l’universalisme républicain français permet-il un traitement indifférencié des citoyens possédant une identité socialement et historiquement différenciée ou produit-il leur invisibilisation ?
Publié le 17/02/2026
Extrait du document
«
Le 21 juillet 2025, Michel Brousson, usager de X, anciennement Twitter, publie une photo
d’une place sur laquelle a lieu un rassemblement musulman.
Au dessus, il commente:
« L’espace public n’a pas à se transformer en un lieu de culte religieux, communautaire,
identitaire, prosélyte! Initiative séparatiste totalement contraire à l’universalisme
républicain! ».
L’utilisation de ces deux derniers mots (« universalisme républicain ») peut
sembler étonnant dans ce contexte.
En effet, dans le domaine politique et philosophique français, l’universalisme républicain
désigne une conception de la citoyenneté et de l’organisation politique dans laquelle tous les
citoyens sont égaux devant la loi, quelle que soit leur origine, leur culture, leur nation ou leur
appartenance communautaire.
Cela signifie que l’État se montre neutre vis-à-vis de ces
dernières et qu’il ne doit ni discriminer, ni privilégier un citoyen en raison de ces
caractéristiques personnelles: il assure les mêmes droits à tous.
Dans ce cas, il ne devrait pas
être hostile à la pratique de certaines religions ou certaines partie de l’identité, c’est à dire à
certaines parties de l’ensemble de données de fait et de droit qui permettent d’individualiser
quelqu’un (date et lieux de naissance, nom, prénom, filiation, etc.), d’un citoyen.
Or, ici, M.
Brousson fait exactement l’inverse: il utilise le concept d’universalisme politique pour
diaboliser une communauté, la rejetant de la sphère publique française et lui enlevant donc sa
légitimité à faire partie de la République.
Il semble donc que ce concept ne soit pas
systématiquement en faveur de la diversité, en d’autres termes de la variété et de
l’hétérogénéité des identités présentes en France.
Cela nous pousse donc à nous questionner
sur les limites du concept d’universalisme politique.
Ce sujet présente tout d’abord des enjeux historiques.
En effet, l’universalisme républicain
trouve ses fondements idéologiques durant les Lumières et se concrétise avec la proclamation
de la Déclaration des Hommes et des Citoyens en 1789 qui déclare la République « une et
indivisible » et les citoyens sont égaux.
Cela sera par la suite renforcé par la mise en place du
Code Civil par Napoléon Ier, qui va remplacer les lois de chaque région par un droit
commun, ce qui a pour conséquence d'effacer les privilèges de l’Ancien Régime.
Après cela,
cet idéal universaliste va être mobilisé par la IIIe République à travers différentes lois afin de
créer cohésion nationale et d’instaurer la laïcité comme principe républicain.
De plus, ce sujet propose aussi des enjeux d'actualité politique: on remarque notamment que
l’universalisme républicain est un concept de plus en plus contesté de nos jours, causant une
véritable crise de la légitimité du modèle universaliste.
Par exemple, en 2024, durant les
révoltes contre la vie chère en Martinique, beaucoup ont critiqué cet idéal en le décrivant
comme à « géométrie variable ».
D’après eux, il n’est appliqué et applicable qu'au sein
l’hexagone.
L’universalisme n’existe pas pour les populations d’Outre Mer qui sont traitées
comme des citoyens de seconde zone, et dont l’importance politique est moins centrale que
celle des habitants de la métropole, car la France ne leur autorise pas les mêmes opportunités
et les mêmes droits qu’eux.
À ce sujet, le scandale sanitaire du chlordécone est souvent
revenu dans les prises de parole des manifestants pour montrer les différences de traitement
entre l’hexagone et les territoires ultramarins en termes de santé.
Il est aussi à noter que l’utilisation contemporaine d’universalisme politique est mobilisée par
des personnes excluant certaines parties de la population, comme nous l’avons vu plus haut.
Enfin, l’idée d’universalisme politique se manifeste dans la sphère des sciences sociales et
scientifiques.
De fait, en France, afin de suivre une logique universaliste, il est interdit de
faire des statistiques ethniques de la population (sauf cas très précis), ce qui peut causer des
problèmes lors de recherches ou d'enquêtes.
Cela limite ainsi la possibilité de mesurer les
discriminations, et donc les dynamiques profondes sur lesquelles reposent nos sociétés.
On observe ainsi que le concept d’universalisme politique et de sa place dans la société
française contient bien plus de tensions, de limites et d’interrogations, semblant avoir du mal
à s’adapter à la diversité de la société française.
Ainsi, on est en capacité de se demander:
l’universalisme républicain français permet-il un traitement indifférencié des citoyens
possédant une identité socialement et historiquement différenciée ou produit-il leur
invisibilisation ?
En théorie, l’universalisme républicain est un idéal juridique, politique et philosophique
prétendant accueillir toutes les identités présentes en France (I), alors qu’en pratique, il mène
à l’invisibilisation des identités produisant des violences sociales (II).
I.
Universalisme républicain: un idéal juridique, politique, philosophique censé
accueillir toutes les identités présentes en France
L’intégration des identités au sein de la République est permise grâce aux fondements
juridiques de l’universalisme républicain (A) et au projet politique d’unité nationale
pacificateur (B) qui le constitue.
A.
Universalisme républicain: les fondements juridiques
Dans un premier temps, on peut affirmer que le droit français contient des éléments qui
permettent un traitement indifférencié des citoyens: la loi y est la même pour tous,
indépendamment des caractéristiques personnelles.
Par exemple, l’article 1 de la Constitution
de 1958 dispose que « elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction
d’origine, de race ou de religion ».
De la même manière, la Déclaration de la Déclaration des
droits de l’Homme et du citoyen appartenant au bloc de constitutionnalité énonce dans son
premier article que « les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ».
On
observe donc que l’égalité devant la loi des citoyens, élément caractéristique de
l’universalisme politique est garantie par la Constitution française, soit la loi suprême du
pays.
Ensuite, la neutralité de l’État français se manifeste particulièrement à travers le concept de
laïcité.
En effet, il s’agit d’un principe cardinal, présent dans plusieurs textes juridiques (loi
de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’État, art 9-1 de la Convention européenne des
droits de l’Homme…).
Le but ici est de protéger la liberté de conscience et de culte en
mettant les pratiques religieuses au même niveau (aucune n’est favorisée du fait que l’État ne
prenne pas part à la religion).
En droit, chaque personne est donc traitée indifféremment de sa
confession religieuse en France.
Ainsi, ces articles et textes de lois s’opposent directement à un système de privilèges et de
discriminations.
En théorie, grâce à eux, aucun groupe ne peut être rabaissé ou mis en avant
pour ces particularités: elles disposent toutes des mêmes libertés, droits et devoirs en droit et
peuvent ainsi évoluer en société sans se soucier de potentielles stigmatisations.
B.
L’Universalisme politique: projet politique d’unité nationale pacificateur
De plus, nous pouvons ajouter que l’universalisme politique permet bien d’accueillir la
diversité des identités car sa mise en place permet d’établir une unité nationale.
De cette unité
nationale découle un sentiment d’appartenir à une même communauté, la République, qui
transcende les particularités individuelles et collectives.
C’est notamment ce qu’affirme le
philosophe Jean Jacques Rousseau lorsqu’il parle du Contrat Social.
Il explique que l’intérêt
général d’une société va dépasser les intérêts particuliers.
L’unité crée ainsi la paix civile,
fondamentale au contrat social.
L’universalisme républicain, présent dans le contrat social
français, peut ainsi englober l’hétérogénéité de la population française.
Et....
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