit de parler, de fumer, de boire du vin à l'intérieur des prisons.

Les prisonniers sont tenus au travail et au port du costume pénal.

Ce règlement s'étendra ensuite aux maisons d'arrêt.

• 1842 : création du prétoire.

Les détenus passent toute la durée de leur peine dans des cGchots.

• 1851 : prétextant la ruine de la Guyane, le gouvernement français décide d'en faire un vaste pénitencier.

• 1854 : l'Assemblée parlementaire vote la loi qui instaure le transfert des bagnards en Guyane et en Nouvelle­ Calédonie.

Petit à peti� les bagnes métropolitains disparaissent.

• 1872 : une commission d'enquête parlementaire est chargée d'observer l'univers pénitencier dans le but d'y apporter des améliorations.

• 1875 :la loi Bérenger durcit les conditions d'emprisonnemen t: mis en isolement total, les prévenus et les condamnés dont l'emprisonnement n'excède pas un an se voient accorder une remise d'un quart de leur peine.

• 1885 : institution de la libération conditionnelle par Bonneville de Marsangy.

• 1911 : l'administration pénitentiaire est sous la tutelle du ministère de la Justice.

• 1912 : premiers tribunaux pour enfants.

• • 1945 :les frtiVGUJl forc �ssont abolis.

ëincarcération prévoit l'amendement et le reclassement social des détenus.

• 1958 : nouvelle fonction au sein du système judiciaire : le juge d'application des peines.

Des comités de probation et d'assistance aux libérés assurent désormais le suivi des peines en milieu ouvert.

• 1972 : mise en place des réductions de peine.

• 1974 : les centrales de CIGirvDux et de Poissy doivent faire face à des émeutes qui se répandent ensuite dans une quarantaine de prisons.

partie du paysage carcéral : de nouveaux centres de détention sont ouverts.

La vie dans les prisons s'améliore et des peines de substitution sont mises en place.

Instauration des quartiers de haute sécurité.

• 1977 : deux dernières condamnations à mort.

• 1981 : la peine de mort est abolie.

• 1983 : la peine de travail d'Intérêt général est créée.

• 1985 : le garde des Sceaux, Robert BDditrter, apporte certains assouplissements à la vie carcérale.

Il renforce les droits des détenus : les parloirs sans séparation sont généralisés et la télévision est autorisée dans les cellules.

Son projet de parloirs sexuels est rejeté.

• 1987 : la loi du 22 juin développe les diverses fonctions du service public pénitentiaire : « le service public pénitentiaire participe à l'exécution des décisions et sentences pénales et au maintien de la sécurité publique.

Il favorise la réinsertion sociale des personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire.

Il est organisé de manière à assurer l'individualisation des peines ».

Suppression du travail obligatoire.

• 1994 : les hôpitaux publics se voient confier les soins aux détenus par la loi du 18 janvier.

le Conseil constitutionnel promulgue un texte sur la finalité des peines d'emprisonnement: « ëexécution des peines privatives de liberté en matière correctionnelle et criminelle a été conçue non seulement pour protéger la société et assurer la punition du condamné, mais aussi pour favoriser l'amendement de celui-ci et permettre son éventuelle réinsertion.

» • 1996 : réforme de la procédure disciplinaire des détenus.

la commission de discipline remplace le prétoire.

• 1997 : Pierre-Guy Cabanel fait adopter (19 décembre) la loi sur le placement sous surveillance électronique de détenus purgeant une peine inférieure à un an ou dont le reliquat de peine est inférieur à un an.

• 1999 : les services pénitentiaires d'insertion et de probation, regroupés sous des directions régionales, assurent entre autres, la réinsertion sociale et l'aide à la sortie de prison.

De nouveaux établissements sont construits.

MALAISE DANS LES PRISONS FRANÇAISES lE SUICIDE DANS LES PRISONS FRANÇAISES 120 détenus se sont suicidés en 2002 dans les prisons françaises.

Ils étaient 104 en 2001, 138 en 1996.

Mais en 1980, ils n'étaien� si l'on peut dire, que 39.

Selon le rapport de l'Administration pénitentiaire de 1999, les taux les plus importants sont enregistrés en maison d'arrêt, où la densité de population carcérale est plus élevée (les maisons d'arrêt reçoivent des prévenus et des condDmn�s dont le reliquat de peine est inférieur ou égal à un an).

LES PRISONS EN 2M2 • 185 établissements pénitentiaires.

• 47 473 places en service.

• 117 maisons d'arrêt recevant les prévenus et les condamnés dont le reliquat de peine est inférieur ou égal à un an (sans compter les quartiers de maison d'arrêt indus dans un centre pénitentiaire et les centres de semi-liberté distingués ci-aprés).

• 23 centres de détention accueillant des condamnés qui sont considérés comme présentant les meilleures perspectives de réinsertion.

A ce titre, ils comportent un régime principalement orienté vers la resocialisation des détenus.

• 6 maisons centrales recevant les condamnés les plus sensibles.

Leur régime de détention est Il y a davantage de suicides dans les établissements sous-encadrés et le taux de suicides augmente avec le surpeuplement et l'ancienneté des établissements.

Bien que la prison soit certainement l'un des lieux où l'on peut repérer le plus facilement les conduites suicidaires, il n'existe paradoxalement sur ce sujet que peu d'études détaillées en France.

En janvier 2003, le ministre de la Santé, Jean- François Mattéi, et le garde des Sceaux, Domiaique Perben, ont demandé au professeur Jean-Louis Terra, psychiatre spécialiste du suicide, de se pencher sur la question.

US OBSERVATOIRES En janvier 2002, Amnesty International a dénoncé les périodes d'isole_, prolongé imposées à certains détenus.

Les conséquences en sont une dégradation de la santé physique et mentale.

De plus, le Comité européen anti­ torture (CP1) dénonce les violences, qu 'elles soient physiques ou verbales, infligées aux détenus.

On le voit bien, de grands progrès doivent encore être accomplis si l'on veut faire des prisons des lieux de réinsertion sociale.

essentiellement axé sur la sécurité.

• 26 centres pénitentiaires, établissements mixtes comportant à la fois un quartier • maison d'arrêt • el/ou un quartier • maison centrale el/ou un quartier centre de détention •.

Ils reçoivent à la fois des prévenus et des condamnés à de courtes et longues peines.

• 13 centres de semi-liberté autonomes, recevant les condamnés admis au régime de semi-liberté, leur permettant d'exercer une activité :travailler, recevoir un enseignement ou une formation professionnelle, apporter une participation essentielle à la vie de leur famille ou subir un traitement médical.

Les condamnés sont astreints à rejoindre l'établissement pénitentiaire dès la cessation de cette activité.. »

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