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Histoire de la Revolution francaise, IV venait de l'affaiblir encore en detachant sept a huit mille hommes de son corps pour les joindre a l'armee prussienne.

Publié le 11/04/2014

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Histoire de la Revolution francaise, IV venait de l'affaiblir encore en detachant sept a huit mille hommes de son corps pour les joindre a l'armee prussienne. Des lors il devenait plus facile et plus convenable que jamais de joindre l'armee active de la Moselle a celle du Haut-Rhin, pour tenter des operations importantes. Sur le Rhin, la campagne precedente s'etait terminee a Mayence. Custine, apres ses ridicules demonstrations autour de Francfort, avait ete contraint de se replier et de s'enfermer a Mayence, ou il avait rassemble une artillerie assez considerable, tiree de nos places fortes, et particulierement de Strasbourg. La, il formait mille projets; tantot il voulait prendre l'offensive, tantot garder Mayence, tantot meme abandonner cette place. Enfin il fut resolu qu'il la garderait et il contribua meme a decider le conseil executif a prendre cette determination. Le roi de Prusse se vit alors force d'en faire le siege, et c'etait la resistance qu'il rencontrait sur ce point, qui empechait les coalises d'avancer au Nord. Le roi de Prusse passa le Rhin a Bacharach, un peu au-dessous de Mayence; Wurmser, avec quinze mille Autrichiens et quelques mille hommes de Conde, le franchit un peu au-dessus: le corps hessois de Schoenfeld resta sur la rive droite devant le faubourg de Cassel. L'armee prussienne n'etait pas encore aussi forte qu'elle devait l'etre d'apres les engagements qu'avait pris Frederic-Guillaume. Ayant envoye un corps considerable en Pologne, il ne lui restait que cinquante-cinq mille hommes; en y comprenant les differens contingents, Hessois, Saxons et Bavarois. Ainsi, en comptant les sept a huit mille Autrichiens detaches de Hohenlohe, les quinze mille Autrichiens de Wurmser, les cinq ou six mille emigres de Conde, et les cinquante-cinq mille hommes du roi de Prusse, on peut evaluer a pres de quatre-vingt mille soldats l'armee qui menacait la frontiere de l'Est. Nos places fortes du Rhin renfermaient a peu pres trente-huit mille hommes de garnison; l'armee active etait de quarante a quarante-cinq mille hommes, celle de la Moselle de trente; et si l'on avait reuni ces deux dernieres sous un seul commandement, et avec un point d'appui comme celui de Mayence, on aurait pu aller chercher le roi de Prusse lui-meme et l'occuper au-dela du Rhin. Les deux generaux de la Moselle et du Rhin auraient du au moins s'entendre, ils auraient pu disputer, empecher meme le passage du fleuve, mais ils n'en firent rien. Dans le courant du mois de mars, le roi de Prusse traversa impunement le Rhin, et ne rencontra sur ses pas que des avant-gardes qu'il repoussa sans peine. Pendant ce temps, Custine etait a Worms. Il n'avait pris soin de defendre ni les bords du Rhin, ni les revers des Vosges, qui, formant le pourtour de Mayence, auraient pu arreter la marche des Prussiens. Il accourut, mais s'alarma subitement des echecs essuyes par ses avant-gardes; il crut avoir cent cinquante mille hommes sur les bras, il se figura surtout que Wurmser, qui devait deboucher par le Palatinat et au-dessus de Mayence, etait sur ses derrieres, et allait le separer de l'Alsace; il demanda des secours a Ligneville, qui, tremblant de son cote, n'osa pas deplacer un regiment; alors il se mit a fuir, se retira tout d'un trait sur Landau, puis sur Wissembourg, et songea meme a chercher une protection sous le canon de Strasbourg. Cette inconcevable retraite ouvrit tous les passages aux Prussiens, qui vinrent se grouper sous Mayence, et l'investirent sur les deux rives. Vingt mille hommes s'etaient enfermes dans la place, et si c'etait beaucoup pour la defense, c'etait beaucoup trop pour l'etat des vivres, qui ne pouvaient pas suffire a une garnison aussi considerable. L'incertitude de nos plans militaires avait empeche de prendre aucune mesure pour l'approvisionnement de la ville. Heureusement elle renfermait deux representants du peuple, Rewbell et l'heroique Merlin de Thionville, Les generaux Kleber, Aubert-Dubayet et l'ingenieur Meunier, enfin une garnison qui avait toutes les vertus guerrieres, la bravoure, la sobriete, la constance. L'investissement commenca en avril. Le general Kalkreuth formait le siege avec un corps prussien. Le roi de Prusse et Wurmser etaient en observation au pied des Vosges, et faisaient face a Custine. La garnison renouvelait frequemment ses sorties et etendait fort loin sa defense. Le gouvernement francais, sentant la faute qu'il avait commise en separant les deux armees de la Moselle et du Rhin, les reunit sous Custine. Ce general, disposant de soixante a soixante-dix mille hommes, ayant les Prussiens et les Autrichiens eparpilles devant lui, et au-dela Mayence, gardee par vingt mille Francais, ne songeait pas a fondre sur le corps d'observation, a le disperser, et a venir joindre la brave garnison qui lui tendait la main. Vers le milieu de mai, sentant le danger de son inaction, il fit une tentative mal combinee, mal CHAPITRE X. 61 Histoire de la Revolution francaise, IV secondee et qui degenera en une deroute complete. Suivant son usage, il se plaignit des subordonnes, et fut transporte a l'armee du Nord pour rendre l'organisation et le courage aux troupes retranchees au camp de Cesar. Ainsi la coalition qui faisait les sieges de Valenciennes et de Mayence, pouvait, apres deux places prises, avancer sur notre centre, et effectuer sans obstacle l'invasion. Du Rhin aux Alpes et aux Pyrenees, une chaine de revoltes menacait les derrieres de nos armees et interrompait leurs communications. Les Vosges, le Jura, l'Auvergne, la Lozere, forment, du Rhin aux Pyrenees, une masse presque continue de montagnes de differente etendue et de diverse hauteur. Les pays de montagnes sont, pour les institutions, les moeurs et les habitudes, des lieux de conservation. Dans presque toutes celles que nous venons de designer, la population gardait un reste d'attachement pour son ancienne maniere d'etre, et, sans etre aussi fanatisee que la Vendee, elle etait neanmoins assez disposee a s'insurger. Les Vosges, a moitie allemandes, etaient travaillees par les nobles, par les pretres, et montraient des dispositions d'autant plus menacantes, que l'armee du Rhin chancelait davantage. Le Jura etait tout entier insurge pour la Gironde; et si dans sa rebellion il montrait plus d'esprit de liberte, il n'en etait pas moins dangereux, car quinze a vingt mille montagnards se rassemblaient autour de Lons-le-Saulnier, et se liaient aux revoltes de l'Ain et du Rhone. On a vu dans quel etat se trouvait Lyon. Les montagnes de la Lozere, qui separent la Haute-Loire du Rhone, se remplissaient de revoltes a la maniere des Vendeens. Commandes par un ex-constituant nomme Charrier, ils s'elevaient deja au nombre de trente mille, et pouvaient se joindre par la Loire a la Vendee. Apres, venaient les insurges federalistes du midi. Ainsi, de vastes revoltes, differentes de but et de principes, mais egalement formidables, menacaient les derrieres des armees du Rhin, des Alpes et des Pyrenees. Le long des Alpes, les Piemontais etaient en armes, et voulaient reprendre sur nous la Savoie et le comte de Nice. Les neiges empechaient le commencement des hostilites le long du Saint-Bernard, et chacun gardait ses postes dans les trois vallees de Sallenche, de la Tarentaise et de la Maurienne. Aux Alpes maritimes et a l'armee dite d'Italie, il en etait autrement. La les hostilites avaient ete reprises de bonne heure, et des le mois de mai on avait recommence a se disputer le poste si important de Saorgio, duquel dependait la tranquille possession de Nice. En effet, ce poste une fois occupe, les Francais etaient maitres du Col de Tende, et tenaient la clef de la grande chaine. Aussi les Piemontais avaient mis autant d'energie a le defendre que nous a l'attaquer. Ils avaient, tant en Savoie que du cote de Nice, quarante mille hommes, renforces par huit mille Autrichiens auxiliaires. Leurs troupes, disseminees en plusieurs corps d'egale force depuis le col de Tende jusqu'au grand Saint-Bernard, avaient suivi, comme toutes celles de la coalition, le systeme des cordons, et gardaient toutes les vallees. L'armee francaise d'Italie etait dans le plus deplorable etat; composee de quinze mille hommes au plus, denuee de tout, faiblement commandee, il n'etait pas possible d'en obtenir de grands efforts. Le general Biron, qui l'avait commandee un instant, l'augmenta de cinq mille hommes, mais il ne put la pourvoir de tout ce qui lui etait necessaire. Si une de ces grandes pensees qui nous auraient perdus au Nord s'etait elevee au Midi, notre ruine n'eut pas ete moins certaine de ce cote. Les Piemontais pouvaient, a la faveur des glaces qui paralysaient forcement toute action du cote des grandes Alpes, transporter toutes leurs forces aux Alpes du Midi, et, debouchant sur Nice avec une masse de trente mille hommes, culbuter notre armee d'Italie, la refouler sur les departemens insurges, la disperser entierement, favoriser le soulevement des deux rives du Rhone, s'avancer peut-etre jusqu'a Grenoble et Lyon, prendre la par derriere notre armee engagee dans les plaines de la Savoie, et envahir ainsi toute une partie de la France. Mais il n'y avait pas plus un Amedee chez eux qu'un Eugene chez les Autrichiens, ou qu'un Marlborough chez les Anglais. Ils s'etaient donc bornes a la defense de Saorgio. Brunet, qui succeda a Anselme, avait fait, sur le poste de Saorgio, les memes efforts que Dampierre du cote de Conde. Apres plusieurs combats inutiles et sanglans, on en livra enfin un dernier, le 12 juin, qui fut suivi d'une deroute complete. Alors encore, si l'ennemi eut puise dans son succes un peu d'audace, il aurait pu nous disperser, nous faire evacuer Nice et repasser le Var. Kellermann etait accouru de son quartier-general des Alpes, avait rallie l'armee au camp de Donjon, fixe des positions defensives, et ordonne, en attendant de nouvelles forces, une inaction absolue. Une circonstance rendait encore plus dangereuse la situation de cette armee, c'etait l'apparition dans la Mediterranee de l'amiral anglais Hood, sorti de Gibraltar avec trente-sept CHAPITRE X. 62
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« secondee et qui degenera en une deroute complete. Suivant son usage, il se plaignit des subordonnes, et fut transporte a l'armee du Nord pour rendre l'organisation et le courage aux troupes retranchees au camp de Cesar. Ainsi la coalition qui faisait les sieges de Valenciennes et de Mayence, pouvait, apres deux places prises, avancer sur notre centre, et effectuer sans obstacle l'invasion. Du Rhin aux Alpes et aux Pyrenees, une chaine de revoltes menacait les derrieres de nos armees et interrompait leurs communications. Les Vosges, le Jura, l'Auvergne, la Lozere, forment, du Rhin aux Pyrenees, une masse presque continue de montagnes de differente etendue et de diverse hauteur. Les pays de montagnes sont, pour les institutions, les moeurs et les habitudes, des lieux de conservation. Dans presque toutes celles que nous venons de designer, la population gardait un reste d'attachement pour son ancienne maniere d'etre, et, sans etre aussi fanatisee que la Vendee, elle etait neanmoins assez disposee a s'insurger. Les Vosges, a moitie allemandes, etaient travaillees par les nobles, par les pretres, et montraient des dispositions d'autant plus menacantes, que l'armee du Rhin chancelait davantage. Le Jura etait tout entier insurge pour la Gironde; et si dans sa rebellion il montrait plus d'esprit de liberte, il n'en etait pas moins dangereux, car quinze a vingt mille montagnards se rassemblaient autour de Lons-le-Saulnier, et se liaient aux revoltes de l'Ain et du Rhone. On a vu dans quel etat se trouvait Lyon. Les montagnes de la Lozere, qui separent la Haute-Loire du Rhone, se remplissaient de revoltes a la maniere des Vendeens. Commandes par un ex-constituant nomme Charrier, ils s'elevaient deja au nombre de trente mille, et pouvaient se joindre par la Loire a la Vendee. Apres, venaient les insurges federalistes du midi. Ainsi, de vastes revoltes, differentes de but et de principes, mais egalement formidables, menacaient les derrieres des armees du Rhin, des Alpes et des Pyrenees. Le long des Alpes, les Piemontais etaient en armes, et voulaient reprendre sur nous la Savoie et le comte de Nice. Les neiges empechaient le commencement des hostilites le long du Saint-Bernard, et chacun gardait ses postes dans les trois vallees de Sallenche, de la Tarentaise et de la Maurienne. Aux Alpes maritimes et a l'armee dite d'Italie, il en etait autrement. La les hostilites avaient ete reprises de bonne heure, et des le mois de mai on avait recommence a se disputer le poste si important de Saorgio, duquel dependait la tranquille possession de Nice. En effet, ce poste une fois occupe, les Francais etaient maitres du Col de Tende, et tenaient la clef de la grande chaine. Aussi les Piemontais avaient mis autant d'energie a le defendre que nous a l'attaquer. Ils avaient, tant en Savoie que du cote de Nice, quarante mille hommes, renforces par huit mille Autrichiens auxiliaires. Leurs troupes, disseminees en plusieurs corps d'egale force depuis le col de Tende jusqu'au grand Saint-Bernard, avaient suivi, comme toutes celles de la coalition, le systeme des cordons, et gardaient toutes les vallees. L'armee francaise d'Italie etait dans le plus deplorable etat; composee de quinze mille hommes au plus, denuee de tout, faiblement commandee, il n'etait pas possible d'en obtenir de grands efforts. Le general Biron, qui l'avait commandee un instant, l'augmenta de cinq mille hommes, mais il ne put la pourvoir de tout ce qui lui etait necessaire. Si une de ces grandes pensees qui nous auraient perdus au Nord s'etait elevee au Midi, notre ruine n'eut pas ete moins certaine de ce cote. Les Piemontais pouvaient, a la faveur des glaces qui paralysaient forcement toute action du cote des grandes Alpes, transporter toutes leurs forces aux Alpes du Midi, et, debouchant sur Nice avec une masse de trente mille hommes, culbuter notre armee d'Italie, la refouler sur les departemens insurges, la disperser entierement, favoriser le soulevement des deux rives du Rhone, s'avancer peut-etre jusqu'a Grenoble et Lyon, prendre la par derriere notre armee engagee dans les plaines de la Savoie, et envahir ainsi toute une partie de la France. Mais il n'y avait pas plus un Amedee chez eux qu'un Eugene chez les Autrichiens, ou qu'un Marlborough chez les Anglais. Ils s'etaient donc bornes a la defense de Saorgio. Brunet, qui succeda a Anselme, avait fait, sur le poste de Saorgio, les memes efforts que Dampierre du cote de Conde. Apres plusieurs combats inutiles et sanglans, on en livra enfin un dernier, le 12 juin, qui fut suivi d'une deroute complete. Alors encore, si l'ennemi eut puise dans son succes un peu d'audace, il aurait pu nous disperser, nous faire evacuer Nice et repasser le Var. Kellermann etait accouru de son quartier-general des Alpes, avait rallie l'armee au camp de Donjon, fixe des positions defensives, et ordonne, en attendant de nouvelles forces, une inaction absolue. Une circonstance rendait encore plus dangereuse la situation de cette armee, c'etait l'apparition dans la Mediterranee de l'amiral anglais Hood, sorti de Gibraltar avec trente-sept Histoire de la Revolution francaise, IV CHAPITRE X. 62 »

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