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Sophocle : OEDIPE ROI

Publié le 22/02/2012

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sophocle
[...] OEDIPE. ­ Que je n'aie pas fait ce que j'avais de mieux à faire, ne me le remontre pas, veux-tu ? ne me fais plus la leçon ! Voyons, aurais-je osé regarder mon père en face, à mon arrivée chez Hadès ? Et ma mère, l'infortunée ! Mes crimes contre mes parents, ce n'était pas assez d'une corde pour les expier. Quant à mes enfants, issus d'un pareil germe, leur vue pouvait-elle me sembler désirable ? Non, mes yeux ne l'auraient point supportée, ni de voir la ville et ses remparts et les saintes statues des dieux. Hélas ! moi le premier entre les Thébains et le plus heureux, je me suis moi-même exclu de tout lorsque j'ai enjoint de chasser le sacrilège, l'homme dénoncé par les dieux comme impur, le rejeton de Laïos. Après m'être flétri moi-même publiquement, aurais-je pu, ces Thébains, les regarder en face ? Non, non ! Et s'il m'était donné de fermer aux sons mes oreilles, je n'hésiterais pas à vivre muré dans ce misérable corps, sans rien voir ni entendre ; car il est doux de perdre la conscience de ses malheurs. Ah ! Cithéron, pourquoi m'as-tu reçu ? Pourquoi ne m'as-tu pas fait périr tout de suite ? Je n'eusse jamais dévoilé aux hommes la honte de ma naissance. Ô Polybe, ô Corinthe, ô vieux palais que j'appelais paternel, quelle plaie secrète recelait cette belle jeunesse que vous avez nourrie ! Voici que je me découvre criminel, né d'un sang criminel. Triple chemin, vallée obscure, chênaie, défilé à la fourche des deux routes, vous qui avez bu le sang de mon père, ­ mon sang, de mes propres mains versé ! ­ dites-moi, témoins de mon crime, vous en souvenez-vous ? Et avez-vous appris la suite de mes forfaits ? Étreintes, étreintes nuptiales, vous avez fait germer notre semence dans le sein qui nous avait conçu, produisant le père frère de ses enfants, les enfants frères de leur père, l'épouse mère de son époux ­ les oeuvres de chair les plus monstrueuses que les humains puissent former ! Mais ce qu'il est honteux de commettre, il n'est pas glorieux d'en parler. Qu'attendez-vous, au nom des dieux ? Cachez-moi loin d'ici, tuez-moi, jetez-moi à la mer, il n'importe, là où vous ne me verrez plus jamais ! Venez, n'ayez pas peur de toucher un homme déchu. Croyez-moi, soyez sans crainte : mes maux ne sont à la mesure d'aucun autre mortel. […]

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