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Histoire de la Revolution francaise, IV La troupe victorieuse de Cathelineau entra donc dans Cholet, s'empara de toutes les armes qu'elle y trouva, et fit des cartouches avec les gargousses des canons.

Publié le 11/04/2014

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Histoire de la Revolution francaise, IV La troupe victorieuse de Cathelineau entra donc dans Cholet, s'empara de toutes les armes qu'elle y trouva, et fit des cartouches avec les gargousses des canons. C'est toujours ainsi que les Vendeens se sont procure des munitions. Leurs defaites ne donnaient rien a l'ennemi, parce qu'ils n'avaient rien qu'un fusil ou un baton qu'ils emportaient a travers les champs, et chaque victoire leur valait toujours un materiel de guerre considerable. Les insurges, victorieux, celebrerent leurs succes avec l'argent qu'ils trouverent, et ensuite brulerent tous les papiers des administrations, dans lesquelles ils voyaient un instrument de tyrannie. Ils rentrerent ensuite dans leurs villages et dans leurs fermes, qu'ils ne voulaient jamais quitter pour long-temps. Une autre revolte bien plus generale avait eclate dans le Marais et le departemens de la Vendee. A Machecoul et a Challans, le recrutement fut l'occasion d'un soulevement universel. Un nomme Gaston, perruquier, tua un officier, prit son uniforme, se mit a la tete des mecontens, et s'empara de Challans, puis de Machecoul, ou sa troupe brula tous les papiers des administrations, et commit des massacres dont le Bocage n'avait pas donne l'exemple. Trois cents republicains furent fusilles par bandes de vingt et trente. Les insurges les faisaient confesser d'abord, et les conduisaient ensuite au bord d'une fosse, a cote de laquelle ils les fusillaient pour n'avoir pas la peine de les ensevelir. Nantes envoya sur-le-champ quelques cents hommes a Saint-Philibert; mais, apprenant qu'il y avait du mouvement a Savenay, elle rappela ses troupes, et les insurges de Machecoul resterent maitres du pays conquis. Dans le departemens de la Vendee, c'est-a-dire vers le midi du theatre de cette guerre, l'insurrection prit encore plus de consistance. Les gardes nationales de Fontenay, sorties pour marcher sur Chantonnay, furent repoussees et battues, Chantonnay fut pille. Le general Verteuil, qui commandait la onzieme division militaire, en apprenant cette defaite, envoya le general Marce avec douze cents hommes, partie de troupes de ligne, partie de gardes nationales. Les rebelles, rencontres a Saint-Vincent, furent repousses. Le general Marce eut le temps d'ajouter encore a sa petite armee douze cents hommes et neuf pieces de canon. En marchant sur Saint-Fulgent, il rencontra de nouveau les Vendeens dans un fond, et s'arreta pour retablir un pont qu'ils avaient detruit. Vers les quatre heures d'apres midi, le 18 mars, les Vendeens, prenant l'initiative, vinrent l'attaquer. Profitant encore des avantages du sol, ils commencerent a tirailler avec leur superiorite ordinaire, cernerent peu a peu l'armee republicaine, etonnee de ce feu si meurtrier, et reduite a l'impuissance d'atteindre un ennemi cache, disperse dans tous les replis du terrain. Enfin ils l'assaillirent, repandirent le desordre dans ses rangs, et s'emparerent de l'artillerie, des munitions et des armes que les soldats jetaient en se retirant, pour etre plus legers dans leur fuite. Ces succes, plus prononces dans le departemens de la Vendee proprement dit, valurent aux insurges le nom de Vendeens, qu'ils conserverent depuis, quoique la guerre fut bien plus active hors de la Vendee. Les brigandages commis dans le Marais leur firent donner le nom de brigands, quoique le plus grand nombre ne meritat pas ce titre. L'insurrection s'etendait dans le Marais, depuis les environs de Nantes jusqu'aux Sables, et dans l'Anjou et le Poitou, jusqu'aux environs de Vihiers et de Parthenay. La cause des succes des Vendeens etait dans le pays, dans sa configuration, dans leur adresse et leur courage a profiter de ces avantages naturels, enfin dans l'inexperience et l'imprudente ardeur des troupes republicaines, qui, levees a la hate, venaient les attaquer precipitamment, et leur procurer ainsi des victoires, et tout ce qui en est la suite, c'est-a-dire des munitions, de la confiance et du courage. La paque avait ramene tous les insurges dans leurs demeures, d'ou ils ne consentaient jamais a s'eloigner long-temps. La guerre etait pour eux une espece de chasse de quelques jours; ils y portaient du pain pour le temps necessaire, et revenaient ensuite enflammer leurs voisins par leurs recits. Il y eut des rendez-vous donnes pour le mois d'avril. L'insurrection fut alors generale, et s'etendit sur toute la surface du pays. On pourrait comprendre ce theatre de la guerre dans une ligne qui, en partant de Nantes, passerait par Pornic, l'ile de Noirmoutiers, les Sables, Lucon, Fontenay, Niort, Parthenay, et reviendrait par Airvault, Thouars, Doue et Saint-Florent jusqu'a la Loire. L'insurrection, commencee par des hommes qui n'etaient superieurs aux CHAPITRE VIII. 25 Histoire de la Revolution francaise, IV paysans qu'ils commandaient que par leurs qualites naturelles, fut continuee bientot par des hommes d'un rang superieur. Les paysans allerent dans les chateaux, et forcerent les nobles a se mettre a leur tete. Tout le Marais voulut etre commande par Charette. Il etait d'une famille d'armateurs de Nantes; il avait servi dans la marine, ou il etait devenu lieutenant de vaisseau, et a la paix il s'etait retire dans un chateau appartenant a un oncle, ou il passait sa vie a chasser. D'une complexion faible et delicate, il semblait peu propre aux fatigues de la guerre; mais, vivant dans les bois, ou il passait des mois entiers, couchant a terre avec les chasseurs, il s'etait renforce, avait acquis une parfaite habitude du pays, et s'etait fait connaitre de tous les paysans par son adresse et son courage. Il hesita d'abord a accepter le commandement, en faisant sentir aux insurges les dangers de l'entreprise. Cependant il se rendit a leurs instances, et en leur laissant commettre tous les exces, il les compromit et les engagea irrevocablement a son service. Habile, ruse, d'un caractere dur et d'une opiniatrete indomptable, il devint le plus terrible des chefs vendeens. Tout le Marais lui obeissait, et avec quinze et quelquefois vingt mille hommes, il menacait les Sables et Nantes. A peine tout son monde fut-il reuni, qu'il s'empara de l'ile de Noirmoutiers, ile importante dont il pouvait faire sa place de guerre, et son point de communication avec les Anglais. Dans le Bocage, les paysans s'adresserent a MM. de Bonchamps, d'Elbee, de La Rochejaquelein, et les arracherent de leurs chateaux pour les mettre a leur tete. M. de Bonchamps avait autrefois servi sous M. de Suffren, etait devenu un officier habile, et reunissait a une grande intrepidite un caractere noble et eleve. Il commandait tous les revoltes de l'Anjou et des bords de la Loire. M. d'Elbee avait servi aussi, et joignait a une devotion excessive un caractere obstine, et une grande intelligence de ce genre de guerre. C'etait dans le moment le chef le plus accredite de cette partie du Bocage. Il commandait les paroisses autour de Cholet et de Beaupreau. Cathelineau et Stofflet garderent leur commandement du a la confiance qu'ils avaient inspiree, et se reunirent a MM. De Bonchamps et d'Elbee, pour marcher sur Bressuire, ou se trouvait le general Quetineau. Celui-ci avait fait enlever du chateau de Clisson la famille de Lescure, qu'il soupconnait de conspiration, et la detenait a Bressuire. Henri de La Rochejaquelein, jeune gentilhomme autrefois enrole dans la garde du roi, et maintenant retire dans le Bocage, se trouvait a Clisson chez son cousin de Lescure. Il s'evada, souleva les Aubiers, ou il etait ne, et toutes les paroisses autour de Chatillon. Il se joignit ensuite aux autres chefs, avec eux forca le general Quetineau a s'eloigner de Bressuire. M. de Lescure fut alors delivre avec sa famille. C'etait un jeune homme de l'age de Henri de La Rochejaquelein. Il etait calme, prudent, d'une bravoure froide mais inebranlable, et joignait a ces qualites un rare esprit de justice. Henri, son cousin, avait une bravoure heroique et souvent emportee; il etait bouillant et genereux. M. de Lescure se mit alors a la tete de ses paysans, qui vinrent se reunir a lui, et tous ensemble se rendirent a Bressuire pour marcher de la sur Thouars. Les femmes de tous les chefs distribuaient des cocardes et des drapeaux; on s'exaltait par des chants, on marchait comme a une croisade. L'armee ne trainait point avec elle de bagages; les paysans, qui ne voulaient jamais rester long-temps absens, portaient avec eux le pain necessaire a la duree de chaque expedition, et, dans les cas extraordinaires, les paroisses averties preparaient des vivres pour ceux qui en manquaient. Cette armee se composait d'environ trente mille hommes, et fut appelee la grande armee royale et catholique. Elle faisait face a Angers, Saumur, Doue, Thouars et Parthenay. Entre cette armee et celle du Marais, commandee par Charette, se trouvaient divers rassemblemens intermediaires, dont le principal, sous les ordres de M. de Royrand, pouvait s'elever a dix ou douze mille hommes. Le grand rassemblement commande par MM. De Bonchamps, d'Elbee, de Lescure, de la Rochejaquelein, Cathelineau, Stofflet, arriva devant Thouars le 3 mai, et se prepara a l'attaquer des le 4 au matin. Il fallait traverser le Thoue, qui entoure la ville de Thouars presque de toutes parts. Le general Quetineau fit defendre les passages. Les Vendeens canonnerent quelque temps avec l'artillerie qu'ils avaient prise aux republicains, et tiraillerent sur la rive avec leur succes accoutume. M. de Lescure voulant alors decider le passage, s'avance au milieu des balles dont son habit est crible, et ne peut entrainer qu'un seul paysan. Mais La Rochejaquelein accourt, ses gens le suivent; on passe le pont, et les republicains sont refoules dans la place. Il fallait pratiquer une breche, mais on manquait des moyens necessaires. Henri de La Rochejaquelein se fait elever sur les epaules de ses soldats, et commence a atteindre les remparts. M. d'Elbee attaque vigoureusement de son cote, et Quetineau, ne pouvant resister, consent a se rendre pour eviter des malheurs a la ville. Les Vendeens, grace CHAPITRE VIII. 26
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« paysans qu'ils commandaient que par leurs qualites naturelles, fut continuee bientot par des hommes d'un rang superieur. Les paysans allerent dans les chateaux, et forcerent les nobles a se mettre a leur tete. Tout le Marais voulut etre commande par Charette. Il etait d'une famille d'armateurs de Nantes; il avait servi dans la marine, ou il etait devenu lieutenant de vaisseau, et a la paix il s'etait retire dans un chateau appartenant a un oncle, ou il passait sa vie a chasser. D'une complexion faible et delicate, il semblait peu propre aux fatigues de la guerre; mais, vivant dans les bois, ou il passait des mois entiers, couchant a terre avec les chasseurs, il s'etait renforce, avait acquis une parfaite habitude du pays, et s'etait fait connaitre de tous les paysans par son adresse et son courage. Il hesita d'abord a accepter le commandement, en faisant sentir aux insurges les dangers de l'entreprise. Cependant il se rendit a leurs instances, et en leur laissant commettre tous les exces, il les compromit et les engagea irrevocablement a son service. Habile, ruse, d'un caractere dur et d'une opiniatrete indomptable, il devint le plus terrible des chefs vendeens. Tout le Marais lui obeissait, et avec quinze et quelquefois vingt mille hommes, il menacait les Sables et Nantes. A peine tout son monde fut-il reuni, qu'il s'empara de l'ile de Noirmoutiers, ile importante dont il pouvait faire sa place de guerre, et son point de communication avec les Anglais. Dans le Bocage, les paysans s'adresserent a MM. de Bonchamps, d'Elbee, de La Rochejaquelein, et les arracherent de leurs chateaux pour les mettre a leur tete. M. de Bonchamps avait autrefois servi sous M. de Suffren, etait devenu un officier habile, et reunissait a une grande intrepidite un caractere noble et eleve. Il commandait tous les revoltes de l'Anjou et des bords de la Loire. M. d'Elbee avait servi aussi, et joignait a une devotion excessive un caractere obstine, et une grande intelligence de ce genre de guerre. C'etait dans le moment le chef le plus accredite de cette partie du Bocage. Il commandait les paroisses autour de Cholet et de Beaupreau. Cathelineau et Stofflet garderent leur commandement du a la confiance qu'ils avaient inspiree, et se reunirent a MM. De Bonchamps et d'Elbee, pour marcher sur Bressuire, ou se trouvait le general Quetineau. Celui-ci avait fait enlever du chateau de Clisson la famille de Lescure, qu'il soupconnait de conspiration, et la detenait a Bressuire. Henri de La Rochejaquelein, jeune gentilhomme autrefois enrole dans la garde du roi, et maintenant retire dans le Bocage, se trouvait a Clisson chez son cousin de Lescure. Il s'evada, souleva les Aubiers, ou il etait ne, et toutes les paroisses autour de Chatillon. Il se joignit ensuite aux autres chefs, avec eux forca le general Quetineau a s'eloigner de Bressuire. M. de Lescure fut alors delivre avec sa famille. C'etait un jeune homme de l'age de Henri de La Rochejaquelein. Il etait calme, prudent, d'une bravoure froide mais inebranlable, et joignait a ces qualites un rare esprit de justice. Henri, son cousin, avait une bravoure heroique et souvent emportee; il etait bouillant et genereux. M. de Lescure se mit alors a la tete de ses paysans, qui vinrent se reunir a lui, et tous ensemble se rendirent a Bressuire pour marcher de la sur Thouars. Les femmes de tous les chefs distribuaient des cocardes et des drapeaux; on s'exaltait par des chants, on marchait comme a une croisade. L'armee ne trainait point avec elle de bagages; les paysans, qui ne voulaient jamais rester long-temps absens, portaient avec eux le pain necessaire a la duree de chaque expedition, et, dans les cas extraordinaires, les paroisses averties preparaient des vivres pour ceux qui en manquaient. Cette armee se composait d'environ trente mille hommes, et fut appelee la grande armee royale et catholique. Elle faisait face a Angers, Saumur, Doue, Thouars et Parthenay. Entre cette armee et celle du Marais, commandee par Charette, se trouvaient divers rassemblemens intermediaires, dont le principal, sous les ordres de M. de Royrand, pouvait s'elever a dix ou douze mille hommes. Le grand rassemblement commande par MM. De Bonchamps, d'Elbee, de Lescure, de la Rochejaquelein, Cathelineau, Stofflet, arriva devant Thouars le 3 mai, et se prepara a l'attaquer des le 4 au matin. Il fallait traverser le Thoue, qui entoure la ville de Thouars presque de toutes parts. Le general Quetineau fit defendre les passages. Les Vendeens canonnerent quelque temps avec l'artillerie qu'ils avaient prise aux republicains, et tiraillerent sur la rive avec leur succes accoutume. M. de Lescure voulant alors decider le passage, s'avance au milieu des balles dont son habit est crible, et ne peut entrainer qu'un seul paysan. Mais La Rochejaquelein accourt, ses gens le suivent; on passe le pont, et les republicains sont refoules dans la place. Il fallait pratiquer une breche, mais on manquait des moyens necessaires. Henri de La Rochejaquelein se fait elever sur les epaules de ses soldats, et commence a atteindre les remparts. M. d'Elbee attaque vigoureusement de son cote, et Quetineau, ne pouvant resister, consent a se rendre pour eviter des malheurs a la ville. Les Vendeens, grace Histoire de la Revolution francaise, IV CHAPITRE VIII. 26 »

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