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                          Retour à la table des matières L'HOMME RÉVOLTÉ (1951) II LA RÉVOLTE MÉTAPHYSIQUE               La révolte métaphysique est le mouvement par lequel un homme se dresse contre sa condition et la création tout entière.

Publié le 15/12/2013

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                          Retour à la table des matières L'HOMME RÉVOLTÉ (1951) II LA RÉVOLTE MÉTAPHYSIQUE               La révolte métaphysique est le mouvement par lequel un homme se dresse contre sa condition et la création tout entière. Elle est métaphysique parce qu'elle conteste les fins de l'homme et de la création. 'esclave proteste contre la condition qui lui est faite à l'intérieur de son état ; le révolté métaphysique ontre la condition qui lui est faite en tant qu'homme. L'esclave rebelle affirme qu'il y a quelque chose en ui qui n'accepte pas la manière dont son maître le traite ; le révolté métaphysique se déclare frustré par a création. Pour l'un et l'autre, il ne s'agit pas seulement d'une négation pure et simple. Dans les deux as, en effet, nous trouvons un jugement de valeur au nom duquel le révolté refuse son approbation à la ondition qui est la sienne. L'esclave dressé contre son maître ne se préoccupe pas, remarquons-le, de nier ce maître en tant u'être. Il le nie en tant que maître. Il nie qu'il ait le droit de le nier, lui, esclave, en tant qu'exigence. Le maître est déchu dans la mesure même où il ne répond pas à une exigence qu'il néglige. Si les hommes ne peuvent pas se référer à une valeur commune, reconnue par tous en chacun, alors l'homme est incompréhensible à l'homme. Le rebelle exige que cette valeur soit clairement reconnue en lui-même parce qu'il soupçonne ou sait que, sans ce principe, le désordre et le crime régneraient sur le monde. Le mouvement de révolte apparaît chez lui comme une revendication de clarté et d'unité. La rébellion la plus élémentaire exprime, paradoxalement, l'aspiration à un ordre. Ligne à ligne, cette description convient au révolté métaphysique. Celui-ci se dresse sur un monde brisé pour en réclamer l'unité. Il oppose le principe de justice qui est en lui au principe d'injustice qu'il voit à l'oeuvre dans le monde, il ne veut donc rien d'autre, primitivement, que résoudre cette contradiction, instaurer le règne unitaire de la justice, s'il le peut, ou de l'injustice, si on le pousse à bout. En attendant, fi dénonce la contradiction. Protestant contre la condition dans ce qu'elle a d'inachevé, par la mort, et de dispersé, par le mal, la révolte métaphysique est la revendication motivée d'une unité heureuse, contre la souffrance de vivre et de mourir. Si la peine de mort généralisée définit la condition des hommes, la révolte, en un sens, lui est contemporaine. En même temps qu'il refuse sa condition mortelle, le révolté refuse de reconnaître la puissance qui le fait vivre dans cette condition. Le révolté métaphysique n'est donc pas sûrement athée, comme on pourrait le croire, mais il est forcément blasphémateur. Simplement, il blasphème d'abord au nom de l'ordre, dénonçant en Dieu le père de la mort et le suprême scandale. Revenons à l'esclave révolté pour éclairer ce point. Celui-ci établissait, dans sa protestation, l'existence du maître contre lequel il se révoltait. Mais, en même temps, il démontrait qu'il tenait dans sa dépendance le pouvoir de ce dernier et il affirmait son propre pouvoir : celui de remettre continuellement en question la supériorité qui le dominait jusqu'ici. À cet égard, maître et esclave sont vraiment dans la même histoire : la royauté temporaire de l'un est aussi relative que la soumission de l'autre. Les deux forces s'affirment alternativement, dans l'instant de la rébellion, jusqu'au moment où elles s'affronteront pour se détruire, l'une des deux disparaissant alors, provisoirement. De la même manière, si le révolté métaphysique se dresse contre une puissance dont, simultanément, il affirme l'existence, il ne pose cette existence qu'à l'instant même où il la conteste. Il entraîne alors cet être supérieur dans la même aventure humiliée que l'homme, son vain pouvoir équivalant à notre vaine condition. Il le soumet à notre force de refus, l'incline, à son tour, devant la part de l'homme qui ne s'incline pas, l'intègre de force dans une existence absurde par rapport à nous, le tire enfin de son refuge intemporel pour l'engager dans l'histoire, très loin d'une stabilité éternelle qu'il ne pourrait trouver que dans le consentement unanime des hommes. La révolte affirme ainsi qu'à son niveau toute existence supérieure est au moins contradictoire. L'histoire de la révolte métaphysique ne peut donc se confondre avec celle de l'athéisme. Sous un certain angle, elle se confond même avec l'histoire contemporaine du sentiment religieux. Le révolté défie plus qu'il ne nie. Primitivement, au moins, il ne supprime pas Dieu, il lui parle simplement d'égal à égal. Mais il ne s'agit pas d'un dialogue courtois. Il s'agit d'une polémique qu'anime le désir de vaincre. L'esclave commence par réclamer justice et finit par vouloir la royauté. Il lui faut dominer à son tour. Le soulèvement contre la condition s'ordonne en une expédition démesurée contre le ciel pour en ramener un roi prisonnier dont on prononcera la déchéance d'abord, la condamnation à mort ensuite. La rébellion humaine finit en révolution métaphysique. Elle marche du paraître au faire, du dandy au révolutionnaire. Le trône de Dieu renversé, le rebelle reconnaîtra que cette justice, cet ordre, cette unité qu'il cherchait en vain dans sa condition, il lui revient maintenant de les créer de ses propres mains et, par là, de justifier la déchéance divine. Alors commencera un effort désespéré pour fonder, au prix du crime s'il le faut, l'empire des hommes. Ceci n'ira pas sans de terribles conséquences, dont nous ne connaissons encore que quelques-unes. Mais ces conséquences ne sont point dues à la révolte elle-même, ou, du moins, elles ne viennent au jour que dans la mesure où le révolté oublie ses origines, se lasse de la dure tension entre oui et non et s'abandonne enfin à la négation de toute chose ou à la soumission totale. L'insurrection métaphysique nous offre dans son premier mouvement le même contenu positif que la rébellion de l'esclave. Notre tâche sera d'examiner ce que devient ce contenu de la révolte dans les oeuvres qui s'en réclament, et de dire où mènent l'infidélité, et la fidélité, du révolté à ses origines.

«               La révolte métaphysique estlemouvement parlequel unhomme sedresse contresacondition etla création toutentière.

Elleestmétaphysique parcequ'elle conteste lesfins del'homme etde lacréation. L'esclave protestecontrelacondition quiluiest faite àl'intérieur deson état ; lerévolté métaphysique contre lacondition quiluiest faite entant qu'homme.

L'esclaverebelleaffirme qu'ilyaquelque choseen lui qui n'accepte paslamanière dontsonmaître letraite ; lerévolté métaphysique sedéclare frustré par la création.

Pourl'unetl'autre, ilne s'agit passeulement d'unenégation pureetsimple.

Danslesdeux cas, eneffet, noustrouvons unjugement devaleur aunom duquel lerévolté refusesonapprobation àla condition quiest lasienne. L'esclave dressécontresonmaître nesepréoccupe pas,remarquons-le, denier cemaître entant qu'être.

Ille nie entant quemaître.

Ilnie qu'il aitledroit delenier, lui,esclave, entant qu'exigence.

Le maître estdéchu danslamesure mêmeoùilne répond pasàune exigence qu'ilnéglige.

Siles hommes ne peuvent passeréférer àune valeur commune, reconnuepartous enchacun, alorsl'homme est incompréhensible àl'homme.

Lerebelle exigequecette valeur soitclairement reconnueenlui-même parce qu'il soupçonne ousait que, sans ceprincipe, ledésordre etlecrime régneraient surlemonde.

Le mouvement derévolte apparaît chezluicomme unerevendication declarté etd'unité.

Larébellion laplus élémentaire exprime,paradoxalement, l'aspirationàun ordre. Ligne àligne, cette description convientaurévolté métaphysique.

Celui-cisedresse surunmonde brisé pour enréclamer l'unité.Iloppose leprincipe dejustice quiest enlui auprincipe d'injustice qu'ilvoità l'oeuvre danslemonde, ilne veut donc riend'autre, primitivement, querésoudre cettecontradiction, instaurer lerègne unitaire delajustice, s'illepeut, oude l'injustice, sion lepousse àbout.

Enattendant, fi dénonce lacontradiction.

Protestantcontrelacondition danscequ'elle ad'inachevé, parlamort, etde dispersé, parlemal, larévolte métaphysique estlarevendication motivéed'uneunitéheureuse, contrela souffrance devivre etde mourir.

Silapeine demort généralisée définitlacondition deshommes, la révolte, enunsens, luiest contemporaine.

Enmême temps qu'ilrefuse sacondition mortelle,lerévolté refuse dereconnaître lapuissance quilefait vivre danscette condition.

Lerévolté métaphysique n'est donc passûrement athée,comme onpourrait lecroire, maisilest forcément blasphémateur.

Simplement, il blasphème d'abordaunom del'ordre, dénonçant enDieu lepère delamort etlesuprême scandale. Revenons àl'esclave révoltépouréclairer cepoint.

Celui-ci établissait, danssaprotestation, l'existence dumaître contrelequelilse révoltait.

Mais,enmême temps, ildémontrait qu'iltenait danssa dépendance lepouvoir decedernier etilaffirmait sonpropre pouvoir : celuideremettre continuellement en question lasupériorité quiledominait jusqu'ici.

Àcet égard, maître etesclave sontvraiment dansla même histoire : laroyauté temporaire del'un estaussi relative quelasoumission del'autre.

Lesdeux forces s'affirment alternativement, dansl'instant delarébellion, jusqu'aumomentoùelles s'affronteront poursedétruire, l'unedesdeux disparaissant alors,provisoirement. De lamême manière, sile révolté métaphysique sedresse contreunepuissance dont,simultanément, il affirme l'existence, ilne pose cette existence qu'àl'instant mêmeoùilla conteste.

Ilentraîne alorscet être supérieur danslamême aventure humiliéequel'homme, sonvain pouvoir équivalant ànotre vaine. »

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