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Science et éthique Jean ROSTAND

Publié le 25/03/2020

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Science et éthique

Jean ROSTAND

1894 - 1977

Le Courrier d’un biologiste (1970)

Il apparaît, dans l'ensemble, que l’évolution humaine a comporté un recul graduel des limites de l'humain, et certains pensent que cette évolution n’est point terminée. Mais elle peut encore changer de route, et l'attitude de l'opinion publique au moment du procès de Liège 1 a de quoi nous foire réfléchir à cet égard.

Après tout, il n’est pas impossible que l'humanité s'engage dans la voie que lui indiquent les moins «vitalistes»2 d'entre nous. Il n'est pas impossible que ce soient eux qui aient raison, si tant est que c'est avoir raison que de penser comme pensera l'avenir...

Peut-être l'humanité s'affranchira-t-elle de certains des tabous dont

aujourd'hui elle se fait gloire. Et l'on peut prévoir que, si jamais un mouvement se dessinait en ce sens, les choses risqueraient d'aller vite et le changement d'aller loin...

Quand l’habitude serait prise d'éliminer les monstres, de moindres tares feraient figure de monstruosités. De la suppression de l'horrible à celle de l'indésirable, il n'y a qu'un pas. Quand on aurait pris l'habitude de raréfier les nonagénaires, les octogénaires seraient jugés fort décrépits, en attendant que ce fussent les septuagénaires... Peu à peu, la mentalité collective, l'optique sociale se modifieraient. Toute déchéance, physique ou morale, entraînerait une réduction du droit de vivre.

Chaque année qui passe, chaque épreuve, chaque maladie serait ressentie comme une destitution; à la tristesse de vieillir et de se détériorer s'ajouterait comme une sorte de honte à être encore là...

En revanche, pour une telle collectivité, que d'avantages, que de profits de toutes sortes! Quel meilleur rendement, quel gain de productivité et d'efficacité! Quelle économie de peine stérile, de laideur, de douleur!... Elle offrirait, à coup sûr, un spectacle plus réconfortant et plaisant que la nôtre. Plus de fous dans les asiles, d'incurables dans les hôpitaux, plus de monstres dans les hospices, plus d'assassins dans les prisons, plus de grands vieillards dans la rue, affligeant le regard...

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