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Le mal, un bien ?

Publié le 20/04/2011

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Dans Le Diable et le bon Dieu, de Jean-Paul Sartre, drame en trois actes représenté pour la première fois en 1951 au théâtre Antoine, le personnage de Goetz affirme : « Fais le Mal : tu verras comme on se sent léger ! « Dans cette affirma­tion, le mal est vanté pour ses vertus bénéfiques, plus encore curatives (ou purgatives ?). (Citation du sujet .) Ainsi, le mal pourrait-il être un bien ? (Analyse du sujet et reformulation de la thèse .) Paradoxalement, dans cette interrogation, le mal est envisagé spontanément, immédiatement comme un bénéfice, un gain pour l'homme. Il serait son allié. (Formula­tion de la problématique .) Néanmoins, la forme interrogative doit interpeller : comment cet ennemi juré de l'homme, source de tant de maux et de souffrances, pourrait-il servir l'homme ? Au lieu d'être un allié, le mal peut être au contraire pensé comme ennemi juré de l'homme, comme une force destructrice et malfaisante. Alors, le mal : allié ou ennemi ? (Annonce du plan .) Nous nous appuierons sur la tragédie shakespearienne Macbeth, sur la Profession de foi du vicaire savoyard du philosophe des Lumières Rousseau ainsi que sur le roman de Giono intitulé Les Ames fortes, afin de montrer tout d'abord que le mal se révèle nocif et dangereux (I) mais que, paradoxalement, il peut être un allié (II). Finalement, on sera amenés à mettre en relief que la question du mal est amorale : ni allié, ni ennemi, le mal s'impose par son évidence (III). I. Le mal est un ennemi Vecteur de troubles ; hostile à l'épanouissement de l'homme. *  Source de mort (pour les autres) Le mal est profondément et radicalement destructeur car il provoque la mort. - Macbeth :. Duncan est victime de l'ambition démesurée de Macbeth et de son épouse (scène du meurtre, II, 2). - Profession de foi du vicaire savoyard : les âmes « cadavé­reuses «, heureusement rares selon Rousseau, sont « deve­nues insensibles, hors de leur intérêt, à tout ce qui est juste et bon « (p. 85). Dans ces âmes noires, l'égoïsme prévaut ; l'amour de soi a été perverti en amour-propre. Par consé­quent, l'attention portée à autrui tend à s'annihiler. Le mal évacue, annule, les autres au profit d'un « moi « hypertrophique. - Les Ames fortes : Thérèse par sa rapacité et son avidité au gain dépouille les Numance de leurs biens et de toute leur fortune. Monsieur Numance meurt à la suite de la cession de sa propriété et madame Numance, si elle ne meurt pas, disparaît à jamais. Thérèse fait tuer aussi Firmin. Source de culpabilité (pour soi) Le mal ronge de remords les personnages de nos textes. Protagonistes hantés par la culpabilité et la conscience de la faute. Macbeth : insomnies et somnambulisme du couple Macbeth/lady Macbeth (scène du banquet III, V «Il vous manque, gardien de toute créature,/Le sommeil «, p. 181 ; errance nocturne de lady Macbeth, V, 1 « Vous voyez, elle a les yeux ouverts «, p. 251. Dans son sommeil troublé, lady Macbeth tente désespérément de se débarrasser de l'« odeur de sang « qui empoisonne sa « petite main «, p. 251.) Profession de foi du vicaire savoyard : . disjonction entre le vouloir et le pouvoir : « je vois le bien, je l'aime, et je fais le mal. « (P. 71). Sentiment douloureux en l'homme de céder aux « passions « alors que sa conscience lui fait voir les « délices « de la sagesse. Les Ames fortes : l'absence de culpabilité chez madame Numance surprend les gens du village. Soupçonnée de ruiner son mari (en ayant un amant ? un train de vie fastueux ? la passion du jeu ? une charité hémorragique ?), elle continue de se promener sans ciller dans les rues de Châtillon. Absence totale de culpabilité chez Thérèse aussi. *  Source de désordre (pour la société et l'ordre du monde) Le mal désorganise le cours des choses, l'ordre du monde, engendre le chaos. - Macbeth :. scènes d'apparitions des sorcières : les éléments se déchaînent, deviennent fous (1,1 «Le clair est noir le noir est clair «, p. 49. - Profession de foi du vicaire savoyard :. le mal est source de conflits et de désordre social. Le jeune homme qui reçoit la confession du vicaire a été victime d'abus sexuels et a été contraint de fuir la ville dans laquelle il résidait (p. 45). - Les Ames fortes : Thérèse se moque des barrières sociales et aspire à sortir de sa condition. Elle se vêt de manière somp­tueuse grâce à l'argent de madame Numance. Transition : Le mal, conformément à l'image qu'on en a spontanément, est à l'origine de troubles et de dysfonction­nements. En cela, il est un ennemi redoutable. Néanmoins, paradoxalement dans nos ½uvres, le mal peut s'avérer être un bien. II. Le mal est un allié - II permet d'affirmer sa volonté de puissance. Le mal permet la domination et l'asservissement du faible par le fort, dont il est l'allié. - Macbeth -. lady Macbeth triomphe des hésitations de son mari et du roi Duncan en acceptant de recourir au meurtre. Le mal décuple ses forces (« comblez-moi de la pire cruauté «,I, V, p. 81) ; elle est celle qui dirige et commande Macbeth, réduit au statut de fou (« déformé dans la folie ! «. III, 4, p. 175) ou de femme (« Etes-vous un homme ? «, III, 4, p. 173). - Les Ames fortes : Thérèse rend madame Numance esclave de son âme et de son corps : situation de dépendance affective pour madame Numance, de dépossession d'elle-même. - II permet de se transcender II offre à l'homme la possibilité de sortir de sa condition, de s'exhausser. -Macbeth : Macbeth est un noble qui accède au statut de roi (ascension sociale fulgurante). De même, pour lady Macbeth, le mal lui offre la possibilité de dominer sa nature, sa condi­tion : destruction de la débilité ( au sens commun de faiblesse) pré –supposée féminine : « Faites-moi/Sans mon sexe « ,- « Venez à mes seins de femme/Prendre mon lait comme fiel « (I, V, p. 81). - Profession de foi du vicaire savoyard : le mal est un adversaire qui permet au vicaire de faire pleinement éclater sa vertu. En effet, le mal étant partout (« je vois le mal sur la terre «, p. 71), il requiert, pour être annihilé, un combat héroïque. Le vicaire est héroïque car il refuse de se plier aux lois et rituels de l'Eglise qu'il juge ineptes (« Je l'entendais quelquefois approuver des dogmes contraires à ceux de l'Eglise romaine, et paraître estimer médiocrement toutes ses cérémonies «, p. 49). Cette liberté de penser a valu au vicaire une cure excentrée, en Savoie. Le mal renforce donc l'éclat du bien (« Si l'esprit de l'homme fût resté libre et pur, quel mérite aurait-il d'aimer et de suivre l'ordre qu'il verrait établi ? «, p. 93). - Les Ames fortes : pour triompher des autres et les berner, Thérèse doit adopter des règles de conduite méthodiques ; le mal est une ascèse : patience de Thérèse pour tisser sa toile autour de madame Numance : p. 326 : « je me faisais conduire tous les jours à mon talus « , « Avec celle-là, nous commencions notre combat de meilleure heure chaque jour que Dieu fait. « - II permet de faire émerger un bien Le mal est une étape nécessaire du mouvement dialectique : le mal sera dépassé par le bien, mais secondement. S'allier au mal, c'est d'abord permettre un moindre mal, pour voir ensuite se réaliser le bien. - Macbeth : les nobles se rebellent contre Macbeth - leur roi et maître - et donc fautent contre les lois féodales pour permettre le rétablissement du bien dans le royaume d'Ecosse. - Profession de foi du vicaire savoyard : le vicaire accepte d'hé­berger un jeune « polisson « (p. 47) et d'être au contact du mal pour le mener sur le chemin de la vertu (« rendre à la vertu la victime qu'il avait arrachée à l'infamie «, p. 47). - Les Ames fortes : cette idée est absente du roman de Giono : le bien ne triomphe jamais ; c'est la beauté du mal qui est célébrée, son pouvoir absolu. Se reporter aux derniers mots du roman : « Pourquoi voudrais-tu que je ne sois pas fraîche comme la rose ? « Couronnement final de Thérèse, qui a le dernier mot et l'étemelle jeunesse. Naturalité du mal. (Transition) Le mal est paradoxalement dans les trois ½uvres source de bénéfices pour l'homme et la société. Il est un allié sulfureux mais fécond. Indépendamment de son efficience, il reste une évidence qui s'impose, consubstantielle à l'univers et a fortiori à la condition humaine III. Le mal est une évidence Amoralité de la question du mal. Simplement constater le caractère écrasant de sa présence. - Une présence Le mal est là. Omniprésence dans nos trois ½uvres. - Macbeth : visible, les sorcières rôdent et les spectres entourent les vivants. - Profession de foi du vicaire savoyard : société corrompue et rongée par le mal ; « Je vois le mal sur la terre «. p. 71 ; jeune expatrié en état de « mort morale « (p. 48) car a été « étouffé « en lui « tout sentiment du bien et du mal « (p. 48) ; les institutions religieuses elles-mêmes sont corrompues et perverties : « la religion ne sert que de masque à l'intérêt, et le culte sacré de sauvegarde à l'hypocrisie «, p. 46. - Les Ames fortes : Firmin, Thérèse, Reveillard... : perversité et méchanceté généralisées. - Une nécessité Le mal est indispensable à l'équilibre humain et social. - Profession de foi du vicaire savoyard : le mal est une néces­sité vitale. Besoin du mal pour prévenir un danger : « La douleur du corps n'est-elle pas un signe que la machine se dérange, et un avertissement d'y pourvoir ? « Sans le mal, les dysfonctionnements corporels ne pourraient être repérés et éventuellement prévenus. - Les Ames fortes : complémentarité entre madame Numance et Thérèse. Madame Numance a besoin de Thérèse pour vivre et vice-versa (système des vases communicants : Thérèse se remplit - son embonpoint croît - au fur et à mesure que madame Numance se vide, se dépouille. « Pendant que les Firmin combinaient d'un côté, les Numance combinaient de l'autre. Côté loups, côté agneaux, c'était un. « (P. 152.) Equilibre naturel où mal et bien doivent nécessairement cohabiter. - Une fatalité ? On n'échappe pas au mal. - Macbeth : fatalité incarnée par les sorcières. Macbeth comme héros tragique : doit lutter contre un destin écrit et annoncé par les « ouvrières de tous malheurs « (I, 3 et III, 5). A la fatalité, Macbeth pourrait dire « Tu commandes la direc­tion que je dois prendre/Et l'instrument dont je dois me servir! « (11, 1, p. 103). - Profession de foi du vicaire savoyard : idée étrangère à Rous­seau. Affirmation permanente d'une liberté de l'homme. Ce dernier choisit par faiblesse de faire le mal alors qu'il y a dans son âme « un principe inné de justice et de vertu « (p. 87). La fatalité n'a pas raison du bien : p. 47, « le mal, presque inévi­table, n'était pas absolument consommé « dans l'âme du jeune expatrié. Le vicaire va ainsi pouvoir le sauver de la « mon morale « (p. 48). - Les Ames fortes : les villageois de Châtillon, face à l'incom­préhensible attitude de madame Numance, l'imaginent possédée par une force supérieure maléfique, qu'ils ne peuvent néanmoins nommer. P. 108 : « On n'emprunte pas tant d'argent en cachette [...] sans qu'on y soit poussé par quelque chose à quoi on ne peut pas résister. « Conclusion C'est bien donc à une grande humilité que les 3 ½uvres appellent : le mal est une évidence, il est certes relatif mais les raisons de le commettre sont nombreuses et les raisons d'y échapper minces parce qu' « il n'a pas de pourquoi « ( Primo Lévy). Il est parfois l'objet d'une justice et d'une punition, mais souvent il reste dans l'impunité, il peut même être récompensé, c'est le cas de Thérèse qui recevra une petite pension pour avoir assassiné son mari…Le Vicaire admet lui aussi qu'il toujours pas exempt du mal « si je me trompe, c'est malgré moi « mais il espère humblement être sur la voie de la perfectibilité ( néologisme créé par Rousseau) « mener une bonne vie « à défaut de perfection. Si Macbeth et La Profession de foi évoquent une possibilité d'une rédemption ( voir la fin morale et le rétablissement de l'ordre légitime dans la tragédie de Shakespeare), Giono, le plus pessimiste des trois auteurs, semble à l'inverse affirmer l'irréductibilité du Mal.

« - Les Ames fortes : Thérèse se moque des barrières sociales et aspire à sortir de sa condition.

Elle se vêt demanière somptueuse grâce à l'argent de madame Numance. Transition : Le mal, conformément à l'image qu'on en a spontanément, est à l'origine de troubles et de dysfonction-nements.

En cela, il est un ennemi redoutable.

Néanmoins, paradoxalement dans nos ½uvres, le mal peut s'avérerêtre un bien. II.

Le mal est un allié - II permet d'affirmer sa volonté de puissance.

Le mal permet la domination et l'asservissement du faible par le fort,dont il est l'allié. - Macbeth -.

lady Macbeth triomphe des hésitations de son mari et du roi Duncan en acceptant de recourir aumeurtre.Le mal décuple ses forces (« comblez-moi de la pire cruauté »,I, V, p.

81) ; elle est celle qui dirige et commandeMacbeth, réduit au statut de fou (« déformé dans la folie ! ».

III, 4, p.

175) ou de femme (« Etes-vous un homme ?», III, 4, p.

173). - Les Ames fortes : Thérèse rend madame Numance esclave de son âme et de son corps : situation de dépendanceaffective pour madame Numance, de dépossession d'elle-même. - II permet de se transcender II offre à l'homme la possibilité de sortir de sa condition, de s'exhausser. -Macbeth : Macbeth est un noble qui accède au statut de roi (ascension sociale fulgurante).

De même, pour ladyMacbeth, le mal lui offre la possibilité de dominer sa nature, sa condition : destruction de la débilité ( au senscommun de faiblesse) pré –supposée féminine : « Faites-moi/Sans mon sexe » ,- « Venez à mes seins defemme/Prendre mon lait comme fiel » (I, V, p.

81). - Profession de foi du vicaire savoyard : le mal est un adversaire qui permet au vicaire de faire pleinement éclater savertu.

En effet, le mal étant partout (« je vois le mal sur la terre », p.

71), il requiert, pour être annihilé, un combathéroïque.

Le vicaire est héroïque car il refuse de se plier aux lois et rituels de l'Eglise qu'il juge ineptes (« Jel'entendais quelquefois approuver des dogmes contraires à ceux de l'Eglise romaine, et paraître estimermédiocrement toutes ses cérémonies », p.

49).

Cette liberté de penser a valu au vicaire une cure excentrée, enSavoie.

Le mal renforce donc l'éclat du bien (« Si l'esprit de l'homme fût resté libre et pur, quel mérite aurait-ild'aimer et de suivre l'ordre qu'il verrait établi ? », p.

93). - Les Ames fortes : pour triompher des autres et les berner, Thérèse doit adopter des règles de conduiteméthodiques ; le mal est une ascèse : patience de Thérèse pour tisser sa toile autour de madame Numance : p.

326: « je me faisais conduire tous les jours à mon talus » , « Avec celle-là, nous commencions notre combat demeilleure heure chaque jour que Dieu fait.

» - II permet de faire émerger un bien Le mal est une étape nécessaire du mouvement dialectique : le mal sera dépassé par le bien, mais secondement.S'allier au mal, c'est d'abord permettre un moindre mal, pour voir ensuite se réaliser le bien. - Macbeth : les nobles se rebellent contre Macbeth - leur roi et maître - et donc fautent contre les lois féodalespour permettre le rétablissement du bien dans le royaume d'Ecosse. - Profession de foi du vicaire savoyard : le vicaire accepte d'héberger un jeune « polisson » (p.

47) et d'être aucontact dumal pour le mener sur le chemin de la vertu (« rendre à la vertu la victime qu'il avait arrachée à l'infamie », p.

47). - Les Ames fortes : cette idée est absente du roman de Giono : le bien ne triomphe jamais ; c'est la beauté du malqui est célébrée, son pouvoir absolu.

Se reporter aux derniers mots du roman : « Pourquoi voudrais-tu que je ne soispas fraîche comme la rose ? » Couronnement final de Thérèse, qui a le dernier mot et l'étemelle jeunesse.

Naturalitédu mal. (Transition) Le mal est paradoxalement dans les trois ½uvres source de bénéfices pour l'homme et la société.

Il estun allié sulfureux mais fécond.

Indépendamment de son efficience, il reste une évidence qui s'impose,consubstantielle à l'univers et a fortiori à la condition humaine III.

Le mal est une évidence. »

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