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faut il aimer la verite

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FAUT-IL AIMER LA VERITE ?

 

Il peut sembler paradoxal de relier en philosophie l’amour à la vérité. En effet la vérité est ce qui est vrai comme une proposition ou un fait bien établi. De plus on peut distinguer deux sortes de vérités : les vérités éternelles ou de raison et les vérités formelles, consistant dans l’accord de la connaissance avec elle-même. Elle est de part en part un objet rationnel. Or, l’acte d’aimer est à l’opposé d’un acte de raison, aimer la vérité ne saurait donc être a priori, une attitude dictée par la philosophie. De plus le mots « aimer » est utilisé pour donner un sens extrêmes comme « aimer plus que tout »

Cependant, aimer la vérité ne peut-il pas s’entendre, d’un point de vue éthique, comme l’attachement du sujet à des valeurs d’honnêteté et à une conduite exemplaire ?

Nous verrons toutefois que l’attitude philosophique ne se concilie pas nécessairement avec un amour à tout prix pour la vérité.

Pour cela nous verrons dans une première partie si la vérité rend la vie meilleure, puis dans un second temps que la philosophie est plus portée sur la sagesse et non sur la vérité et enfin pour finir nous terminerons sur une troisième partie qui examinera si aimer la vérité est un moyen d’accéder a la vérité en soit même

 

I – Aimer la vérité, pour une vie meilleure

 

L’amour de la vérité, compris comme principe de conduite et d’action, nous garantirait peut-être une vie conforme aux normes éthique supérieures, c’est-à-dire une vie en accord avec les principes d’équités, de justice, d’honnêteté et d’humilité. Notre hypothèses est donc que le vrai, dans l’ordre social ce serait la figue du juste ; aimer la vérité dans la vie de tout les jours, permettrait donc de se conduire de manière la plus conforme possible au droit. Loin d’inscrire l’homme dans une attitude de passivité contemplative, l’amour de la vérité serait la maxime même de son action.

 

Dans son Système de politique positive, Comte prône la nécessité d’une vie transparente, une « vie au grand jour », menée dans la clarté la plus totale, à l’abris du secret et de la dissimulation. Selon lui, un tel modèle de conduite, qui implique que personne ne puisse rien cacher à autrui, devrait être le modèle de toute vie sociale. Cela empêcherait la formation des intrigues et des diverses tensions qui nourrissent l’animosité des hommes les uns envers les autres. Auguste Comte en vint de même jusqu’à tenir le métier d’acteur pour détestable, étant l’indice d’un privilège de la norme du faux sur celle du vrai.

 

On voit comment une telle utopie permet de souligner le danger inhérent à un amour inconditionnel pour la vérité. En effet, une transparence absolue des conduites, loin de nous mener à une espèce de concorde civile, équivaudrait bien plutôt à un appauvrissement des rapports humains. Le livre de Orwell, 1984, épingle ce qui serait la réalisation politique d’une telle utopie : une surveillance généralisée de chacun pour un supposé bien commun. Il n’y a plus de liberté humaine lorsqu’on annule le droit au secret ; le mystère d’autrui lui-même et donc tout son charme disparaîtrait. On peut dire que le désir d’une vie transparente est un désir de régression au monde animal, un refus de la complexité et des résistances inhérentes à la vie sociale réelle.

 

II – La philosophie est amour de la sagesse, non de la vérité

 

Comme l’indique la signification de son étymologie, la philosophie est amour de la sagesse ; or précisément, l’amour de la sagesse implique une capacité de distanciation, le refus de tout dogmatisme ou de tout aveuglement. Le sage est celui qui est celui qui est capable de renoncer, de gérer une frustration. Pour résumer, il est capable d’avouer que la vérité lui échappe et qu’il ne connaît pas la réponse. Aimer celle-ci à tout prix c’est sortir de la philosophie pour rejoindre le fanatisme, qu’il soit scientifique ou religieux ; le rapport philosophique à la vérité est un rapport réfléchi et non un rapport passionné.

 

Loin de devoir aimer la vérité au détriment des autres valeurs, et en particulier du faux, l’attitude philosophique invite a reconnaître la nécessité de ces autre valeur. L’art, la politique ou l’amour, composent avec du faux, avec de l’erreur, avec du mensonge, et c’est ce qui fait leur épaisseur. La politique ne gagne jamais à être menée par des idéalistes adorateur de quelque vérité; elle est bien plutôt un art du bricolage et de la composition, un art du consensus. De même on n’imagine pas une vie amoureuse saine qui valoriseraient à tout prix la vérité, au risque de s’appauvrir de tout mystère, et de transformer la confiance en contrat

 

Aimer la vérité serait donc une attitude naïve, propre à la ferveur de la foi religieuse ou encore à al soif de savoir comme le scientifique. Mais en aucun cas l’amour inconditionnel de la vérité ne saurait servir l’homme de sa vie, sentimentale, politique ou philosophique. L’amour, bien plutôt que de nous conduire à la vérité, nous le voile plus probablement ? LA vérité est une affaire de concept, de raison et de réflexion. Elle exige, pour être saisie, ue le débat qui la concerne soit dépassionné. Aussi, même la science dans sa soif de connaissance, prône une dé subjectivation de la recherche et une mise à l’écart de la passion

 

III – Aimer la vérité : un moyen d’accéder a la vérité ?

 

Aimer la vérité ce ne serait peut-être pas tant adorer un objet qu’avoir un autre type de rapport qu’exclusivement rationnel avec le monde. Dans ses Pensées, Pascal nous montre que le cœur est à même de nous délivrer la connaissance de vérités première. Je sais ainsi, sur un mode non thématique, de manière affective et intime, que l’espace est composé de trois dimensions, je pressens que les nombres sont infinis, je sais que deux droites parallèles ne se coupent jamais dans l’espace euclidien . La foi que j’ai en mes propres sentiments me garantit donc un savoir, la connaissance de vérités principielles.

 

La raison, selon Pascal, ne fait que conclure et démontrer les choses que nous savons déjà intimement. Dans l’accès à la vérité c’est donc le cœur qui prime sur la raison ; l’infinité des nombres, les propriétés de la géométrie et de l’arithmétique, dont je suis persuadé de la véracité, sont donc démontrés par la science, mais ce finalement du sens commun dans l’ordre même de la connaissance de la nature. Loin d’être réservée à la religion, la foi aurait donc sa place en philosophie, comme la première des étapes de la construction d’un savoir.

 

Mais l’amour de la vérité peut également, dans l’ordre de l’action, permettre d’atteindre à ses fins, en dépit des lois de la Cité. C’est par leur amour inconditionnel pour la vérité qu’Electre ou Antigone parviennent justement à découvrir des vérités qui leur étaient dissimulées, et que les maîtres de la Cité, Egiste ou Créon, jugeait bon de cacher pour le bien de la collectivité. On le voir, l’amour de la vérité, loin de ne conduire qu’au savoir de vérités principielles, comme chez Pascal, peut également s’incarner de manière violente dans une perspective factuelle.

 

Conclusion

 

Nous avons vu que l’amour de la vérité n’était justifiée en rien de philosophique, au contraire, la philosophie se caractérise bien plutôt par une capacité à tolérer le faux, l’inconnu ou l’échec. Toutefois, par le biais de la philosophie pascalienne, nous avons vu que l’amour était un moyen d’accès à la vérité toute faite, ni de s’aveugler pour ce qui est tenu pour vrai, mais bien de faire confiance à ses sentiments pour atteindre à la vérité.

 

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