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BAUDELAIRE VISITE LE SALON - Les débuts d'un critique d'art

Publié le 14/09/2014

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baudelaire

Instituée officiellement en 1663 (mais organisée pour la première fois en 1667), l'exposition de l'Académie royale de peinture et de sculpture a lieu à partir de 1725 dans le salon Carré du Louvre —qui lui donne son nom usuel.

D'une périodicité d'abord irrégu­lière, le Salon devient le plus sou­vent annuel au xix• siècle. li est alors, comme au siècle précédent, un événement considérable. Il fournit en effet aux artistes l'occa­sion de se faire connaître du public, d'être remarqués des critiques, de s'attirer des commandes officielles, voire même, honneur suprême, d'obtenir une récompense, sous la forme d'une médaille.

 

Les oeuvres présentées au Salon sont celles admises par un Jury proche de l'Académie des beaux-arts. L'étroitesse et la sévérité des critères de ce jury, associées à l'aug­mentation du nombre d'artistes —alors que le lieu ne peut contenir qu'une quantité d'oeuvres limitée —aboutissent à la création, en 1663, du «Salon des Refusés«, autorisé par Napoléon III, qui prélude à l'écla­tement de l'institution, à la fin du siècle.

baudelaire

« Un «guide-ânes» intelligent En 184 5, le Salo n s'ouvre le 15 ma rs.

2 332 œuv res y sont présen t ées , parmi les­ q uelles 1 673 peintu res, accrochées , comme à l ' habitude , cad r e contre cadre jusqu 'au sommet des parois .

Il n'est pas de tableau majeu r cette année-là, pas d 'œuvre scan daleuse qui susci te les polémiques.

D e gr ands artistes , d' ailleu rs , son t abse nts : profond ém e nt affecté par le mau­ vais acc u eil d e son Martyre de saint Sympho rien en 183 4, Ingres, par exemple, n'y expose pas.

Dix a ns ava nt la paru t ion des Fleurs du mal , l'explo ration d e ce •Cru • médiocre est l'occa­ sion p our Baudela ire de signer son premier livre.

Son Salon de 1845 - une simple plaquette - ann once les critiques ultérieures des Salons d e 1 846 ou d e 1 859, réunies en 1868 sous le titre de C uri osités esthétiques.

Fidèle à une formu le déjà établie - celle du •guide-ânes • traditionnel qu'il évoque en intro­ duction - , le poè te consacre à chaq u e œuv re une notice , en regroupant tableaux et statues à l ' intérieu r de chapitres consacrés aux différents genres : peinture d'histoire , portraits, pay­ sages ...

Il renonce ra par la suite à cette organi­ satio n pratique, privilégia nt le débat d 'i d ées Oa n otion de modernit é en 1846, le pou vo ir de l'imaginatio n en 1 859) et faisan t de son juge­ ment une œ u vre litté raire à p art entière.

L'apologie de la «naïveté» Dès 1845 , toutefo is , se lit la qualité du critique : familier dep uis s o n jeune âge de l'atelier de p lu­ sieu rs artis tes, do ué l u i-même d'un tale n t dont attes te nt ses n o m br eux dessi ns, Ba udelair e impose son «œil» et son goût du risque.

Certa ins en font sévè rement les frais : ains i H orace Verne t , dont l'ambit ie u se Prise d e la smalah d 'Abd el-Kader n 'est qu'un •vaste pano­ rama de cabaret • déroulé suivant une •méthode de feuilletonis te •.

D ' autres artistes , à l 'inve rse, éme rgent d e l ' ombre grâce au poète.

Baudelaire exal te a insi la Fontaine de jouvence , due à un peintre inconnu , William H au sso ulier, tr ès influ encé par I n gr es.

L' œ uv re , de coloris criards ( •voyan t(s)•, écr it Baudelaire ), appa r­ tient au style • troubadour • -, elle évoque avec une fantaisie pleine de nostalgie le mon de médiéva l.

Baudelaire y goûte une •naïveté • dont il fera l'apo logie dans d'autres critiques et qu'il caractérise comme une faculté d 'inve ntion o rigina le, une spo ntanéi té qui rom pt avec la vir­ tuos ité stérile d e !'aca démisme , pro ducte u r de •m orceaux luisa nts, prop res et indus trieuse­ ment astiqués •.

La même •naïveté • , une • p r é­ tendue gaucherie • q ue dénoncent à tort des •demi-savants • lui font aimer le paysage histo­ rique de Corot, Homère et les bergers : •A la tête de l'école moderne du paysage, se trouve M .

Coro t• , écrit Baudelai re.

Enfin , Chassériau le séd u it avec le Calife de Con stan tine su ivi de son escorte, u n m onum ental portrait o rienta liste qui •rappe lle l'audace naïve des grands maîtres •.

Delacroix plutôt qu'lngres Mais, si Chassériau s'attire la faveur du critique, c 'est surtout parce qu'il se situe dans la lignée d e Delacroix.

Il •cherch ( e) à détrous­ ser Del acroix •, écrit B a ude laire avec drôle rie.

Or, dès les prem ières lig n es de son Salon , le poè t e exp rime son admiration passionnée pour l'auteur de la M o rt de Sardanapal e : •M.

Delacroix est décidémen t le peintre le plus original des temps anciens et des temps modernes. • Il est l' a r tiste •aimé des poètes •, promoteur d 'une manière de peindre nouve lle, le rom anti sme, c'est-à- dir e • l' expression la plus réce nte, la plus actue lle du bea u ».

Il sait suggé re r le «d r ame • par l e mouveme nt et la couleur , ains i que la •rêverie • par la mé lancolie et l'aspiration vers l'infini.

L'exaltation de Delacroix a pour contrepartie une ext rême sévérité à l ' égard d'Ingre s, à qui Baude laire reconnaît pour seul mérite d'avo ir respecté l'idéa l an ti que, «auque l il a ajouté les curiosités et les minuties de l'art mo d erne•.

Dix ans plus tard , à l' occasion de !'Expos ition universelle de 1855 , Baudelaire consacrera à Ingres un texte très dur , confessant q ue la pein­ ture de cet artiste ne produit sur lui d'autre impression que •du malaise, de l'ennui et de la peur •, reprochant à son auteur «une lacune, une privation, un am oindrissemen t d an s le jeu des facultés spirit uelles •, fustigeant le caractère systématique de son dessin et sa préoccupation •pre sque maladive • du style ...

Intrépide , passionné , le jugement de Baude laire est ainsi toujours partial.

Il se veut non l'historien de son siècle , mais son guide inspi r é - choix qui fait du poè te le précu r ­ seu r d' un a utr e grand écrivain vis ionna ire de l'art, a u XX' siècle: An d ré Malra ux.

• Voir aussi : p.

230-231 (La Mort de S ardanapale ).

Ho m ère et le s bergers, G us tav e Coro t (mu sée d e S aim -L ô).

La critique d' art à l'époque romantique Év éneme nt art is tique , le Sal on a favo­ risé au ssi la nai ssanc e d'un ge nre litt é­ rair e, la critique d'art , que Diderot a co ntribu é à impo ser au xv111• s ièc le.

La publ ication par la rev ue /'Art is te d e s on Sal on de 17 59 , au mom ent où s'o uvr e c elui de 1845 , a s an s do ute i nc ité B audelaire à s'eng ager dans la mêm e voie.

Ma is , s i l'œ il et la plum e de B audelair e res te n t aujourd 'hui encore s ouverains , d 'a utre s que l ui ont contr ibu é à fa ire s'épanouir la critique d'art dan s la pr em ière mo i tié du XIX° sièc le.

Classiques contre rom a nt iqu es.

Étienne -Jean Del écluze, surn omm é à ca use de sa long évité ..

Je Nes to r a rti s­ tiqu e", f a it ain si autorit é.

N é e n 1781, anci en élève de David , il dé fe nd jusqu 'à sa mort (1863 ), par plu s de mill e art ic le s, le s vale urs esth é tiqu es du classic is me c on t r e le s éla n s du rom anti sme .

Th é oph ile Thor é, dit W i lliam Bürg er (180 7- 1869 ), comba t, lu i, dan s le c amp oppo sé : d' abord jo urn alis te pol itiqu e, pro che des id éaux socia lis tes, il est l e défen seur incond itionne l de Delac roix et s outi ent son ami Théodor e Rou ssea u.

Th éophile Gautier .

Delé c lu ze et Bürg er so nt des spéc ialistes, des prote s· s io nn els de la critique d'art .

Mai s, aux cô tés de Baud elaire , plu sieur s éc rivain s ou poè tes, à l'in star de Mu sse t ou de S te ndh al, s' ess a ie nt au ssi à la crit ique d 'a rt .

L a pa rticipati on la plu s re marqu ab le re ste to utefoi s celle de Théoph il e Gaut ier ( 1 8 11-1872), qui ass ure la rubrique art is­ t iqu e de la P resse e ntr e 183 6 et 1853 e t publie a ill e urs de nombr eux c ompte s rendu s.

L'œ il a igui sé par un e formation d e "ra pin • ., l'es pri t ou vert au x aud aces , il s 'e nthou siasme dans de s a ppr éciation s c o lor ée s.

G ra nd voy ageur , il acc ord e un e a tte nt ion pa rticulière aux orient ali s tes qui partag ent avec lui l'étran ge no sta lgi e qu 'il bapt ise «la m aladi e du bleu ...

L 'apog ée de la fin d!cl.

siè cle.

Ce tte c ritiqu e se nsib le et l ittéraire annonce la flo ra is on de la seconde m~i tié du siècl e où les frères Goncourt , Émil e Zola et, p ar la su ite , la génér a tio n s ymboli ste ( A lbe rt Aurier , Charles Mor ice, le poète É mil e Ve rhaeren ) se trouv e nt plein e­ ment associés aux reno uvellem ent s de l 'ex press io n art is tiqu e.. »

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