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Le portrait en tant que mise en scène du pouvoir politique

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                                       LE PORTRAIT EN TANT QUE MISE EN SCÈNE                                                        DU POUVOIR POLITIQUE   Quel est le point commun entre François Hollande, Napoléon 1er, Henri IV, Bokassa ou encore Vladimir Poutine ? Tous ces hommes ont un portrait officiel. Pourquoi officiel ? Parce qu’il est destiné à un usage public : l’image représentée est choisie par le souverain ou le chef d’Etat, et créée par l’artiste, afin de le rendre présent et de le donner à voir à la population. Quel est le point commun entre les portraits de François Hollande, Napoléon 1er, Henri IV, Bokassa et Poutine ? D’une façon où d’une autre, tous mettent en scène le pouvoir politique du sujet, c’est-à-dire qu’ils donnent à voir et à interpréter la nature de ce pouvoir, à travers un ensemble de détails visuels, tels que la pose, le regard, le fond, la lumière, les couleurs, les vêtements, ou encore les éventuels objets qui composent le portrait. C’est-à-dire que le portrait représenterait non seulement la figure qui détient le pouvoir, mais aussi la façon dont il s’incarne chez celui qui le détient, et donc le pouvoir lui-même. Or, la mise en scène est d’abord un terme emprunté au théâtre. Elle correspond à l’organisation matérielle de la représentation théâtrale, qui passe par le choix des décors, des mouvements, des costumes, ou encore le jeu des acteurs. Elle est donc d’abord destinée à un espace animé et sonore, en opposition à l’espace figé et muet du portrait. En s’inscrivant dans la tradition du portrait, la mise en scène est donc plus exigeante, et doit être d’autant plus réussie pour fonctionner. D’autre part, le portrait politique est avant tout l’œuvre de l’artiste, et non directement celle du pouvoir, ce qui perturbe l’image que veut donner l’homme politique de lui-même. Un portrait politique peut-il alors échouer à mettre en scène le pouvoir, ou, au contraire, le tourner en dérision à vouloir trop le représenter ? En outre, existe-t-il un portrait politique qui ne se chargerait pas de cette artificialisation du pouvoir ? Ainsi, un portrait politique se doit-il toujours de mettre en scène le pouvoir ? Si oui, le portrait politique est-il plus du côté du pouvoir ou de celui de l’Art ? Tout d’abord, nous verrons par quels artifices, ou par quels moyens, cette mise en scène peut être possible dans un espace immobile et avant tout représentatif. Puis, nous tâcherons de justifier cette mise en scène, en nous interrogeant sur sa fonction, sa légitimité et sur son éventuelle nécessité. Enfin, nous tenterons d’analyser la nature des relations entre l’artiste et le pouvoir, afin de définir la part de liberté concédée à l’artiste, et surtout sa place dans la mise en scène du pouvoir.                 Tout portrait suppose une certaine forme de narration. Cela signifie que tout portrait donne à voir un homme ou une femme, dans sa singularité, en le contextualisant  grâce au décor, aux vêtements, aux attributs, ou encore à l’expression du regard. À travers tel choix pictural, le peintre propose une certaine de grille de lecture de son portrait, de façon à donner du sens à la représentation. Par exemple, Jean-Auguste-Dominique Ingres représente les mains de Louis-François Bertin l’Aîné, directeur du « Journal des Débats «, de façon anormalement grandes et épaisses. Ses doigts, mis en valeur par le contraste entre leur couleur beige et le noir de son vêtement, sont ouverts sur ses genoux, et exercent une pression, comme si l’imposant personnage allait se dresser sur ses jambes. Cette représentation de la force de Monsieur Bertin dans ses deux mains fait évidemment signe vers son pouvoir d’influence personnelle au sein du journal, ainsi que la force de pression qu’exerce la presse sous l’Empire de Napoléon 1er, auquel elle s’oppose. Mais cette force du détail n’est rien comparée à la puissance significatrice de la composition d’un portrait. En effet, en organisant l’espace de sa représentation, le peintre met déjà en scène le pouvoir qu’il représente. Le Portrait de François 1er par Jean et François Clouet illustre parfaitement cette idée. Le souverain est représenté de face, le visage à peine détourné, de sorte qu’il occupe toute la largeur du tableau, donnant ainsi une impression de frontalité très imposante. La magnificence de son costume gris pâle aux amples manches gigots contribue à faire dépasser son buste, excessivement large, hors du cadre du tableau à droite comme à gauche. Les frères Clouet révèlent par cette mise en scène la grandeur et l’étendue de sa puissance, qui ne saurait se rétrécir afin de se limiter au format du portrait. De même, le portrait de Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud, participe de ce même procédé signifiant. En effet, le monarque ...

« Ainsi, un portrait politique se doit-il toujours de mettre en scène le pouvoir ? Si oui, le portrait politique est-il plus du côté du pouvoir ou de celui de l'Art ? Tout d'abord, nous verrons par quels artifices, ou par quels moyens, cette mise en scène peut être possible dans un espace immobile et avant tout représentatif. Puis, nous tâcherons de justifier cette mise en scène, en nous interrogeant sur sa fonction, sa légitimité et sur son éventuelle nécessité. Enfin, nous tenterons d'analyser la nature des relations entre l'artiste et le pouvoir, afin de définir la part de liberté concédée à l'artiste, et surtout sa place dans la mise en scène du pouvoir.                 Tout portrait suppose une certaine forme de narration. Cela signifie que tout portrait donne à voir un homme ou une femme, dans sa singularité, en le contextualisant  grâce au décor, aux vêtements, aux attributs, ou encore à l'expression du regard. À travers tel choix pictural, le peintre propose une certaine de grille de lecture de son portrait, de façon à donner du sens à la représentation. Par exemple, Jean-Auguste-Dominique Ingres représente les mains de Louis-François Bertin l'Aîné, directeur du « Journal des Débats », de façon anormalement grandes et épaisses. Ses doigts, mis en valeur par le contraste entre leur couleur beige et le noir de son vêtement, sont ouverts sur ses genoux, et exercent une pression, comme si l'imposant personnage allait se dresser sur ses jambes. Cette représentation de la force de Monsieur Bertin dans ses deux mains fait évidemment signe vers son pouvoir d'influence personnelle au sein du journal, ainsi que la force de pression qu'exerce la presse sous l'Empire de Napoléon 1er, auquel elle s'oppose. Mais cette force du détail n'est rien comparée à la puissance significatrice de la composition d'un portrait. En effet, en organisant l'espace de sa représentation, le peintre met déjà en scène le pouvoir qu'il représente. Le Portrait de François 1er par Jean et François Clouet illustre parfaitement cette idée. Le souverain est représenté de face, le visage à peine détourné, de sorte qu'il occupe toute la largeur du tableau, donnant ainsi une impression de frontalité très imposante. La magnificence de son costume gris pâle aux amples manches gigots contribue à faire dépasser son buste, excessivement large, hors du cadre du tableau à droite comme à gauche. Les frères Clouet révèlent par cette »

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