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Explication de texte

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Sigmund Freud, est psychiatre autrichien du début du XX° siècle, il fut l'inventeur de la psychanalyse, une pratique thérapeutique visant à soigner les névroses, qu'elle interprète comme le résultat d'un refoulement de pulsions au sein du psychisme. Dans son oeuvre intitulée Métapsychologie, il cherche à poser les fondements théoriques de la psychanalyse, à en expliquer et articuler les concepts clé. Dans cette extrait issus de son oeuvre Métapsychologie, différents registres y gravitent: le registre ontologique et psychologique. Freud , aborde le thème de l'inconscient psychique. Ce dernier n'est pas le premier à évoquer l'existence dune forme d'inconscient ; des philosophes avant lui en avaient préfiguré l'idée. Mais il est le premier à en proposer un traitement scientifique comme le précise d'ailleurs la thèse de l'extrait : «On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l'existence et de l'inconscient». Ainsi, le but de Freud n'est pas ici de nous expliquer ce qu'est l'inconscient, mais de soutenir la thèse selon laquelle l'hypothèse de l'existence de l'inconscient est une hypothèse scientifiquement valide. Le texte s'articule en trois parties principales : dans la première partie, Freud rappelle que cette validité scientifique est largement contestée, ce à quoi il oppose sa thèse selon laquelle cette hypothèse est à la fois scientifiquement, nécessaire et légitime. Dans la seconde partie, il explique ce qui justifie, selon lui, la validité théorique de son hypothèse : seule l'hypothèse de l'inconscient permet de comprendre et d'expliquer des phénomènes qui, sans elle, restent inexplicables. Dans la troisième partie, Freud expose ce qui, selon lui, prouverait la validité pratique de son hypothèse : si la psychanalyse, qui repose sur cette hypothèse, est efficace c'est à dire si elle permet d'agir sur les phénomènes psychiques pour guérir les névroses, alors cela constitue une raison scientifiquement valable d'admettre la validité de cette hypothèse. Mais l'inconscient est-il une simple hypothèse scientifique ?Le texte s'ouvre sur un rappel du caractère polémique de l'hypothèse de l'existence de l'inconscient, où elle est contestée « de tous côtés ». Le premier de ces « côtés », qui n'intervient pas dans ce texte, est le côté philosophique : nombreux sont les penseurs comme Jean Paul Sartre, qui contesteront l'hypothèse de Freud au nom de la « déresponsabilisation » du sujet à laquelle elle mène. Dans ce texte, le « côté » dont il s'agit, c'est le côté scientifique. Ce à quoi Freud cherche à répondre dans ce texte, c'est à la critique selon laquelle il n'aurait pas le droit de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Qu'est-ce qui, dans la notion « d'inconscient », semble justifier cette objection ? Il semble évident qu'il ne peut y avoir de science que dans ce qui est observable : comment travailler scientifiquement avec un objet que personne n'a jamais perçu directement et que, par définition, personne ne percevra jamais ? La recherche scientifique porte sur des phénomènes, c'est-à-dire sur des faits susceptibles de faire l'objet d'expériences, notamment en laboratoire. Or il est évident que l'on n'isolera jamais l'inconscient par précipitation dans un tube à essai : l'inconscient est "inobservable", du moins de façon directe. Admettre l'hypothèse de l'inconscient comme une hypothèse scientifique, c'est donc admettre que la science peut accepter d'aller au-delà de « l'expérience immédiate » c'est à dire de l'observation directe. Or, pour Freud tel est bien le cas, en effet même si l'inconscient est à jamais inobservable directement, son hypothèse reste scientifiquement «nécessaire et légitime"». Qu'est ce que cela signifie ? La science a deux fonctions essentielles : la première consiste à expliquer et comprendre rationnellement les phénomènes et la seconde consiste à les prévoir, ce qui permet d'agir sur eux de façon efficace. Or, tel est précisément ce qu'affirme Freud : l'hypothèse de l'inconscient est scientifiquement nécessaire, parce qu'on en a besoin pour expliquer des phénomènes qui, sans cette hypothèse, demeurent inexplicables. Pourquoi ? C'est ce qu'explique la deuxième partie du texte. Le premier constat de Freud est qu'il y a des phénomènes psychiques inexpliqués. En effet, les « données de la conscience », c'est-à-dire les contenus psychiques dont nous avons conscience, sont « lacunaires », c'est-à-dire qu'ils sont incomplets. Qu'est-ce qui permet de l'affirmer ? L'explication donnée par Freud est simple : ils sont lacunaires parce que nous sommes souvent incapables de passer d'une idée consciente à une autre, nous sommes incapables de retrouver l'origine, la cause de nos idées conscientes. Il y a des « trous », « des actes manqués » dans les données de la conscience, puisque l'on ne parvient pas toujours à trouver l'idée dont provient l'une de nos idées conscientes. A ce moment là, il n'y a que deux solutions : soit on abandonne totalement le projet d'une étude scientifique du psychisme, permettant une compréhension rationnelle des phénomènes psychiques articulant des causes et des effets, soit il faut admettre que ces causes échappent à la conscience. Pour Freud ces actes psychiques qui, « pour être expliqués », exigent d'admettre des idées inconscientes, n'ont rien d'actes étranges, rares, pathologiques. Bien au contraire, c'est l'expérience quotidienne de chacun qui les fait apparaître : ces actes psychiques dont l'apparition reste inexplicable se retrouvent aussi bien « chez l'homme sain que chez le malade ». Quel est le sens de cette précision ? Dans l'optique de Freud, elle est capitale, car si, comme le veut Aristote, « il ne peut y avoir de science que du général », , alors il faut admettre que, si l'hypothèse de l'inconscient est scientifiquement valide, elle doit être valable en général, chez tous les êtres humains. En d'autres termes, Freud refuse ici l'idée selon laquelle l'existence d'un inconscient influençant la conscience serait valable. Freud s'oppose donc ici à Alain, philosophe du XX ième siècle, selon lequel l'inconscient était un « terme technique pour désigner un genre de folie ». Si les processus inconscients peuvent permettre de comprendre des phénomènes pathologiques comme les névroses , ils ne sont pas en eux-mêmes une pathologie. Ce qui distingue le « malade » de l'homme « sain », ce n'est pas le fait « d'avoir » un inconscient, mais ce qu'il se passe dans l'inconscient. Quels sont donc ces actes psychiques que chacun rencontre et qui, pour Freud, sont inexplicables si l'on s'en tient au domaine conscient ? Ce sont, par exemple, les mots et les idées qui nous reviennent soudainement alors qu'on les avait cherché quelque temps auparavant : comment expliquer cette brusque réminiscence c'est à dire ce retour à la conscience claire de souvenirs non accompagnés de reconnaissance sans admettre une « élaboration cachée », c'est à dire une recherche qui s'est poursuivie sans que nous en ayons conscience ? Si l'on persiste à vouloir admettre que toutes nos pensées sont conscientes, alors il faut admettre que cette « re-découverte » ne provient « de nulle part », qu'elle surgit alors qu'on ne la cherchait plus du tout, qu'elle n'est pas le résultat logique d'une suite d'idées : elle est incohérente c'est à dire il est impossible de l'intégrer dans un enchaînement logique d'idées et incompréhensible ,on ne sait pas pourquoi elle a lieu. Au contraire, que se passe-t-il si l'on admet l'hypothèse freudienne de processus psychiques inconscients ? Alors tout s'éclaire : si l'idée resurgit, c'est qu'on a continué de la chercher, mais de manière inconsciente. Et si on la trouve alors qu'on ne la trouvait pas, c'est que dans notre esprit elle a été rappelée par association avec une autre idée, un autre mot que l'on a entendu, sans que l'on sache nécessairement de façon consciente ce qu'a été cette association. Mais Freud va plus loin : car l'inconscient qu'il suppose n'est pas un « tas » de processus et d'idées dont nous n'avons pas conscience, c'est un ensemble structuré dont les mécanismes sont régis par des lois. En particulier, ce qui est inconscient, pour Freud, c'est d'abord ce qui a été refoulé avant l'accès à la conscience, par un mécanisme de « censure » lui-même inconscient, et ce refoulement lui-même obéit à des règles ; de même, les pulsions refoulées tendent à se manifester, à se réaliser tout de même, en prenant une forme déguisée : lapsus, rêves, phobies, angoisse...Tels sont les fondements de « l'inconscient » au sens que lui donne Freud. Or que se passe-t-il si l'on admet l'hypothèse de cet inconscient ? Le fait d'admettre l'hypothèse de l'inconscient au sens de Freud permet un « gain de sens » et de cohérence. Or c'est exactement ce que l'on demande à une hypothèse scientifique. Conformément à ce que nous avions dit au départ, une hypothèse scientifiquement valable est une hypothèse qui permet de comprendre et d'expliquer de façon rationnelle ce qui était inexplicable et incompréhensible. Tel est bien le cas de l'hypothèse freudienne de l'inconscient. On peut donc admettre qu'il s'agit d'une hypothèse scientifique,avec laquelle on peut « travailler scientifiquement » et ce, même si son principal « objet » restera à jamais inaccessible à l'observation directe, à « l'expérience immédiate ». On a le droit, pour Freud, de passer outre cette impossibilité puisque son hypothèse satisfait néanmoins les buts essentiels de la science : elle fait ce que l'on demande à une hypothèse scientifique. Mais ce n'est pas tout, car une hypothèse scientifique ne sert pas seulement à expliquer et à comprendre : elle doit aussi permettre de prévoir et donc d'agir sur les phénomènes conformément à un but déterminé. C'est très exactement ce que dit Freud à la fin du texte : si l'on parvient à fonder sur l'hypothèse de l'inconscient une pratique efficace, qui permette d'agir sur les phénomènes psychiques conformément à un but prédéterminé, alors cette hypothèse satisfera la seconde exigence scientifique. Cette pratique est évidemment la psychanalyse: la psychanalyse est une pratique fondée sur l'hypothèse de l'inconscient, puisqu'elle vise à «lever le refoulement» responsable des symptômes névrotiques, elle cherche à agir sur les phénomènes psychiques conscients conformément à un but donné, puisqu'elle cherche à faire disparaître les symptômes comme une phobie, une angoisse dans un but thérapeutique. En d'autres termes, si la psychanalyse est efficace, si elle est « couronnée de succès », alors on pourra admettre que l'hypothèse de l'existence de l'inconscient, au sens de Freud, permet d'agir sur les phénomènes conformément à un but donné : elle satisfera donc la seconde exigence permettant de la considérer comme une hypothèse scientifique. Ainsi, ans ce texte, Freud répond aux critiques cherchant à disqualifier l'hypothèse de l'inconscient en tant qu'hypothèse scientifique, au nom du caractère à jamais inobservable, par une expérience « directe » de l'inconscient. Pour Freud, ce qui caractérise une hypothèse scientifique, c'est d'abord qu'elle permet de donner une explication rationnelle à des phénomènes qui restent inexpliqués. Or Freud montre que l'on a besoin de l'hypothèse de l'inconscient pour rendre compréhensibles des phénomènes que tout individu rencontre dans sa vie quotidienne, et qui demeurent inexplicables sans cette hypothèse : elle est donc scientifiquement nécessaire. Par ailleurs, une hypothèse peut être considérée comme pleinement légitime d'un point de vue scientifique si elle permet d'élaborer des pratiques permettant d'agir efficacement sur les phénomènes. Par conséquent, si la psychanalyse est efficace, c'est-à-dire si elle permet de faire disparaître les symptômes névrotiques, dans la mesure où elle repose sur l'hypothèse de l'inconscient, on pourra admettre que cette hypothèse est scientifiquement légitime. Si cette dernière condition est satisfaite, on devra alors admettre que l'hypothèse de l'inconscient est scientifiquement valide, à la fois d'un point de vue théorique et d'un point de vue pratique. La psychanalyse est-elle efficace ? L'efficacité de la psychanalyse dans la thérapie des névroses est aujourd'hui largement reconnue par la communauté scientifique. En revanche, son statut exact en tant que « science » reste encore a discuté. De plus, il est intéressant de voir ce qui, dans ce texte, est réellement novateur : le fait d'admettre que le domaine de « la » science ne se résume pas aux sciences dites « dures » comme la physique, la chimie, la biologie, mais qu'il laisse un espace à une démarche scientifique portant sur des phénomènes humains ( psychologiques, sociologiques, anthropologiques) fondée avant tout sur l'interprétation des phénomènes. En d'autres termes, ce texte affirme la possibilité, l'existence et la validité en tant que "sciences" des sciences humaines.

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