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qui oserait souiller du venin de l'envie les préparatifs faits par l'illustre et vertueuse dame, à l'autel de laquelle est offert cet humble tribut d'admiration.

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qui oserait souiller du venin de l'envie les préparatifs faits par l'illustre et vertueuse dame, à l'autel de laquelle est offert cet humble tribut d'admiration. Cette dernière phrase était un mordant sarcasme dirigé contre l'Indépendant, qui n'ayant pas été invité à la fête, avait affecté, dans ses quatre derniers numéros, de la tourner en ridicule ; et qui avait imprimé ses plaisanteries à ce sujet avec ses plus gros caractères, en écrivant, qui pis est, tous les adjectifs en lettres majuscules. Le matin arriva. C'était un séduisant spectacle de voir M. Tupman, en costume complet de brigand, avec une veste tellement serrée qu'elle en était plissée sur son dos et sur ses épaules. La portion supérieure de ses jambes se trouvait comprimée dans une culotte de velours, et la partie inférieure était enlacée dans les bandages compliqués, pour lesquels tous les brigands ont un attachement si inconcevable. C'était plaisir de voir ses moustaches retroussées et son col de chemise ouvert, d'où sortait un visage plus ouvert encore ; c'était plaisir de contempler son chapeau en pain de sucre décoré de rubans de toutes couleurs, et que le brigand était obligé de porter sur ses genoux, car nul mortel ne saurait mettre un semblable chapeau sur sa tête, dans une voiture fermée. L'apparence de M. Snodgrass était également agréable et réjouissante : il avait des chausses de satin bleu, des souliers de satin et de soie ; sa tête était ombragée d'un casque grec ; et, comme tout le monde le sait, comme l'affirmait M. Salomon Lucas, il possédait ainsi le costume journalier, authentique, des troubadours, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'époque où ils disparurent finalement de la surface de la terre. La calèche qui transportait le brigand et le troubadour s'arrêta derrière le coupé de M. Pott, lequel coupé lui-même s'était arrêté à la porte de M. Pott, laquelle porte s'ouvrit, et parmi les cris de la populace laissa voir le grand journaliste, accoutré comme un officier de justice russe, et tenant dans sa main un terrible knout, symbole élégant du redoutable pouvoir que possédait la Gazette d'Eatanswill, et des flagellations effrayantes qu'elle infligeait aux coupables politiques. « Bravo ! s'écrièrent M. Tupman et M. Snodgrass en voyant cette allégorie marchante. - Bravo ! répéta la voix de M. Pickwick du fond du couloir. - Hou ! hou ! Pott ! ohé ! Pott ! » beugla la populace. Pendant ces salutations, l'éditeur montait dans le coupé, tout en souriant avec une sorte de dignité gracieuse, qui témoignait suffisamment qu'il sentait son pouvoir et savait comment l'exercer. Après lui on vit sortir de la maison Mme Pott, qui aurait parfaitement ressemblé à Apollon, si elle n'avait pas eu de robe. Elle était conduite par M. Winkle, et celui-ci, avec son petit habit rouge, se serait fait nécessairement reconnaître pour un chasseur, s'il n'avait point également ressemblé à un facteur de Londres. Enfin parut M. Pickwick, et il fut applaudi par les gamins, aussi bruyamment que les autres, probablement parce que sa culotte et ses guêtres passaient à leurs yeux pour quelque reste de l'antiquité. Les deux voitures se dirigèrent ensemble vers la demeure de Mme Chasselion : celle qui contenait M. Pickwick, portait aussi sur le siège Sam Weller, qui devait aider au service. Tous les individus, hommes et femmes, garçons et filles, bambins et vieillards, qui étaient assemblés pour voir les visiteurs dans leurs costumes, se pâmèrent de délice quand ils aperçurent M. Pickwick donnant le bras d'un côté au brigand, de l'autre au troubadour : mais lorsque M. Tupman, pour faire son entrée dans le bon style, s'efforça de fixer sur sa tête son chapeau pointu, des cris tumultueux s'élevèrent, tels qu'on n'en avait jamais entendu auparavant. Les immenses et somptueux préparatifs de la fête réalisaient complètement les prophétiques louanges de Pott, sur les merveilles fabuleuses des Mille et une Nuits, et contredisaient, du même coup, les insinuations perfides du venimeux Indépendant. Le jardin, qui avait plus d'une acre d'étendue, était rempli de monde. Jamais on n'avait vu un tel foyer de beauté, d'élégance et de littérature. La jeune lady, qui faisait la poésie dans la Gazette d'Eatanswill, s'était revêtue ou plutôt dévêtue d'un costume d'odalisque. Elle s'appuyait sur le bras du jeune gentleman, qui faisait la critique, et qui portait fort convenablement un uniforme de feldmaréchal, moins les bottes. Il y avait une armée de génies de la même force, et toute personne raisonnable aurait regardé comme un honneur suffisant de se rencontrer là avec eux ; mais il y avait mieux encore, il y avait une demi-douzaine de lions de Londres, - des auteurs, des auteurs réels, qui avaient écrit des livres tout entiers, et qui les avaient fait imprimer. On pouvait les voir, marchant comme des hommes ordinaires, souriant, parlant, oui, et disant même pas mal de sottises, sans doute dans l'intention bénigne de se rendre intelligibles aux gens vulgaires qui les entouraient. Il y avait en outre une bande de musiciens en chapeaux de carton doré ; quatre chanteurs, soi-disant italiens, dans leur costume national, et une douzaine de domestiques de louage, aussi dans leur costume national, costume fort mal propre, par parenthèse. Enfin, et par-dessus tout, il y avait Mme Chasselion, en Minerve, recevant la compagnie, et laissant déborder l'orgueil et le plaisir qu'elle éprouvait à voir rassemblés autour d'elle tant d'individus distingués. « M. Pickwick, madame, » dit un domestique ; et cet illustre personnage s'approcha de la divinité présidente, ayant ses deux bras passés dans ceux du brigand et du troubadour, et tenant son chapeau à sa main. « Quoi ! où ? s'écria Mme Chasselion, en tressaillant avec un ravissement immense. - Ici, madame, dit M. Pickwick d'une voix douce. - Est-il possible que j'aie réellement la satisfaction de voir M. Pickwick lui-même ! ! ! - En personne, madame, répliqua le philosophe, en saluant très-bas. Permettez-moi de présenter mes amis, M. Tupman, M. Winkle, M. Snodgrass, à l'auteur de la Grenouille expirante. » Peu de personnes, à moins de l'avoir essayé savent combien il est difficile de saluer avec d'étroites culottes de velours vert, une veste serrée et un chapeau en pain de sucre ; ou bien avec un justaucorps de satin bleu et des bas de soie, ou bien avec des jarretières et des bottes à la russe ; surtout quand toutes ces choses n'ont point été faites pour celui qui les porte, et ont été fixées sur lui sans la plus légère attention aux dimensions respectives de l'habillement et de l'habillé. Jamais on ne vit de contorsions semblables à celles que faisait M. Tupman pour paraître à son aise et gracieux ; jamais on ne vit de postures aussi ingénieuses que celles de ses compagnons de déguisement. « Monsieur Pickwick, dit Mme Chasselion, il faut que vous me promettiez de rester auprès de moi durant toute la journée. Il y a ici des centaines de personnes que je dois absolument vous présenter. - Vous êtes bien bonne, madame, répondit M. Pickwick. - En premier lieu voici mes fillettes ; je les avais presque oubliées, » dit Minerve, en montrant d'un air négligent deux demoiselles parfaitement développées, qui pouvaient avoir de vingt à vingt-deux ans, et qui portaient l'une et l'autre des costumes enfantins. Était-ce pour les faire paraître plus modestes, où pour faire paraître leur maman plus jeune ? M. Pickwick ne nous en informe pas clairement. « Elles sont charmantes, dit M. Pickwick, lorsque ces aimables enfants se retirèrent, après lui avoir été présentées. - Monsieur, répliqua M. Pott avec un air de majesté, c'est qu'elles ressemblent comme deux gouttes d'eau à leur maman. - Taisez-vous, méchant homme ! s'écria gaiement Mme Chasselion, en frappant de l'éventail le bras de l'éditeur. (Minerve avec un éventail !) - Certainement, ma chère madame Chasselion, reprit M. Pott, qui était le trompette attitré de la Caverne. Vous savez bien que l'année dernière, quand votre portrait était à l'exposition, tout

« et de littérature. Lajeune lady,qui faisait la poésie dansla Gazette d’Eatanswill , s’était revêtue ouplutôt dévêtue d’uncostume d’odalisque. Elles’appuyait surlebras dujeune gentleman, qui faisait la critique, etqui portait fortconvenablement ununiforme defeld- maréchal, moinslesbottes. Ilyavait unearmée degénies delamême force,ettoute personne raisonnable auraitregardé commeunhonneur suffisant deserencontrer làavec eux ; maisily avait mieux encore, ilyavait unedemi-douzaine de lions de Londres, –des auteurs, des auteurs réels,quiavaient écritdeslivres toutentiers, etqui lesavaient faitimprimer. On pouvait lesvoir, marchant commedeshommes ordinaires, souriant,parlant,oui,etdisant même pasmal desottises, sansdoute dansl’intention bénignedeserendre intelligibles aux gens vulgaires quilesentouraient. Ilyavait enoutre unebande demusiciens enchapeaux de carton doré ;quatre chanteurs, soi-disantitaliens,dansleurcostume national, etune douzaine de domestiques delouage, aussidansleurcostume national, costumefortmalpropre, par parenthèse. Enfin,etpar-dessus tout,ilyavait Mme Chasselion, enMinerve, recevantla compagnie, etlaissant déborder l’orgueiletleplaisir qu’elle éprouvait àvoir rassemblés autour d’elle tantd’individus distingués. « M. Pickwick, madame, »ditundomestique ; etcet illustre personnage s’approchadela divinité présidente, ayantsesdeux braspassés dansceuxdubrigand etdu troubadour, et tenant sonchapeau àsa main. « Quoi ! où ?s’écria Mme Chasselion, entressaillant avecunravissement immense. – Ici, madame, ditM. Pickwick d’unevoixdouce. – Est-il possible quej’aie réellement lasatisfaction devoir M. Pickwick lui-même ! ! ! – En personne, madame,répliqualephilosophe, ensaluant très-bas. Permettez-moi de présenter mesamis, M. Tupman, M. Winkle,M. Snodgrass, àl’auteur de la Grenouille expirante . » Peu depersonnes, àmoins del’avoir essayé saventcombien ilest difficile desaluer avec d’étroites culottesdevelours vert,uneveste serrée etun chapeau enpain desucre ; oubien avec unjustaucorps desatin bleuetdes basdesoie, oubien avec desjarretières etdes bottes à la russe ; surtout quandtoutes ceschoses n’ontpointétéfaites pourceluiquilesporte, etont été fixées surluisans laplus légère attention auxdimensions respectivesdel’habillement etde l’habillé. Jamaisonnevitde contorsions semblablesàcelles quefaisait M. Tupman pour paraître àson aise etgracieux ; jamaisonnevitde postures aussiingénieuses quecelles deses compagnons dedéguisement. « Monsieur Pickwick,ditMme Chasselion, ilfaut quevous mepromettiez derester auprès de moi durant toutelajournée. Ilya ici des centaines depersonnes quejedois absolument vous présenter. – Vous êtesbien bonne, madame, réponditM. Pickwick. – En premier lieuvoici mesfillettes ; jeles avais presque oubliées, » ditMinerve, enmontrant d’un airnégligent deuxdemoiselles parfaitement développées, quipouvaient avoirdevingt à vingt-deux ans,etqui portaient l’uneetl’autre descostumes enfantins. Était-cepourlesfaire paraître plusmodestes, oùpour faireparaître leurmaman plusjeune ? M. Pickwick nenous en informe pasclairement. « Elles sontcharmantes, ditM. Pickwick, lorsquecesaimables enfantsseretirèrent, aprèslui avoir étéprésentées. – Monsieur, répliquaM. Pottavecunair demajesté, c’estqu’elles ressemblent commedeux gouttes d’eauàleur maman. – Taisez-vous, méchanthomme ! s’écriagaiement Mme Chasselion, enfrappant del’éventail le bras del’éditeur. (Minerve avecunéventail !) – Certainement, machère madame Chasselion, repritM. Pott, quiétait letrompette attitréde la Caverne. Voussavez bienquel’année dernière, quandvotreportrait étaitàl’exposition, tout »

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