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Exégèse biblique. le passage du Yabbok

Publié le 03/03/2024

Extrait du document

« Champs lexicaux Le corps : homme, rouler, poussière, voir, heurter, courbe du fémur, (dé-) boîter, dire, Jacob, face, hanche, manger, muscle, cuisse. Cet ensemble de mots relatif à Jacob, à l’humanité, rappelle d’où vient l’homme (Gn 2, 7) « Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol.

» Mais qui lutte avec Jacob (7/vv 25.26.28.29.30.31.33) ? Nous ne savons rien de l’homme (2/vv.25.29) .

Il se révèle possiblement être Dieu, a revêtu apparence humaine, car il a fait l’homme à son image, selon sa ressemblance (Gn 1,26).

Jacob voit sa Face (3/v.31ter), le voit face à face . Les corps roulent dans la poussière (2/vv.25.26), comme s’ils y reprenaient force, et pourtant la poussière est une matière inerte, sans vie, elle est aussi l’endroit de la finitude (Gn 3, 19) « Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras.

» Le corps peut être blessé, ainsi Jacob boîte à l’issue de ce combat.

Tout ramène au charnel, aux émotions primaires.

Cette lutte démarre brutalement, alors que Jacob était seul (1/v.25), dans une probable réflexion, pesant le pour et le contre de l’attitude qu’il doit adopter lors de la rencontre avec son frère.

L’homme (2/vv.25.29) vient de nulle part, quelle est la raison de cette lutte ? Pourquoi Jacob y répondil ? Est-il seulement là cet homme ? Est-ce la lutte intérieure à laquelle s’oblige l’homme lorsqu’il doit se plier à quelque chose qu’il n’a pas envie de faire ? Regimbe-t-il à un examen intérieur, à se soumettre à la volonté de Dieu ? Dans cette obscurité, tout est confusion et incertitude. Il est fait appel aux 5 sens, ainsi le toucher avec heurter (2/vv.26.33) et rouler (2/vv.25.26), la vue avec voir (2/vv.26.31), la parole avec dire (2/vv.27.28), le goût avec manger (1/v.33) et l’ouïe puisqu’il y a un échange verbal.

Jacob ne voit pas avec la vue, mais avec son esprit, un « œil intérieur ». Le fémur (v26, 33 bis) est l’os le plus long et le plus solide du corps, c’est sur ce dernier qu’on s’appuie, qu’il s’agisse d’avancer en marchant, ou de résister, ou de défendre une position. L’agresseur déboite (1/v.26) la courbe du fémur, et emporte ainsi un statu quo.

Jacob est fragilisé car il boîte(1/v.32), il est plus enclin à dialoguer.

Le site de la blessure, la cuisse (v.33 2 bis) est un « endroit » qui semble important si on s’en réfère à (Gn 24, 9) où le serviteur d’Abraham pose la main sous la cuisse de son maître pour prêter serment.

Dieu assure-t-il ainsi la promesse faite à Jacob lorsqu’il le renomme Israël ? La trace laissée sur le corps de Jacob par le combat est un boitement et de façon mémorielle, un interdit alimentaire se met en place : on ne mange pas « le muscle de la cuisse qui est à la courbe du fémur » (v.33) .

Anatomiquement, il s’agirait du nerf sciatique, on peut s’interroger sur la pertinence de cet interdit. Confusion : nuit, torrent, se lever, gué, Yabboq, Jacob, passer, il. Tout se déroule la nuit (1/v.23) , règne de l’obscurité, de la confusion, alors que ce devrait être le moment du repos.

Jacob se lève (4/vv.23.25.27.32) afin de mettre à l’abri ses biens, sa famille. On imagine le manque de sommeil, la difficulté de prise de décision, le trouble.

On « voit »un Jacob tempêtueux.

Le torrent (1/v.24) gronde, tumultueux.

On imagine le désordre d’un réveil brutal pour le clan.

Faire passer de nuit les femmes, les enfants, qui pleurent peut-être, n’est pas une mince affaire.

La crainte anime Jacob, le danger de manquer le gué du Yabboq (1/v.23) est réel dans l’obscurité .

Ce gué est une solution à un problème posé. Le verbe passer est très présent (4/vv.

23.24bis.32), utilisé trois fois en deux lignes .Jacob assure son rôle de chef de famille en assurant le passage en sécurité sur l’autre rive.

Par sa décision, Jacob a tranché et à l’instar de l’eau calme du gué, il se maîtrise .Il se dépouille de tout ce qui peut être un frein.

Il va de l’avant et en arrière.

Il passe et repasse, revenant au point de départ. Il passe enfin Penouël après le lever du soleil.

Il passe de l’ombre à la lumière, tout ce qui était indécis, flou est enfin clair.

Ce passage est, non plus un changement de lieu, un déplacement physique, mais un changement spirituel, un changement d’identité.

Il prend un nouveau nom et est investi d’un nouveau rôle.

Jacob est allé au-delà de lui-même, il a transgressé ses habitudes, il s’est élevé au-dessus de ses pesanteurs. Le pronom il (3/vv26.27.28) lors du combat amène également à la confusion, qui est « il », Jacob ou l’homme ? Affrontement :se rouler, poussière, heurter, emporter, avec, homme(s), Jacob, laisser, lutter. 3 C’est un curieux affrontement, un homme, venu de nulle part, qui repart de la même manière, dont on ne sait rien, qui engage une lutte avec Jacob.

L’impression que j’en retire est quelque chose de plutôt harmonieux, de rond, la cause en est au mot rouler (2/vv.25.26) , certes c’est un corps à corps dans la poussière, une opposition, des résistances, mais, en tant que spectateur, on peut être hypnotisé par cette « fusion » des corps où bras et jambes s’emmêlent.

Est-il possible qu’il y ait un vainqueur ? Cette roulade pourrait être sans fin.

Aucun n’ayant le dessus, l’inconnu heurte (2/vv.26.33) Jacob à la courbe du fémur et la déboîte.

Ce heurt marque une rupture avec le mouvement précédent, il change la donne et marque le corps, il laisse une trace en déboîtant la courbe du fémur.

L’inconnu a provoqué la fin de la lutte parce qu’il ne pouvait l’emporter (2/vv.26.29), ce mot est signe de victoire pour Jacob.

Pourtant est-ce réellement cela ? L’homme prend la parole, comme si Jacob était enfin disposé à l’écouter, il lui demande de le laisser (2/v.0000027bis), qu’il le laisse partir.

Jacob est « tout-puissant » , il a toute autorité de le laisser ou de ne pas le faire.

Jacob « s’adoucit » en demandant la bénédiction de l’homme, en réponse ce dernier lui donne un nouveau nom en lui accordant la victoire car Jacob a lutté avec (1/v.29) Dieu et avec les hommes, et non contre.

« Lutter avec » incite à voir un « compagnonnage », une solidarité d’hommes qui combattent ensemble, côte à côte.

Cette situation est intrigante.

Cette lutte vient « à propos », alors que Jacob se préparait peut-être à lutter contre son frère.

Le mot lutte n’est pas cantonné à un échange « viril » de coups de poing. On lutte pour la vie, pour une vie meilleure, avec ténacité, persévérance.

Jacob dès sa sortie du ventre maternel, tenait le talon de son frère comme s’il voulait le dépasser, puis a obtenu le droit d’aînesse de son frère, il a été laborieux pendant ces vingt années au service de son oncle Laban , afin d’obtenir épouse et gages.

Il est entreprenant, à la différence de son frère qui, d’une certaine manière, vit sur ses acquis.

Esaü s’est laissé dépouillé de son droit d’aînesse, cela rappelle la parabole du fils prodigue (Lc 15,11-32) où l’aîné se contente d’obéir, sans prendre d’initiative personnelle, alors que le cadet mène une mauvaise vie jusqu’au moment où ayant dilapidé ses biens, il fait preuve d’humilité, reconnaissant ses torts et en en demandant pardon. Temporalité : nuit, seul, lever, aurore, soleil, voir. Qu’il est difficile de se déterminer lorsque l’obscurité règne.

Le moindre obstacle transforme l’environnement le plus familier en course d’obstacles.

Ici, Jacob est dans la nuit (v23) ne sachant quel parti prendre, son inquiétude le pousse à se lever, à mettre tout ce qu’il possède de 4 côté.

Enfin, il est seul (1/v.25), à la fois déchargé d’un souci et allégé, comme lorsqu’il est parti de chez ses parents vingt ans plus tôt.

Il s’apprête à rencontrer, à combattre peut-être, son frère, terrifié probablement puisqu’Esaü voulait le tuer la dernière fois qu’ils se sont vus. Comme dans un conte, il lutte avec l’inconnu toute la nuit, ce dernier « voit » 2/vv.26.31) qu’il n’aura pas le dessus, il heurte Jacob à la hanche.

Cette lutte prend fin avec le lever de l’aurore, alors qu’un fil de lumière paraît à l’horizon, la pénombre règne encore mais c’est le début d’un nouveau jour, les perceptions sont plus vives, les deux hommes se distinguent.

C’est le temps de la parole. Enfin le soleil se lève(4/vv.23.25.27.32) , et avec le jour, tout prend un tour nouveau.

Jacob a vu Dieu face à face et a eu la vie sauve(1/v.31), il a acquis la connaissance.

La lumière du soleil éclaire un homme, qui bien que marqué dans sa chair, est apaisé quant à sa future rencontre. C’est une renaissance. Identités : Yabboq, Jacob, nom, appeler, Dieu, Israël, bénir, Peniel, Penouël, face. Combien tout est chamboulé par cette nuit, les identités des lieux et des hommes changent, prennent un nom nouveau. Jacob.... »

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