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Oraison funèbre de la reine d'Angleterre. Bossuet

Publié le 12/07/2011

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Charles Ier, roi d'Angleterre, était juste, modéré, magnanime, très instruit de ses affaires et des moyens de régner: jamais prince ne fut plus capable de rendre la royauté non seulement vénérable et sainte, mais encore aimable et chère à ses peuples. Que lui peut-on reprocher, sinon la clémence? Je veux bien avouer de lui ce qu'un auteur célèbre a dit de César, qu'il a été clément jusqu'à être obligé de s'en repentir: Cœsari proprium et peculiare sit clementiœ insigne, qua usque ad pœnitentiom omnes superavit. Que ce soit donc là, si l'on veut, l'illustre défaut de Charles aussi bien que de César; mais que ceux qui veulent croire que tout est faible dans les malheureux et dans les vaincus ne pensent pas pour cela nous persuader que la force ait manqué à son courage ni la vigueur à ses conseils. Poursuivi à toute outrance par l'implacable malignité de la force, trahi de tous les siens, il ne s'est pas manqué à lui-même. Malgré les mauvais succès de ses armes infortunées, si on a pu le vaincre, on n'a pas pu le forcer; comme il n'a jamais refusé ce qui était raisonnable étant vainqueur, il a toujours rejeté ce qui était faible et injuste étant captif. J'ai peine à contempler son grand coeur dans ces dernières épreuves; mais certes il a montré qu'il n'est pas permis aux rebelles de faire perdre la majesté à un roi qui sait se connaître, et ceux qui ont vu de quel front il a paru dans la salle de Westminster et dans la place de Whitehall peuvent juger aisément combien il était intrépide à la tête de ses armées, combien auguste et majestueux au milieu de son palais et de sa cour. Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs, quand je célèbre ce monarque; et ce cœur, qui n'a jamais vécu que pour lui, se réveille, tout poudre qu'il est, et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cher, à qui ses ennemis mêmes accorderont le titre de sage et celui de juste, et que la postérité mettra au rang des grands princes, si son histoire trouve des lecteurs dont le jugement ne se laisse pas maîtriser aux événements et à la fortune.

L'ensemble. — Dans de nombreux passages de l'Oraison funèbre d'Henriette de France, reine d'Angleterre, Bossuet est tout à fait historien. Les événements qui ont traversé la vie de la reine, la mort tragique de Charles Ier, tous les bouleversements politiques qui l'ont précédée, offrent une ample matière aux réflexions du penseur. Bossuet sait, là, admirablement mettre en valeur les traits caractéristiques de la révolution d'Angleterre, l'attitude du Roi, les conséquences de ses actes. A qui veut connaître Charles Ier, et même toute cause de révolution, l'étude de cette page est indispensable. 

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