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Michel Strogoff Mais quelquefois, comme si son coeur eût cessé de battre un instant, ses jambes fléchissaient, son pas se ralentissait, son bras se tendait, elle restait en arrière.

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Michel Strogoff Mais quelquefois, comme si son coeur eût cessé de battre un instant, ses jambes fléchissaient, son pas se ralentissait, son bras se tendait, elle restait en arrière. Michel Strogoff s'arrêtait alors, il fixait ses yeux sur la pauvre fille, comme s'il eût essayé de l'apercevoir à travers cette ombre qu'il portait en lui. Sa poitrine se gonflait; puis, soutenant plus vivement sa compagne, il reprenait sa marche en avant. Cependant, au milieu de toutes ces misères sans trêve, ce jour-là, une circonstance heureuse allait se produire, qui devait leur épargner bien des fatigues à tous les deux. Ils avaient quitté Sémilowskoë depuis deux heures environ, lorsque Michel Strogoff s'arrêta. «La route est déserte? demanda-t-il. --Absolument déserte, répondit Nadia. --Est-ce que tu n'entends pas quelque bruit en arrière? --En effet. --Si ce sont les Tartares, il faut nous cacher. Regarde bien. --Attends, Michel!» répondit Nadia en remontant le chemin, qui se coudait à quelques pas sur la droite. Michel Strogoff resta un instant seul, tendant l'oreille. Nadia revint presque aussitôt et dit: «C'est une charrette. Un jeune homme la conduit. --Il est seul? --Seul.» Michel Strogoff hésita un instant. Devait-il se cacher? Devait-il, au contraire, tenter la chance de trouver place dans ce véhicule, sinon pour lui, du moins pour elle? Lui, il se contenterait de s'appuyer d'une main à la charrette, il la pousserait au besoin, car ses jambes n'étaient pas près de lui manquer, mais il sentait bien que Nadia, traînée à pied depuis le passage de l'Obi, c'est-à-dire depuis plus de huit jours, était à bout de forces. Il attendit. La charrette arriva bientôt au tournant de la route. C'était un véhicule fort délabré, pouvant à la rigueur contenir trois personnes, ce qu'on appelle dans le pays une kibitka. Ordinairement, la kibitka est attelée de trois chevaux, mais celle-ci n'était traînée que par un seul cheval à long poil, à longue queue, et auquel son sang mongol assurait vigueur et courage. Un jeune homme la conduisait, ayant un chien près de lui. Nadia reconnut que ce jeune homme était Russe. Il avait une figure douce et flegmatique qui inspirait la confiance. D'ailleurs, il ne paraissait pas pressé le moins du monde. Il marchait d'un pas tranquille, pour ne CHAPITRE VI. UN AMI DE GRANDE ROUTE. 145 Michel Strogoff pas surmener son cheval, et, à le voir, on n'eût jamais cru qu'il suivait une route que les Tartares pouvaient couper d'un moment à l'autre. Nadia, tenant Michel Strogoff par la main, s'était rangée de côté. La kibitka s'arrêta, et le conducteur regarda la jeune fille en souriant. «Et où donc allez-vous comme cela?» lui demanda-t-il en faisant de bons yeux tout ronds. Au son de cette voix, Michel Strogoff se dit qu'il l'avait entendue quelque part. Et, sans doute, elle suffit à lui faire reconnaître le conducteur de la kibitka, car son front se rasséréna aussitôt. «Eh bien, où donc allez-vous? répéta le jeune homme, en s'adressant plus directement à Michel Strogoff. --Nous allons à Irkoutsk, répondit celui-ci. --Oh! petit père, tu ne sais donc pas qu'il y a encore bien des verstes et des verstes jusqu'à Irkoutsk? --Je le sais. --Et tu vas à pied? --A pied. --Toi, bien! mais la demoiselle?.... --C'est ma soeur, dit Michel Strogoff, qui jugea prudent de redonner ce nom à Nadia. --Oui, ta soeur, petit père! Mais, crois-moi, elle ne pourra jamais atteindre Irkoutsk! --Ami, répondit Michel Strogoff en s'approchant, les Tartares nous ont dépouillés, et je n'ai pas un kopek à t'offrir; mais si tu veux prendre ma soeur près de toi, je suivrai ta voiture à pied, je courrai s'il le faut, je ne te retarderai pas d'une heure.... --Frère, s'écria Nadia... je ne veux pas... je ne veux pas!--Monsieur, mon frère est aveugle! --Aveugle! répondit le jeune homme d'une voix émue. --Les Tartares lui ont brûlé les yeux! répondit Nadia, en tendant ses mains comme pour implorer la pitié. --Brûlé les yeux? Oh! pauvre petit père! Moi, je vais a Krasnoiarsk. Eh bien, pourquoi ne monterais-tu pas avec ta soeur dans la kibitka? En nous serrant un peu, nous y tiendrons tous les trois. D'ailleurs, mon chien ne refusera pas d'aller à pied. Seulement, je ne vais pas vite, pour ménager mon cheval. --Ami, comment te nommes-tu? demanda Michel Strogoff. --Je me nomme Nicolas Pigassof. --C'est un nom que je n'oublierai plus, répondit Michel Strogoff. CHAPITRE VI. UN AMI DE GRANDE ROUTE. 146

« pas surmener son cheval, et, à le voir, on n'eût jamais cru qu'il suivait une route que les Tartares pouvaient couper d'un moment à l'autre. Nadia, tenant Michel Strogoff par la main, s'était rangée de côté. La kibitka s'arrêta, et le conducteur regarda la jeune fille en souriant. «Et où donc allez-vous comme cela?» lui demanda-t-il en faisant de bons yeux tout ronds. Au son de cette voix, Michel Strogoff se dit qu'il l'avait entendue quelque part. Et, sans doute, elle suffit à lui faire reconnaître le conducteur de la kibitka, car son front se rasséréna aussitôt. «Eh bien, où donc allez-vous? répéta le jeune homme, en s'adressant plus directement à Michel Strogoff. —Nous allons à Irkoutsk, répondit celui-ci. —Oh! petit père, tu ne sais donc pas qu'il y a encore bien des verstes et des verstes jusqu'à Irkoutsk? —Je le sais. —Et tu vas à pied? —A pied. —Toi, bien! mais la demoiselle?.... —C'est ma soeur, dit Michel Strogoff, qui jugea prudent de redonner ce nom à Nadia. —Oui, ta soeur, petit père! Mais, crois-moi, elle ne pourra jamais atteindre Irkoutsk! —Ami, répondit Michel Strogoff en s'approchant, les Tartares nous ont dépouillés, et je n'ai pas un kopek à t'offrir; mais si tu veux prendre ma soeur près de toi, je suivrai ta voiture à pied, je courrai s'il le faut, je ne te retarderai pas d'une heure.... —Frère, s'écria Nadia... je ne veux pas... je ne veux pas!—Monsieur, mon frère est aveugle! —Aveugle! répondit le jeune homme d'une voix émue. —Les Tartares lui ont brûlé les yeux! répondit Nadia, en tendant ses mains comme pour implorer la pitié. —Brûlé les yeux? Oh! pauvre petit père! Moi, je vais a Krasnoiarsk. Eh bien, pourquoi ne monterais-tu pas avec ta soeur dans la kibitka? En nous serrant un peu, nous y tiendrons tous les trois. D'ailleurs, mon chien ne refusera pas d'aller à pied. Seulement, je ne vais pas vite, pour ménager mon cheval. —Ami, comment te nommes-tu? demanda Michel Strogoff. —Je me nomme Nicolas Pigassof. —C'est un nom que je n'oublierai plus, répondit Michel Strogoff. Michel Strogoff CHAPITRE VI. UN AMI DE GRANDE ROUTE. 146 »

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