Devoir de Philosophie

Proposition d’explication pour Nouvelles Continuations des Amours , Sonnet 20 de Ronsard

Publié le 17/11/2025

Extrait du document

« Proposition d’explication pour Nouvelles Continuations des Amours , Sonnet 20 de Ronsard Introduction Depuis l’Antiquité, le topos de la souffrance amoureuse, trouvant une confidente dans une nature personnifiée, arpente les voies batailleuses de la poésie.

Pierre de Ronsard, chef de file de la Pléiade, s’inscrit dans cette tradition qui, de Virgile à Horace, ancre le lyrisme dans la nature, en faisant d’elle une alliée et une complice des tourments humains.

En avril 1555, Ronsard s’éprend d’une modeste paysanne de Bourgueil, « fleur angevine de quinze ans » : Marie Dupin.

Abandonnant l’altière Cassandre et les subtilités pétrarquistes, il lui dédie des poèmes simples et clairs, composés de sonnets et de chansons en langue familière.

Ronsard a véritablement aimé Marie ; il jalousait ses rivaux et souffrit de se voir préférer le gentilhomme qu’elle épousa.

Il lui a consacré toute la Nouvelle Continuation des Amours.

Le sonnet que nous étudions aujourd’hui appartient à cette veine de poésie amoureuse, où le lyrisme s’entrelace avec l’expression sincère d’un amour blessé. LECTURE Dans ce sonnet entièrement composé en alexandrins classiques (vers de 12 syllabes avec une césure marquant l’hémistiche après la sixième syllabe) et dans la lignée de la poésie de Marot, Ronsard, « accablé » par une douleur amoureuse, se réfugie dans la nature pour fuir la société et exprimer son mal-être.

Cette souffrance se traduit par une transformation intérieure, incarnée dans la figure d’altérité qu’il devient : « un monstre sauvage ».

Il s’agira de comprendre comment, en s’appuyant sur la nature et sur un lyrisme profondément personnel, Ronsard exprime à la fois son aliénation intérieure et sa métamorphose sous l’effet de la souffrance amoureuse.

Pour cela, nous analyserons dans un premier temps le rejet de la société et l’aspiration à la solitude (v.

1 à 4).

Dans un deuxième temps, nous explorerons la complicité et l’empathie de la nature face à ses tourments (v.

5 à 8).

Enfin, nous montrerons comment cette douleur amoureuse, omniprésente et envahissante conduit à une transformation ultime du poète en une figure d’altérité (v.

9 à 14). I. Le rejet de la société et l’aspiration à la solitude (Premier quatrain) Dès le commencement de ce sonnet, le rejet catégorique de la civilisation frappe le lecteur. Ce rejet se manifeste par l’opposition entre « les villes et les bourgs » d’une part, et « les bois » ou encore « les sauvages lieux » d’autre part.

L’adjectif « odieux » traduit une aversion profonde, renforcée par l’hyperbole « que je meurs », qui exprime une souffrance quasi mortifère face au monde urbain.

Cette rupture entre le monde civilisé et la nature est amplifiée par le chiasme implicite « rien ne m’est plaisant que les sauvages lieux », où l’absence de plaisir dans la société contraste avec le réconfort trouvé dans l’isolement.

Le rythme des vers, marqué par des pauses à la césure et en fin de vers, ralentit la lecture et reflète la contemplation mélancolique du poète.

Les rimes croisées et riches structurent le quatrain, tandis que l’allitération en s (« sont », « seulet », « sauvage ») crée une atmosphère sifflante, évoquant à la fois le calme enveloppant de la nature et le tourment intérieur du poète.

Les termes « seulet » et « pensifs » soulignent son repli introspectif, où l’usage constant de la première personne (« je », « me ») installe un lyrisme personnel et poignant.

La régularité de la prosodie, en décalage avec l’intensité des émotions, accentue la gravité du mal-être du poète.

La syntaxe, simple et claire, est marquée par des structures répétitives qui traduisent l’obsession du poète 1 pour son isolement.

Par exemple, les phrases affirmatives comme « rien ne m’est plaisant » ou les constructions marquant un état absolu et définitif traduisent une pensée figée par la douleur.

Ce choix syntaxique renforce la tonalité mélancolique du texte et souligne la gravité du rejet exprimé.

Le moi souffrant du poète déteint sur ce qui l’entoure et – « les sauvages lieux » deviennent son prolongement.

Mais en même temps, le diminutif « tracette » surprend par sa présence.

L’expression « Que je meurs si je vois quelque tracette humaine » frôle l’hyperbole dramatique, presque comme un caprice poétique.

Derrière cette façade de douleur et de rejet de la civilisation, Ronsard laisse entrevoir presque une certaine légèreté.

Par ailleurs, malgré sa solitude et sa douleur, le poète semble capable d’éprouver un apaisement dans cette retraite au cœur des bois.

Les lieux « sauvages », primitifs et hors du temps humain, deviennent un refuge pour s’abandonner à son mal-être.

Pourtant, dans un état de souffrance aussi extrême que celui qu’il veut démontrer, on pourrait s’attendre à ce que l’affliction ne permette pas un tel réconfort. II.

Une nature complice et empathique (deuxième quatrain) La structure syntaxique du deuxième quatrain repose sur des négations parallèles (« ni roc, ni ruisseau, ni fontaine »), créant une liste d’éléments que la souffrance atteint, ce qui renforce l’idée d’une douleur omniprésente.

Les éléments naturels – « roc », « ruisseau », « fontaine », « arbre » – sont ici personnifiés et deviennent des témoins sensibles de la souffrance du poète.

Cette douleur, rendue universelle par l’anaphore « ni », atteint même des éléments réputés insensibles.

La gradation de la nature nous fait passer de l’infiniment solide et silencieux à l’infiniment liquide et expressif : le roc reste muet, tandis que le ruisseau et la fontaine, eux, produisent un bruit continu.

Cela pourrait symboliser, dans une lecture plus profonde, un premier pas de l'amoureux vers la résignation ou l'extériorisation de sa souffrance.

L’oxymore « arbre tant soit sourd, qui ne sache ma peine » suggère une communion émotionnelle entre l’homme et la nature, où même les éléments inertes comprennent la peine du poète. Les allitérations en « s » (« ces », « sangliers », « endurci », « sourd », « sache », « ruisseau », « soit ») et en « r » imitent les bruits de la forêt, ajoutant.... »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles