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Histoire et théories de l'anthropologie

Publié le 15/04/2012

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histoire

            … Ces dix principes montrent une dynamique progressive de transformation de l'espèce humaine et rejette l'idée théologique de la création indépendante d'espèce immuables par un créateur personnel et omniprévoyant. L'homme provient d'une espèce animale, non distinguable de lui dans le commencement et à travers laquelle il se trouve apparenté par des liens avec les espèces animales actuelles dont l'homme s'est détaché par l'évolution. DARWIN replace l'homme dans la nature. L'homme est donc soumis lui aussi, aux lois de la sélection naturelle.

 

La descendance de l'homme, DARWIN, 1871

L'expression des émotions chez l'homme et les animaux, DARWIN, 1872 → fait la théorie selon laquelle l'homme vient d'un primate supérieur. Mais, il ne postule pas pour une capacité innée de certaines races au changement, il essaye de montrer que les changements ont des raisons tangibles et définissables.

 

 

2. L'influence du Darwinisme sur les sciences sociales

 

« La société est composée de familles et non d'individus « Auguste COMTE.

 

Cette découverte se retrouve partout :

 

Linguistique → John MULLER et Franz BOPP : fin XIXème siècle : montrent la structure commune du latin, du grec et du sanskrit. Ils notent une filiation entre ces langues, comme on note une filiation entre les espèces. On démontre donc l'idée d'une origine commune de l'homme. Ces travaux furent à l'origine des procédés de classements.

 

Géographie → science au XIXème siècle : en 1821 : création de la « société de géographie de France « qui associe des fonctions de recherche, de la vulgarisation et du lobby. Cette science postule de façon identique sur l'universalité de l'homme et sur le progrès de la civilisation. Ainsi, il y aurait une antériorité de certaines populations. Elisée RECLUS publie la géographie universelle. Il est représentatif de la pensée de son époque. C'est un anarchiste, un communiste, un humaniste  emprisonné en raison de engagement. Il introduit son ouvrage L'homme et la terre, par une citation en hommage à l'unité humaine (cf. plan - citations de RECLUS : l'action coloniale est légitimée, puisqu'il faut apporter le progrès à l'humanité toute entière, une humanité vivant encore dans la non civilisation. On retrouve aussi l'idée d'une parenté entre les populations indiennes et européennes, sensées descendre des aryens (= « les nobles « en sanskrit)). Max MULLER va populariser l'idée de son homonyme, soit que ces deux populations sont de la même origine.

 

Sociologie → née dans la même période que la révolution industrielle (exode rural). Les sociétés villageoises vont être remplacées par de nouvelles relations. Les penseurs font être confrontés au problème de l'harmonie des intérêts individuels. Le mot sociologie est crée en 1922 par Auguste COMTE : « le siècle actuel est l'époque nécessaire de la formation de la science sociale, l'époque scientifique et industrielle «. COMTE propose une classification des divers types de sociétés divisée en deux domaines de connaissances, d'un coté la sociologie, de l'autre l'étude des sociétés « plus imparfaites «. Lui, en tant qu'évolutionniste distingue trois stades d'évolutions des civilisations, l'état théologique (enfance), l'état métaphysique (adolescence) et l'état positif ou scientifique (adulescence). La vision de COMTE est celle d'une modernité triomphante. Pour lui, il est donc moins utile de connaître des civilisations différentes (hors Europe) parce que les autres ne peuvent qu'emprunter le même chemin que le notre (évolutionnisme), ou alors rester dans leur état de non civilisation (racisme). Introduction des thèmes : prohibition de l'inceste, totémisme, mentalité primitive(...). Les représentants de l'école française de sociologie s'inscrivent dans ce schéma.

 

Les anglais SPENCER et BAGEHOT illustrent la sociologie d'époque, et influencent les anthropologues.

            SPENCER est un modèle de synthèse entre l'évolutionnisme sociologique et l'évolution biologique. En 1977, il publie Principes de sociologie dans lequel il s'inspire franchement de la biologie. Il postule que l'évolution sociale peut être associée à l'évolution biologique. Le processus d'évolution renvoi à une transformation d'énergie en puissance à la fois vitale ou organique, mentale parfois sociale par passage du simple au complexe, de l'homogène à l’hétérogène. Il y aurait donc un progrès « continu et irrésistible « qui ferait passer les sociétés d'un stade primitif à des stades de plus en plus complexes, marqués par une hétérogénéité de plus en plus visible. Cette évolution résulterait d'un processus aléatoire d’essais et d'erreurs. Pour SPENCER, l'histoire humaine n'est pas forcément unilinéaire, elle est au contraire, jugée divergente parce qu'il y a un éparpillement des groupes humains dans des habitats distincts. Ces hommes vont produire des populations et des cultures diversifiées. Les progrès dans l'organisation fonctionnelle des groupes vont naitre de la compétition, de la lutte et de la sélection naturelle. L'évolution humaine implique une libération progressive des contraintes imposées par la nature. Ainsi, les sociétés les plus développées sont biologiquement plus développées. Le progrès est rendu possible par l'hérédité des caractères acquis. Or, pourquoi, les « moins civilisés « n'arrivent ils pas, contrairement à nous, à apprendre de leur erreur ? Il répond, qu'ils sont incapables, dans leur être, d'une capitalisation semblable à celle d'autres peuples, c'est la notion de race qui voit le jour. Les hommes ne seraient pas tous égaux devant le procédés évolutif.

            Lois scientifiques du développement des nations, BAGEHOT, 1872. Dans cet ouvrage, il fixe le schéma moyen du progrès des sociétés selon les représentations évolutionnistes. L'ouvrage comporte quatre grandes parties et leur succession entend marquer les phases d'évolution. La première, l'origine des nations, la seconde, la lutte et le progrès, la troisième, la formation des peuples et la quatrième, l'âge de la discussion. Il décrit un mouvement historique sans rupture, depuis le groupe dominé par l'autorité absolue du chef patriarcal à l'épanouissement collectif au sein de la société. Pour lui, les « sauvages « sont amenés à disparaître parce qu'ils seraient tellement « encroutés « dans leurs superstitions qu'ils en ont perdu toute faculté d'adaptation et donc, ils freinent les processus naturels. Le racisme intervient comme explication des états.

 

La naissance de l'ethnologie comme science sociale → naissent les démarcations entre les objets des différentes sciences sociales.

Sociologie → étude des sociétés civilisées.

Ethnologie → étude des sociétés primitives (dévalorisé).

En 1799 est crée la société des « observateurs de l'homme « (DE GERANDO, BOUGAINVILLE, CUVIER...).

Considérations sur les diverses méthodes à suivre dans l'observation des peuples sauvages, BOUGAINVILLE.

Cette société va disparaître parce qu'elle perd le soutient de Napoléon et surtout à cause de la dissociation des sciences de la nature et des sciences de l'homme. L’ethnologie est alors considérée comme une discipline mineure. Ainsi, l'anthropologie est dissociée en deux branches, l'anthropologie physique d'un coté, et l'ethnologie de l'autre. En 1859, un médecin, Paul BROCA, fonde la société « d'anthropologie de Paris « qui étudie l'anthropologie physique. P. BROCA se passionne pour la cranologie et va mettre au point des instruments permettant de mesurer le corps et le crane (cf. plan – citation BROCA). Il veut appréhender l'homme dans son entier afin de hiérarchiser les espèces et les classer.

 

L'ethnologie s’intéresse au formes simples d'organisation sociale. Elle est doublement marginalisée,  à la fois par rapport à l'anthropologie physique et par la sociologie. Toutefois, la discipline prend peu à peu de l'importance avec le développement de l'impérialisme. L'ethnologue joue un rôle important dans la colonisation puisqu'il permet aux hommes de mieux comprendre les peuples et ainsi de mieux les dominer.

 

la parenté → MAINE : Pour MAINE on passe de la famille au lignage, à la tribu et enfin à l'état. Dans son ouvrage, Ancien clan (cf. plan – citation MAINE). Pour lui, l’avènement de la société, c'est la dissolution progressive des liens de parenté, qui sont à remplacer par des obligations individuelles. Dans les premières sociétés, les relations étaient des relations entre famille, c'est le statut. Et l’évolution induit des rapports entre des hommes libres, ce qu'il appelle le contrat.

Selon lui, dans toutes les sociétés, les relations entre les gens reposent sur un lien qui est toujours politique, soit de l'ordre du statut, soit de l'ordre du contrat. C'est à partir de la parenté que MAINE propose d'étudier l'évolution des institutions sociales.

MORGAN (1818-1881) est lui aussi juriste et sa vocation pour l'anthropologie, lui vient de la rencontre dans club littéraire, d'un indien iroquois avec qui il devient ami. Il va lui faire des tas d'entretien et va organiser une série d’enquêtes, regroupés dans son ouvrage, Le gouvernement constitutionnel de six nations indiennes. Il étudie le système de parenté des iroquois et rend visite à de nombreux clans. Pour son étude il propose un questionnement et en publie les résultats en 1971, dans Système de consanguinité et d'affinités de la famille humaine. C'est avec ce livre que va naitre l'analyse scientifique de la parenté et de l'anthropologie sociale. Dans la société archaïque (chap. : les moyens de subsistance, le gouvernement, le langage, la famille, la religion, la vie domestique, l'architecture et la propriété) il va essayer de distinguer des stades d'évolution en montrant que les sociétés étatiques naissent des sociétés familiales avec l'apparition de la propriété. MORGAN veut montrer « que l'histoire de l'humanité est une quant à la source, une quant à l'expérience, une quant au progrès «. Il utilise donc de nouvelles terminologies, il substitue des périodes ethniques en trois stades ; la sauvagerie, la barbarie et enfin la civilisation. Il s’appuie sur les inventions pour montrer les différentes séquences de l'histoire (ex : niveau sup. de la sauvagerie est caractérisé par l'emploi d'arc et de flèches). Dans son livre, il synthétise des matériaux qui concernent  de nombreuses civilisations, ce qui induit de nombreux ratés ! A la différence de MAINE, il estime que l'ordre régit par la parenté est incompatible avec la politique, puisque le politique nait dans les sociétés civilisées. La parenté est régie par un système de règles, la terminologie : la catégorie classificatoire (papa, maman) et la descriptive (individualise les individu ex : père, beau père...). Il établi une hiérarchie de la famille en fonction des stades, dans la sauvagerie, c'est une organisation sociale en clan avec la famille consanguine (les frères et sœurs se marient ensemble), et la famille punaluenne (concept hawaïen). La barbarie est basée sur une organisation en phratrie, séparée en familles, la famille syndyasnienne (relation homme/femme pas exclusive), la famille patriarcale, et la famille monogame. Ça a fait scandale parce qu'en Occident, on considérait la monogamie comme naturelle, contrairement à ce qu'affirme MORGAN. Enfin, il considère que les méfaits de la consanguinité ne peuvent échapper indéfiniment aux hommes, qui se détacheront peu à peu de ce schéma pour aller vers la civilisation. Il pense vraiment le changement, pour lui chaque petite chose est un morceau de l'histoire indissociable du contexte. Toutefois ses théories manque la religion, dimension essentielle de l'anthropologie. Il se justifie en disant que « toutes le religions primitives sont grotesques et jusqu'à un certain point inintelligibles «. Cependant, l'étude de la religion des primitifs à intéressé de nombreux de ses contemporains.

 

la religion → Charles DE BROSSES est le premier à établir un schéma concret. En 1760, il publie, Les cultes du Dieu fétiche. Il distingue les religions primitives des religions du Livre (Coran, Bible...).

TYLOR considère que grâce à la méthode comparative on peut établir le changement. Il est le premier à conceptualiser l'animisme, qui est selon lui, la première expression de la religion. FRAZER ajoutera  quant à lui la magie dans l'analyse, notamment dans Le rameau d'Or. Il retient trois stades, magie, religion, science. Il se base sur l'analyse psychique de l'homme et l'évolution dans un continuum entre les cultures et les civilisations, deux présupposés liés. Les structures mentales de l'esprit sont donc pour lui les mêmes, il existe en réalité une « structure minimale « partagée par tous les hommes mais qui va en se complexifiant. Ce sont pour lui, les différences cérébrales qui expliquent les différents développements. Il accorde beaucoup d'importance au développement technique, témoignage de l'évolution (technologie rudimentaire → psychologie rudimentaire).

TYLOR est le précurseur du structuralisme, puisqu'il considère qu'il y a une unité structurale commune à tous les hommes.

FRAZER :

-        magie → l'homme croit dominer la nature par empathie

-        religion → l'homme reconnaît sa faiblesse et s'en remet aux dieux

-        civilisation → l'homme a opérer une séparation entre le domaine qu'il peut expliquer (science) et le domaine dans lequel il est impuissant (religion).

 

            En résumé : L'évolutionnisme se définit par l'idée selon laquelle les sociétés ne sont pas éternelles, mais soumises au changement.

On serait capable de dégager une ligne d'évolution commune à toutes le sociétés et valables pour l'ensemble de l'humanité.

Chaque système énumère ensuite un certain nombre de stades dans un système de double ordre, un ordre temporel (ils se succèdent toujours dans le même sens), et un ordre hiérarchique (niveau supérieur au précédent).

 

Cours n°1 avec Sandrine MUSSO → anthropologue de la santé

Le DIFFUSIONISME

 

            Thomas Samuel KUHN écrit La structure des évolutions scientifiques en 1962. Il aborde la science comme phénomène social. Il affirme que la science normale doit être distinguée de la science extraordinaire. En effet, l'ensemble de ce qui est produit à une époque donnée va répondre au paradigme dominant (de cette même époque), il appelle cela la science normale. Toutefois, une avancée nouvelle sortira alors du lot, la science extraordinaire et imposera alors un nouveau paradigme.

 

            La question posée par les diffusionnistes sera de l'ordre des modes de diffusions d'une culture à une autre. Les évolutionnistes eux, cherchaient à expliquer la diversité des cultures. C'est une nouvelle façon de penser la diversité culturelle. Les diffusionnistes vont contester l'idée selon laquelle l'homme est un être inventif. Alors que pour les évolutionnistes, chaque société passe par des stades déterminés qui se réalisent par le moyen de nouveaux instruments, d'idées(...) Alors que les diffusionnistes considèrent cette idée absurde, puisque l'une des grandes idées de ce courant est que la diffusion passe par la guerre et l'immigration. Ainsi, les techniques ont été inventé qu'en de rares endroits, et non pas dans toutes les sociétés, et se sont diffusées par la suite. Ici, l'accent est mis sur la manière dont les mouvements de population sont à l'origine de certains traits culturels. Leur projet sera alors de trouver ces foyers de culture et la manière dont les savoirs ses sont étendus à partir de ces points de départ. Ils remettent complètement en cause l'idée d'un développement unilinéaire. On voit un dépassement des théories évolutionnistes, en effet, les diffusionnistes, ont miser sur l'espace, l'histoire et la géographie.

Les deux courants partagent une conception hiérarchisée des sociétés, sauf qu'il y aura des explications différentes, notamment historiques, proposées par les diffusionnistes.  En effet, les foyers de civilisation seraient supérieurs aux peuples qui recevraient par hasard les savoirs déjà crées. Ils font une critique implicite des anthropologues de cabinet.

Le diffusionnisme est lié à la géographie des civilisations.

 

 

            La première école du diffusionnisme dont il est question, est celle de l'hyper diffusionnisme anglais. Cette théorie donne une source unique à toutes les similitudes de civilisations dans le monde entier, sans tenir compte de la question de distance.

Elliot SMITH est à l'origine de la théorie qui considère l'Egypte comme berceau de la civilisation. Il dit que la civilisation ne s'est développée par la volonté de l'homme, incapable d'innovations, mais dans des circonstances exceptionnelles qui ont rendues favorables la vie en société, et que ces circonstances exceptionnelles ne se sont trouvées qu'en Egypte ancienne. Enfin, pour lui, la civilisation s'est diluée naturellement en formant des « avants postes «. Pour lui, 4000 an avant JC, les mariages, les maisons, tous les arts et métiers, sauf ceux de la chasse (…) n'existaient qu'en Egypte. Il pousse à bout l'idée d'un foyer de civilisation. Il considère aussi, qu'avec la diffusion, la culture se dégrade, ce qui est la aussi une simplification effective de la réalité. Le postulat d'un foyer unique ne tient pas, et le contact entre civilisations ne se fait pas à sens unique, il n'y a rien dans cette théorie de l'ordre de la circulation.

PERRY pense quant à lui que des inventions peuvent apparaitre indépendamment des unes des autres. Il affirme que l'idée originale est souvent le produit d'un emprunt à une autre civilisation.

W.H. RIVERS est un psychologue qui ajoute à la question de la diffusion l'idée selon laquelle c'est le le mouvement de population qui va engendrer des tensions dualistes. On voit une reflexion s'amorcer autour du contact et non plus seulement autour de la diffusion. Il ajoute que les savoirs apportés dans une nouvelle société peuvent être soumis au rejet, ou à la modification.

 

            On connait également l'école allemande, l'école de Vienne, l'anthropogéographie ou école des cercles culturels. Les diffusionnistes allemands vont insister sur la complexité de l'Histoire réelle notamment en termes de changements liés à des contacts.

F. RATZEL est géographe et éthnographe. Il est à l'origine du terme « d'anthropo géographie « en faisant des relations entre la nature et la société, l'objet de la géographie. Il s'intéresse à la manière dont un milieu détermine les individus. En partant de cette dimension capitale des phénomènes migratoires, il va établir que l'anthropo géographie doit se poser trois sortes de problèmes. Le premier, c'est qu'elle doit commencer par établir la manière dont les hommes sont regroupés sur Terre (groupés par religion, race, état...). La science ne peut pas se contenter de décrire, donc il va également s'attacher à expliquer les raisons de ces groupements. Il veut enfin s'intéresser à la nature des mouvements même. Il est considéré comme l'un des pères du diffusionnisme. RATZEL a produit un certain nombre de réflexions sur la notion de frontière, la notion de contact, échange qui ont eu un certain impact après lui, notamment sur LENINE (centre et périphérie).

Léo FROBENIUS est un élève de RATZEL qui est à l'origine de l'idée d'une origine commune entre l'Afrique et l'Océanie. Il va créer la Kulturbreise = « ensemble sous forme de blocs qui partagent des traits communs qui ont été diffusés ... «. Il veut élucider la nature de la culture qu'il concevra comme un être vivant connaissant au cours de son histoire trois phases successives : la participation émotive, l'émergence de la culture, ensuite, l'expression ou l maturité et enfin le stade de l'application, marquée par la prééminence des forces de la technique. Il considère la culture comme un être vivant.

GROEBNER (océaniste) et ANKERMAN (africaniste) se distinguent des autres par le fait qu'il s'agit de deux auteurs de terrain.

GROEBNER va schématiser l'ensemble des civilisations océaniennes. Il va tenter de distinguer des « faciès culturels « et de les retrouver dans d'autres contextes culturels, notamment en Afrique. Il considère que l'influence des cercles culturels rayonne de manière de plus en plus vaste. Il est à l'origine de la notion de complexe culturel, liée au fait que la culture est découpée en un ensemble de traits qui sont interdépendants. Il accorde une importance à la fois de la géographie mais aussi  à l'histoire.

 

            L'école américaine est représentée Franz BOAS. Il affirme qu'il n'y pas de sociétés intactes, c'est à dire, que tout est toujours lié à des emprunts faits à d'autres sociétés. Les similitudes observées seraient liées à des emprunts, des diffusions, des migrations... Le diffusionnisme ainsi défini a joué dans l'Histoire de l'anthropologie un rôle très important dans la mesure où, comme le disait LEVI-STRAUSS ces théories reposaient sur la même analogie biologique entre espace social et géographie. En l'absence de toute chronologie, ces théories proposent une sorte de temporalité. BOAS propose une véritable critique de l'évolutionnisme et est pour cela considéré comme l'autre père du diffusionnisme. Il refuse l'idée selon laquelle on ne peut pas relier l'histoire. Il propose une nouvelle forme d'évolution, l'évolution culturelle. Il va se tenter de distinguer les éléments qui sont le fruit de l'unité psychique de l'homme (= puisque les hommes sont les mêmes, ils ont des idées semblables), et ceux qui sont liés à des emprunts. Chaque culture est composée d'un certain nombre de traits culturels relativement indépendants dont certains peuvent passer d'une société à l'autre, mais la méthode de BOAS refuse de prendre des traits culturels isolés. Il affirme qu'il faut toujours considéré un ensemble de traits culturels liés. Enfin, si ces même séquences thématiques se retrouvent dans un espace géographique sans discontinuité, c'est dans ce cas que l'on peut conclure à un centre culturel à l'origine de la diffusion (= centre et périphérie). Il considère que seule une enquête de terrain rigoureuse pourra permettre de répondre à ces questions fondamentales. Donc l'enquête diffusionniste se présente sous une forme simple ou il va s'agir de saisir les itinéraires de tel ou tel trait culturel.

KROEBER dira « l'anthropologie sera historique, ou ne sera pas «. Il distinguera la diffusion par contact et emprunts et la diffusion par stimulation. Par stimulation, cela suppose que la société qui va recevoir le trait culturel va sanctionner les transferts possibles de la culture donneuse. Un trait culturel pourra donc garder sa forme mais perdre sa signification et sa fonction ou inversement.

Edward SAPIR  est lui aussi de l'école américaine, il a entreprit d'énumérer les principaux procéder qui permettaient de dater les faits de diffusion, en suivant l'idée de sériation culturelle, soit que les éléments les plus simples d'une culture, sont les plus anciens. De plus, l'élément qui a la plus grande ère de distribution est plus ancien que celui qui a une distribution moindre. Enfin, un élément pour exister, suppose au préalable un autre élément (= présupposition culturelle).

            On reproche au diffusionnisme de réduire la question des échanges et des contacts à une comptabilité de transferts. Ce qui est aussi important, c'est ce que font les sociétés de ces emprunts, les réappropriations, les usages sociaux. On lui reproche également de ne pas s'être intéressé aux mécanismes, aux processus par lesquels les traits d'une culture passent d'une société à une autre. Ainsi, dans l'anthropologie actuelle, l'école anglaise a été totalement abandonnée, et l'école de Vienne n'a plus que de rares représentants. On reproche également au diffusionnisme de ne plus se focaliser que sur l'Histoire. C'est un courant qui a été très dénigré et pourtant il y a beaucoup de phénomènes (= mondialisation...) de l'époque actuelle qui ont été pensés par ces courants là (= que se passe-t-il quand deux culture entrent en contact ?).

 

Cours n°2 avec Sandrine MUSSO

 

Le FONCTIONNALISME

 

            Le fonctionnalisme sert a designer une école dont les anthropologues les plus connus sont RADCLIFFE-BROWN et MALINOWSKY. Tout deux ont émis des réserves vis a vis de cette classification fonctionnaliste. Ils s'opposent toutefois dans leur théorie, MALINOWSKY va privilégier l'étude des institutions culturelles afin de saisir la globalité complexe d'une société. Il va avoir une conception utilitariste de la fonction, c'est à dire qu'il part d'une théorie du besoin auquel répondrait la culture. Il s'intéresse au pourquoi, alors que RADCLIFFE-BROWN, lui s'intéresse au comment. Il estime que la causalité sociale ne peut pas se passer des sujets individuels. S'ils entendent tous les deux sur le sujet à étudier, ils ne s'accordent pas pour autant sur les outils nécessaires afin de les expliquer. Ce terme désigne à la fois une école, sachant que ses pères fondateurs ne sont pas d'accord entre eux, il s'agit aussi d'une manière de décrire et d'étudier des faits sociaux. La notion de fonction a un certain poids d'évidence, elle est logique, elle a une utilité. Ce terme renvoi aussi à uen méthode d'analyse des faits sociaux, notamment le terrain malinoswkien. Il peut également désigner un ou plusieurs modèles théoriques. Le fonctionnalisme accède au statut de théorie des lors que l'on affirme que la fonction d'une institution dans une société donnée est la cause de son existence. La fonction d'un objet social peut être étudié à la fois d'un point de vue interne aux sociétés, et du point de vue d'un observateur.

 

Emic et Etic →  La rigueur du qualitatif, de Jean Pierre Olivier DE SARDAN

-        Emic : ce que veut dire un objet (…) à l'intérieur d'un groupe

-        Etic : ce que veut dire ce même objet pour l'observateur.

 

→ comment y a-t-il eu une maturation lente du fonctionnalisme au travers l'histoire de                                                                                                           l'anthropologie ?

→ le programme de savoir du fonctionnaliste

→ les remises en questions du terrain malinowskien

 

SPENCER, DURKHEIM et COMTE font un parallèle entre le corps humain et les sociétés parce que la biologie est la « mère « de l'anthropologie. Le fonctionnalisme revendique le statut de science positive. Ils veulent établir des déterminismes sociaux. Pour l'ensemble de ces penseurs, les faits sociaux sont en interrelations. C'est un système dont tous les élément sont dépendants entre eux, et il y aurait une mystérieuse finalité interne qui assurerait la reproduction de ce système. Ils entendent faire une science positive de la culture en ce qui concerne MALINOWSKY et de la société en ce qui concerne RADCLIFFE-BROWN. L'anthropologie pour un certain nombre de phénomène doit apporter des lois générales.

Ils ont quatre prises de positions :

-        la récusation de l'approche historique (telle que la concevait les évolutionnistes) → vient du fait qu'il faut fonder l'indépendance de l'anthropologie (la distinguer de l'histoire), et du constat que les sociétés sans écriture resteront hors de portée (contrairement au diffusionnisme qui considérait que l'histoire évolutionniste compensait les manques de l'Histoire).

-        Si l'histoire ne peut pas servir d'outils puisqu'elle sous tend la crainte de mêler l'anthropologie et l'histoire. Ainsi, ils développent une anthropologie de terrain. C'est un témoignage de la rupture, seule l'observation directe permet de collecter des matériaux qui seront les objets de l'analyse. Une société, une culture mais saisies comme étant « à l'arrêt «.

-        Ils ont un parti pris anti-ethnocentrique. Ils partent du postulat de la rationalité du point de vue primitif, ils déterminent avec autant de logique (…) que les occidentaux leur mode d'être.

-        Si toutes les sociétés sont égales et pareillement rationnelles, c'est pour cette raison qu'elles fonctionnent et qu'elles peuvent se compléter entre elles.

Ils veulent objectiver la science, regarder du dehors.

 

La question du terrain va être principalement construite et pensée par MALINOWSKY. Il va conceptualiser le terrain comme laboratoire qui va permette « l'extraction des facteurs réels et pertinents d'un proces(-sus) donné «.  Pour M. la culture, c'est « la réponse organisée de la société à des besoins fondamentaux «.

 

Au XIXème siècle, l'Islande remet en question sa dépendance danoise.

La notion du croire autour du film de Christophe PONS

 

Le médiumnisme est rattaché au mysticisme selon PONS qui reprend les travaux de Ernst TROELTSCH. L'anthropologie de la religon met en question la sécularisation. Le religieux serait anti moderne (Durkheim → on vénère la force du social, soit nous ; Marx → c'est l'opium du peuple). Ce ne serait pas possible de combiner religion et rationalité (= modernité). Dieu n'est pas un raisonnement logique. Cette question touche même le religieux en interne. Max WEBER a introduit le questionnement sur la rationalisation du monde, et la sécularisation en sociologie. Il essaye de procéder à une typologie du religieux, il y a deux type d'organisations religieuses, la secte et l'église (= idéal type = construction mentale purement logique).

La compréhension sociologique, Dominique SCHNAPPER

Pour palier à l'amalgame possible lié à cette expression, D. SCHNAPPER propose la notion d'« idéel type «.

Une église est « une institution bureaucratisée de salue (de l'âme), où s'exerce l'autorité d'un prêtre qui tient le rôle d'un fonctionnaire « → rationalisation interne du religieux, du social (WEBER) → désenchantement du monde.

Une secte est « une association de croyants basée sur la volonté d'y adhérer, souvent en protestation avec la majorité et dirigée par un pouvoir charismatique «.

Pour TROELTSCH la modernité ce n'est pas la sécularisation ni le désenchantement du monde, c'est une nouvelle manière de concevoir le religieux. La religion a une fonction, donc si elle sort des églises, elle doit se retrouver ailleurs, d'où les théories modernes sur les nouveaux mouvements religieux qui recomposent la sphère et l'offre religieuse. Aujourd'hui le religieux est beaucoup moins visible. On passe ainsi à une anthropologie du religieux, une pratique disséminée et non plus une anthropologie de la religion (stricte et formelle). 

 

Cours n°3 avec Sandrine MUSSO

Le Culturalisme

 

Il est ici question d'aborder ce à quoi se rattache le courant « culturaliste « qui désigne au sens strict, dans les années 30, un certain nombre d'auteurs regroupés dans une école dont les principales représentantes sont Ruth BENEDICT et Margaret MEAD. Il sera aussi intéressant d'étudier les critiques qui ont été faite à propos de l'ethnopsychiatrie.

Aux sens large, le culturalisme a tendance à hypostasier la notion de culture. BOAS a été le premier a affirmé que chaque culture a une « style «, c'est de la que sont partis un certain nombre d'anthropologues culturalistes parce que c'est justement dans l'étude de la personnalité que l'ethnologie américaine va se distinguer, notamment grâce a R. BENEDICT et M. MEAD. L'école « culture et personnalité « va particulièrement insister sur la pluralité des cultures et leur originalité, mise en lien et aboutissant à une personnalité qui serait propre aux individus d'un groupe donné. Ceci implique qu'il y a une continuité entre l’expérience de la petite enfance et la vie adulte d'un individu, ce qui se rapproche de la psychanalyse. Toutefois, des expériences infantiles semblables ne produisent pas forcément les même effets. De plus, chaque société est caractérisée par une personnalité qui lui est propre, une « personnalité de base «. Qu'il s'agisse des travaux de R. BENEDICT ou de M. MEAD ces deux postulats seront mis en avant.

         Ruth BENEDICT (1887-1948) devient l'assistante de Franz BOAS. Ses premiers travaux s'interrogeront sur « les quêtes de visons « des Indiens . Elle publiera son ouvrage majeur en 1934, Patterns of Culture

Elle refuse toute forme de « déterminisme biologique «, pour mettre en avant son nouveau conception de « déterminisme culturel «. Elle affirme que la nature humaine est « plastique et malléable «. Le but de l'ethnologie serait donc de rendre compte de la diversité des personnalités des cultures.

La culture est selon BENEDICT, unique et est un assemblage singulier d'éléments culturels qui peuvent se combiner à l'infini. Chaque culture emprunte sa route propre dans la poursuite de buts différents, c'est à dire qu'une culture ne peut être jugée selon les termes d'une autre société. Il y a donc la une vision propre au relativisme culturel que l'on peut qualifier « d'anti-éthnocentrique «. Deuxièmement, une culture est un ensemble articulé, elle doit être étudiée comme une unité cohérente et fonctionnelle. Enfin, dès l'enfance les coutumes façonneraient l'expérience et habitudes d'un individu. Ainsi, chaque personne né dans un groupe partage les croyances et pratiques de ce dernier. Il n'y a pas de discontinuité entre la société et la culture, ce n'est pas une entité séparable des individus. Les individus se fondraient dans le moule de la société.

C'est à partir de ces présupposés qu'elle va tenter de faire la comparaison de trois sociétés, les Indiens Zum du Sud Est, les Kwakiults et les Dobu de Nouvelle-Guinée. Elle va se reposer sur le travail de NIETZSCHE et son travail sur la tragédie grecque pour établir son squelette. Il explique la puissance du système politique de la Grèce par la cohabitation réussie entre les apolliniens et les dionysiaques.

Elle considère que les Pueblos et les Zumi sont des individus apolliniens, « sobres et pacifiques «. Elle observe ici un mépris de l'individualisme.

A propos des Kwakiults et des Dobu elle insiste sur la compétition, la violence, le prestige et l’exhibition des sentiments. Ils seront donc les dionysiaques et vivraient en danger permanent.

A l'énoncé de telles caractérisations on s'aperçoit de la simplification de BENEDICT à propos de la modération ou l'excès. Elle veut donner une idée générale sur le style d'une culture, ce qui explique également l'audience qu'elle a eue en terme de lecteurs.

BENEDICT écrit aussi un ouvrage qui traite implicitement la manière dont les anthropologues s'engagent dans les sociétés, Le Chrysanthème et le sabre en 1947. Cet ouvrage a été commandé en 1945 par les forces d'occupations américaines au Japon. Bien que n'étant jamais allée au Japon, elle va, en un an, entreprendre un recueil d'informations sensé définir la personnalité du japonais moyen. Elle propose toute une analyse de la hiérarchie dans la société, et la manière dont les prérogatives attachés au sexe, à la génération et à l'âge sont absolument considérables. Ces éléments ont pour objectif de donner du sens aux questions que se pose l'armée américaine, à propos des pratiques kamikazes par exemple.

            Margaret MEAD (1901-1978) est une anthropologue américaine familiarisée très tôt avec les sciences sociales. A 20 ans, elle rencontrera F. BOAS et entamera a partir de 1925 des terrains, notamment aux Iles Samoa. Elle sera une des meneuses du féminisme américain. Elle défendra une anthropologie engagée et va sans cesse s’efforcer de résoudre des problèmes touchants  l'actualité américaine. Son travail est très souvent cité dans les études de genre. Elle montrera que les différences entre les sexes sont diverses entre les sociétés et donc qu'il s'agit de constructions sociales et culturelles. Elle montrera également que les relations entre les hommes et les femmes ne sont pas partout marquées par la soumission et la domination. Lorsque BENEDICT publie Patterns Of Culture, MEAD est au Iles Samoa et s'inspirera du travail de sa contemporaine. Elle tirera toutefois des problématiques plus générales en prenant pour objet d'étude les Arapesh et les Mundugumor. Ces deux groupes vivant à 200km d'écart sont radicalement opposés en termes de style de personnalité. Elle fait une sorte de caricature de Hippie des Arapesh et de Spartiate des Mundugumor. Elle démontre que les personnalités féminines et masculines en société sont socialement construites. Elle amène une réflexion sur ce qui est tenu pour être un trait de caractère naturel, par exemple sur l'adolescence. Elle affirme que l'adolescence n'est pas forcément une période de tension. Elle met également en avant l'idée que la multiplication des possibilités pour les adolescents étasuniens induirait une difficulté pour ces derniers à trouver des repères et serait donc à l'origine de cette période de trouble, alors qu'aux Iles Samoa, les jeunes gens ne pensent qu'à se marier et à avoir des enfants.

Elle va tenter de « re-socialiser « un certain nombre éléments qui jusqu'alors étaient mis sur le compte d'oppositions biologiques. Au-delà de cet aspect, elle a été pionnière dans l'usage documentaire de la photographie. Elle va aussi entreprendre des études sur le caractère national (USA/URSS). Enfin, elle sera une militante active (racisme, faim dans le monde) et participer de fait à la diffusion d'une anthropologie humaniste.

Cependant, en 1983, FREEMAN dans son ouvrage remet radicalement en question la scientificité des travaux de Margaret MEAD. Il retourne sur les terrains de MEAD et enquête sur la manière dont elle a enquêté. A contrario de ce qu'elle décrit comme une société particulièrement harmonieuse dans le cas des Arapech, il montre comment son analyse est passée à coté de la hiérarchie omniprésente et des rapports de pouvoir et d'autorité entre les gens. On ne peut pas juger une société dans les termes du autres. On a également reproché à ces anthropologues de chercher dans ces sociétés ce qu'elles avaient déjà décider de trouver.

Cependant, elles ont eu une grande importance dans le domaine de l'éducation, notamment de la petite enfance.

 

 

         Tobie NATHAN écrit L'influence qui guérit. Cet ouvrage pose une nouvelle méthode afin de « soigner « les cas psychiatriques issus de l'immigration. Il constitue une équipe qui est non seulement qualifiée mais aussi concernée directement par les cultures des malades. Il a une critique très forte des ethnologues, des anthropologues mais aussi des psychanalystes. Il critique également la manière dont les anthropologues ont besoin de s'immiscer dans le cercle du privé. 

JAFFRE est l'un des détracteurs de NATHA N. On l'accuse notamment de culturalisme.

Didier FASSIN écrit un ouvrage qui fait référence aux travaux de NATHAN, dans L'ethnopsychiatrie, Tobie Nathan et ses réseaux, l'influence qui grandit. Il veut monter combien derrière le succès de NATHAN et l'ethnopsychiatrie est en train de se développer un véritable phénomène de mode (= « success story «). NATHAN se présente comme étant l'un de ceux qui osent affronter le tabou de l'immigration en allant directement sur le terrain essayer de construire et d'inventer des dispositifs qui permettraient à ces personnes de se « restaurer « à partir de leur culture. Plus que l’œuvre écrite, c'est le fait social qu'il s'agit de comprendre. Le succès de cette discipline et de ce personnage est un fait social à étudier selon FASSIN. La manière la plus pertinente d'approcher ce qu'est ce fait social serait de faire une sociologie de son influence. Il reprendra alors les travaux d'Oward BECKER dans Outsiders, étude pour une sociologie de la déviance. Il développe la notion « d'entrepreneur de morale « qui explique qu'un problème devient public par l'intermédiaire de ces gens qui en parlent. Ce ne sont pas forcément les ouvrages les plus intéressants qui sont  le plus vendus, ce ne sont pas forcément les maladies les plus graves pour lesquelles on fait de la recherche... FASSIN fera le lien entre ce genre de personne défini par BECKER et T. NATHAN. NATHAN servirait d'intermédiaire au gouvernement pour « gérer « les populations immigrées. Son travail consistera donc en l'analyse de la politique de l'ethnopsychiatrie en montrant comment le cœur de l'argumentaire de NATHAN est en réalité un différentialisme radical qui fait de l'appartenance originelle (culturelle ou ethnique) une dimension irréductible et immuable de la personne. On a là posée la question du lien entre culture et personnalité évoquée plus tôt. Derrière cette représentation qu'a NATHAN de la culture se retrouve une hantise du métissage qui conduit à une « ethnocisation de la condition humaine «. Après avoir commenter les propositions théoriques de NATHAN, FASSIN utilisera la distinction en terme d'outils conceptuels de Michel CALLON, entre ce qu'il appelle le « laboratoire restreint « (chercheurs, étudiants...) et le « laboratoire étendu « (chercheurs, investisseurs, sujets, bayeurs, associations...) de la science. FASSIN reproche au laboratoire étendu de NATHAN d'être en majorité composé de réseaux de professionnels institutionnalisés (dans le sens de l'État) qui financent les recherches certes, mais qui, invariablement orientent les dispositifs de prise en charge clinique et la politique interne. FASSIN propose une analyse détaillée de ces cercles d'influences dans le centre dans lequel travaille NATHAN. FASSIN définit le premier comme étant celui qui rassemble les disciples et les élèves (admiration...), le second cercle est celui qui regroupe les collègues et les paires du monde de la science et de l'édition. Le troisième cercle concerne les institutions et professions apportant compétences et financements. Le quatrième réunit les guérisseurs et les praticiens qui forment les intervenants du laboratoire. Le dernier et cinquième cercle est celui qui regroupe les objets, les fétiches, les divinités, les esprits qu'invoquent le professeur et ses étudiants lors du processus de « guérison «.

FASSIN en conclut que la politique de l'ethnopsychiatrie c'est la mise en application du culturalisme. Toutefois, lorsqu'il parle de « culturalisme «, c'est plus lié à une forme de culturalisme ordinaire, qu'à véritablement l'ensemble des théories anthropologiques de ce courant. Il va donc montrer, comment selon lui, l'ethnopsychiatrie exerce une véritable violence sur les personnes sur qui elle est sensée avoir une aide thérapeutique. En effet, elle va priver l'autre de son universalité, elle le prive aussi de sa diversité (il propose en réalité de nuancer la « personnalité de base «), en troisième lieu, cette violence exercée elle le prive de sa rationalité que l'on confine dans un « ailleurs exotique «. Enfin, c'est la l'atteinte la plus grave selon FASSIN, elle prive l'autre de sa condition sociale tout particulièrement lorsqu'il s'agit d'immigrés. Le procès que fait Didier FASSIN concerne la manière dont la culture est prise comme unique variable pour comprendre un individu, alors qu'elle dépasse cette sphère de façon évidente. Il dénonce cette mise en lien trop automatique de la culture et du psyché.

 

Cours avec Ghislaine GALLENGA

La rationalité des Indigènes : la controverse anthropologique célèbre autour de la mort du capitaine COOK dans les années 1990.

 

            Le capitaine COOK arrive à Hawaï durant les trois mois de la saison de transition, « makahiki «, à la fin de laquelle le Dieu Lono quitte l'île après l'avoir fécondée. Cependant, la fin de la saison rituelle est marquée par la « mort « symbolique du dieu par le Roi.

Ce récit suscita de nombreuses réactions dans le milieu de l'anthropologie, notamment de la part de  Marshall SAHLINS et de Gananath OBEYESEKERE. Cette controverse traite de la mort du capitaine COOK à Hawaï en 1779. Elle nous intéresse dans la mesure ou elle permet d'observer la confrontation entre deux cultures.

         Marshall SAHLIN est un anthropologue, nait en 1730 qui travaillait originellement sur les iles Fidji. SAHLINS est un « champion de la polémique «. Il a remit en cause une grande partie des objets d'études de l'anthropologie. Il séjournera en France à la fin des années 1760. Dans les années 1770, il a publié des ouvrages généraux sur les champs de l'anthropologie, comme Age de Pierre, Age de Bronze, ou Des Iles dans l'Histoire.

 

            Dans son analyse SAHLINS veut dire que COOK et l'événement de son arrivée peuvent être pris en compte et incorporé par le schéma culturel hawaïen. COOK est un individu logique parce que les hawaïens peuvent conférer une signification culturelle à son arrivée sur l'île. Il existe toutefois des discordances évidentes entre le mythe et la réalité, SAHLINS dit alors que les hawaïens se seraient arrangés, ils auraient improvisé pour que « ça colle «. La première phase de son analyse correspond à l'arrivée de COOK et son débarquement sur l'ile. De fin novembre à mi janvier, il refuse de faire débarquer le bateau, or, au même moment les hawaïens font faire un tour de l'ile à la représentation du dieu Lono. A chaque arrêt, chaque station la population locale rend hommage à l’icône. Le tour de l'ile que fait faire COOK à son équipée peut être associé au précédent. Les différences se multiplient, mais le réel et toujours perçu à travers une grille culturelle, il est culturellement organisé. Ainsi, d'aprés SAHLINS, ce qui est pour nous un navire, peut apparaître aux hawaïens comme étant une embarcation divine... Par ailleurs, cette idée de médiation culturelle qui commande la perception et l'organisation de la réalité est le nœud de la controverse. La deuxième phase commence avec le débarquement, le 17 janvier et dure environ un mois. Par hasard, COOK amarre son bateau là où Lono fait usuellement son apparition. SAHLINS reconnaît que ce sont probablement les prêtres qui ont exalté ces associations d'idées auprès de la population. La troisième phase commence avec le non-départ de COOK, obligé de revenir à cause d'une tempête qui a endommagé gravement le mat de son navire. Ce retour est hors cadre, puisque le dieu Lono n'est censé revenir que l'année suivante. C'est à la fois le schéma culturel et la souveraineté royale qui sont mises en cause. Les prêtres sont satisfaits de ce retour, contrairement aux chefs, puisqu'il existe une certaine rivalité entre eux. Quoiqu'il en soit, la tension monte entre les deux civilisations, les anglais perdront le roi lui même en otage. SAHLINS voit ici une actualisation inversée de l'ultime épisode du rituel, normalement une sorte de lutte entre le roi et le Dieu Lono, duquel le roi sort triomphant. Le dieu Lono emporte le roi sur son propre bateau. Alors qu'il revient sur la plage avec le roi, COOK est assassiné par le peuple, et ses hommes s'enfuient. SAHLINS a même voulu identifier le meurtrier a partir du tableau de John WEBBER, l'artiste sur lors de l'expédition. Selon les descriptions physiques faites par les marins et l'homme sur le tableau, SAHLINS trouve le meurtrier dans un chef de second rang.

            Cette mort ne serait pas un simple accident de l'Histoire, mais reconstitue un schéma culturel hawaïen. SAHLINS maintient une double approche qui ne tranche jamais vraiment. Il fait tout d'abord preuve de prudence lorsqu'il décrit la situation en terme de « potentialités rituelles «, il utilise dans le même temps une approche plus mécanique, plus déterministe, c'est à dire que de ce point de vue, la culture est comme une sorte de programme social et mental qui aurait à traiter ces données que sont les événements. Autrement dit, la culture traite de manière automatique les événements en les incorporant à ses schémas. La culture est comme une machinerie qui digère automatiquement les faits. Il oscille entre ces deux postulats, la culture rigide ou souple. Toutefois, selon SAHLIN, COOK a véritablement été pris pour une manifestation du Dieu Lono. La déification du capitaine COOK est du fait des hawien.

 

OBEYERESEKRE est un anthropologue nait au Sri-Lanka. Il est professeur à l'université de Princeton aux USA. Il a publié des ouvrages sur sa culture natale en n'analysant non plus les plus les individus mais les mécanismes culturels. La controverse qui les oppose concerne, les habitants des iles de Hawaï ont-il pu confondre l'homme et le dieu ? SAHLINS affirme que les Hawaï ont simplement fait un amalgame, il appelle ce processus la « déification « ou « apothéose «. OBEYESEKERE va rejeter cette théorie et affirme qu'il est impossible que les hawaïens aient confondu l'homme et dieu. La déification est un fait des hommes blancs, ce serait donc un mythe produit par les Européens. Ce mythe servait à justifier l'idée d'une supériorité de l'homme blanc et donc de justifier l'impérialisme occidental. Au travers son attaque contre la thèse de la déification du capitaine COOK par les hawaïens, il dénonce ce qu'il considère être la participation de l'anthropologie à la légitimation de l'impérialisme occidental.

De plus, l'enjeu de la controverse est double. Elle concerne d'abord la manière dont l'occident, et en particulier les anthropologues, ont caractérisé les peuples dits primitifs, autrement dit il s'agit de poser le problème de la rationalité indigène. Le second élément concerne les rapports entre la manière dont l'occident envisage la pensée des peuples primitifs d'une part, et l'idéologie impériale et le colonialisme d'autre part, autrement dit, l'anthropologie affirmerait continuellement la supériorité des occidentaux.

Cette controverse a pour point de départ les travaux de SAHLINS sur Hawaï en 1778 et 1779, lors de son troisième et dernier voyage dans le pacifique, à l'âge de cinquante ans. Cette déification n'est pas une simple légende populaire, elle renvoie à une opinion bien établie des spécialistes de Hawaï. SAHLINS publie Island of History en 1785, OBEYESEKERE répond avec L'apothéose du capitaine Cook (...)

Cette polémique avait déjà fait entendre sa voix, toutefois elle était restée l'affaire de spécialistes, or, ici, l'ouvrage d'OBEYESEKERE a connu un franc et vaste succès. SAHLINS répondra donc avec son propre ouvrage paru en 1795 qui s'intitule « Comment les indigènes pensent ? « A propos du capitalisme par exemple. Au fur et à mesure qu'elle emplifiait, la controverse prenait une tournure de plus en plus personnelle. En effet, en 1797 OBEYESEKERE a re-publier son ouvrage en y ajoutant un chapitre à propos de la « dé-sahlinization «.

SAHLINS remet en question les rapports entre Histoire et structure. Cependant, ses analyses comportent certaines ambiguïtés, notamment sur sa notion de « structure «. SAHLINS veut réconcilier approche structurale et approche historique parce que jusqu'alors, le courant dominant, le structuralisme ignorait complétement l'Histoire en la plaçant hors du cadre de l'anthropologie. Pour lui il s'agit de définir un un mode d'interprétations anthropologique qui fasse jouer à la fois le permanent ou statique (d'ordre mental et inconscient) et l'événement ou le contingent (d'ordre historique). En ce qui concerne les ambiguïtés, s'il parle de structure dans le sens où l'entendra plus trad LEVI-STRAUSS, il s'agit d'un non sens puisque la structure lévistraussiennne a justement pour propriété le fait de ne pas avoir d'Histoire. Pour ce dernier, la structure ne se trouve pas dans la réalité mais dans la « tête «, c'est à dire dans l'esprit des gens qui ordonnent la réalité avec des oppositions binaires. Il aurait été utile de savoir de quelle structure parle SAHLINS, celle profonde et inconsciente, ou celle réelle et consciente.

 

            OBEYESEKERE est un spécialiste du Sri-Lanka qui n'a que très peu d'experience concernant le pacifique. Néanmoins, il a écouté un exposé de SAHLINS qui l'a motivé dans cette démarche. Au départ,  OBEYESEKERE était donc un sympathisant de ses idées. Son point de vue est critiquable et scandaleux sur au moins deux plans. Premièrement dire que les hawaïen ca revient à reproduire sans réfléchir un vieux mythe européen, celui de la déification du héros explorateur blanc par les indigènes. OBEYESEKERE pense également à Christophe COLOMB et à CORTEZ. Deuxièmement,  OBEYESEKERE considère que SAHLIS reproduit une certaine conception anthropologique occidentale à laquelle Lucien LEVI-BRUHL avait donné sa formulation la plus célèbre : « la mentalité primitive «. Cette conception veut que la mentalité primitive soit foncièrement différente de la mentalité occidentale. Il parlait de la mentalité primitive en utilisant les termes mystique et prélogique. Si elle est mystique c'est parce qu'elle attribue aux êtres et aux choses de la nature une force inhérente, une influence, un pouvoir, qui, bien qu'invisible, est efficient. Si elle est prélogique en ce sens qu'elle n'est pas sensible à la loi de la contradiction, comme nous. Ainsi, pour les primitives, une chose peut être à la fois une chose et une autre. Toutefois, les primitifs ne naissent pas prélogique et mystique, la société et leur culture leur permettent de le devenir. Chaque culture, chaque société insuffle à ses membres une vision du monde qui ne peut être ramenée à la notre, et qui doit être pensée en elle même et pour elle même. Cependant, cette proposition selon laquelle, à chaque culture correspond une rationalité propre s'est souvent trouvée réduite, chez SAHLINS et LEVI-BRUHL, à ce que l'on appelle « le grand partage «. C'est à dire que plutêt que de reconnaître les différences de chaque culture, on a séparé le monde en deux, les cultures primitives et l'ensemble occidental et moderne. On a opposé ces deux ensembles en les présentant comme foncièrement. La rationalité particulière dont parle SAHLINS pour justifier l'association par les hawaien ne s'applique pas seulement à ces derniers. Il l'applique à l'ensemble des peuples dits primitifs, parce que dans son ouvrage, afin de prouver sa thèse de la déification, il va puiser dans diverses sources. Il n'évoquera jamais la position symétrique, à savoir la déification des indigènes par les blancs. Occidentaux et primitifs sont donc séparer en deux blocs.

OBEYESEKERE pense que SAHLINS donne une vision du monde complétement éronné. Cette vision a plus avoir avec l'imaginaire occidental de la pensée primitive qu'avec la réalité. En colère, le srilankais, OBEYESEKERE lance des recherches sur la mort du capitaine COOK. Son livre est fait de trois éléments essentiels, une thése selon laquelle la déification n'a jamais eu lieu, une argumentation pour démontrer le bien fondé de sa thése, et il propose enfin une analyse alternative.

La déification du capitaine n'a jamais eu lieu en dehors de l'imagination des européens du XVIIIème siècle. OBEYESEKERE appelle cette association un « modèle mythique « qui traverse toute l'Histoire des explorations occidentales depuis le XVème siècle. Ce modèle a été repris inconscient aux travers les siècles dans les représentations qu'ont donné les européens de leur rencontre avec des primitifs. Ce faisant, il inverse par conséquent l'image couramment définie par l'anthropologie. Il veut montrer que dans ce cas, c'est la pensée européenne qui produit du mythe et non pas l'inverse. Selon, OBEYESEKERE entend par mythe, « une histoire qui concerne des dieux, des ancêtres fondateurs ou des héros, une histoire qui a un statut sacré, dans le sens ou elle ne peut être remise en cause «. COOK fait partie des mythes européens sur les héros ancestraux. Pour OBEYESEKERE, SAHLINS ne fait que reproduire ce mythe, en lien à l'idéologie de l'impérialisme occidental. A travers ce schéma mythique, les indigènes sont représentés comme s'ils reconnaissaient spontanément la prétendue nature supérieure de l'homme blanc. SAHLINS est donc accusé de perpétrer l'idéologie impériale occidentale.

Pour défendre sa thèse, OBEYESEKERE fournit une argumentation qui repose sur trois éléments principaux. Le premier argument est d'ordre conceptuel, le deuxième d'ordre logique et le troisième d'ordre méthodologique. OBEYESEKERE affirme que la notion même de déification est une notion européenne. Certains peuples ont pris les blancs pour des ancêtres, des démons(...) mais en résumant toutes ses attitudes à travers un seul et unique concept, celui de déification, SAHLINS fait équivaloir toutes les sociétés, et fait disparaître toutes les nuances d'interprétations de la part de indigènes, et on produit ainsi un effet de « grand partage « qui supprime les différences. Le deuxième argument concerne le personnage du capitaine lui même. En se représentant COOK a travers le mythe, les européens ont été amané à ignorer complétement la personnalité réelle du personnage. Il cherche à démystifier le personnage en montrant que lors de son dernier voyage, il ne se comporte pas vraiment comme le héros occidental que l'on imagine. Il a brutaliser les indigènes jusqu'à leur arraché une oreille ou brulé leur maison. La violence de COOK était telle que sur l'une des iles des chefs planifièrent même la mort de COOK. OBEYESEKERE se demande alors comment les indigènes hawaïens auraient-ils pu logiquement prendre pour un dieu bienfaisant et fécondant cet homme violent ? En soulignant la cruauté du personnage, il veut montrer qu'il est impossible que les hawaïens l'ai prit pour un dieu, il introduit donc ici, la rationalité pratique. Cette notion il l'empreinte à Max WEBBER, il la nuance toutefois comme étant « la capacité humaine à envisager différentes possibilités, à faire des choix et à décider «. Ce qui veut dire que les indigènes ne sont pas des machines à reproduire des schémas culturels, mais comme les européens, des individus dotés d'une rationalité pratique. Ainsi, lorsque COOK et ses deux navires surviennent à Hawaï, la situation ne ressemble en rien au mythe. Ils ne sont pas tahitiens, ils ne parlent pas la même langue, ils arrivent dans des bateaux, ils ne peuvent pas avoir réagi en plaquant méthodiquement un schéma culturel sur l'arrivée de COOK. En effet, trop de chose rendant irrecevable cette superposition, ceci témoigne de la capacité des hawaïens à produire un raisonnement censé et réfléchi. Elle est pour l'anthropologue un moyen de rendre les indigènes un peu moins exotiques et de les penser comme partageant avec nous, de mêmes disposition cognitives.

            ZIMMERMAN, dans son article affirme que plutôt que de parler de « rationalité pratique «, OBEYESEKERE aurait du parler « d'agency «, terme qui désigne la capacité des individus à penser et faire leur propre histoire, à réagir activement aux circonstances et à prendre des décisions. Au travers cette notion, OBEYESEKERE s'elève toutefois contre la conception de SAHLINS qui considère les indigènes comme étant prisonniers d'une structure culturelle rigide. SAHLINS, en employant le terme de mythopraxis parle de l'accomplissement du mythe dans la réalité des indigènes. OBEYESEKERE et ZIMMERMAN refuse cette notion. OBEYESEKERE parlera plutôt d'une conception culturologique, qui ne laisse peu de place à la réflexion et à la flexibilité des indigènes. Elle ne montre pas la diversité des possibles qui peuvent émerger d'une situation et elle ne rend pas compte de la multiplicité des actions et réactions qu'auraient pu avoir les indigènes face à la situation. L'erreur est de se représenter la culture sur le modèle de langue, un système cohérent de signes réglé par des principes fixes, la parole elle c'est une actualisation de la langue qui peut prendre des formes variables, laissant ainsi la place à la créativité.

Le troisième argument est d'ordre méthodologique. OBEYESEKERE va s'attacher à démonter que SAHLINS sur interprète et manipule les données pour étayer la thèse de la déification. L'interprétation n'est corroborée par aucun des textes qui servent de sources primaires (les récits de voyages) sur les derniers jours de COOK. L'idée aurait donc été prononcée après coup. Ce serait d'abord les anglais, qui, un an parés la mort de COOK aurait commencé à replacer les événements d'Hawaï. Dans le schéma mythique de la déification indigène de l'Homme blanc. Dans les années 1820, les hawaïens auraient assimilé cette vision des choses sous l'influence des missionnaires européens. OBEYESEKERE considère que SAHLINS a terriblement manqué de sens critique vis à vis de ses sources. SAHLINS ne tient pas compte du fait que la version serait née sous l'influence des missionnaire, il aurait ainsi, naïvement reproduit un anachronisme majeur des sociétés hawaïennes. OBEYESEKERE dénonce le fait que toute chose mentionnée dans les sources, est considérée comme véridique par SAHLINS si elle permet d'étayer la thèse de la déification. SAHLINS a renversé le processus de découverte qui caractérise normalement la recherche, au lieu de partir de la réalité pour établir une théorie, il a pris le chemin inverse. C'est en ce sens que l'on peut assimiler les travaux de SAHLINS à de la sur interprétation, il y aurait chez lui une cratine mauvaise foi scientifique Il ne fait pas que manipuler les sources, il aurait même inventé des choses, par exemple, le fait de la mort rituelle de la mort du dieu Lono à la fin de la saison « makaiki «. Pour OBEYESEKERE, la mort du capitaine est un simple assassinat lié aux tensions très fortes entres les britanniques et les hawaïens. SAHLINS fait ce que RADCLIFFE-BROWN avait appelé de la pseudo histoire, c'est à dire de l'histoire spéculative. Ce sont des reconstructions basées sur des hypothèses. Ces chercheurs diffusionistes tentèrent en effet de reconstruire l'histoire de l'humanité grâce à des éléments intangibles, et invérifiable.

            A son trou OBEYESEKERE donne son analyse. Il suggère que les hawaïens n'auraient pas déifier COOK mais l'aurait introduit comme « grand chef «, puisque le nom de « Lono « est également celui que l'on donne aux chefs. Le rituel que COOK va subir serait un rite d'installation en tant que chef et non un hommage à son caractère divin. De plus, les grands chefs sont souvent déifiés post mortem. Si les hawaiens l'ont parce que le roi de Hawaï aurait voulut solliciter l'assistance de COOK pour combat. Après avoir refusé, fui et être revenu, les choses auraient dégénérées.

 

            SAHLINS, dans son ouvrage de 1795, va démolir une à une rageusement les critiques qui lui sont adressées, à l’exception du seul à propos duquel il reste mystérieusement silencieux. Il affirme que l'interprétation d'OBEYESEKERE n'est que pure conjecture, et que lui aussi manipule les sources : il n'existerait aucun rite d'intronisation d'un chef. On a aucune trace d'une soit disant demande d'assistance aux britanniques, aussi on n'a pas de preuve de la famille. De toute évidence OBEYESEKERE fait lui aussi de la pseudo histoire, il pratique l'anthropologie pidgin (= forme primaire et bancal d'anglais). Il accuse OBEYESEKERE de produire à travers son interprétations, une fiction historique et « une ethnographie de fortune « (= « makeshift ethnography «).

De plus, il critique la posture générale d'OBEYESEKERE. Il voit ici une véritable négation de l'anthropologie, OBEYESEKERE prétend se faire le porte parole d'indigènes malmenés par les représentations anthropologiques. D'après SAHLINS, il efface la singularité de la culture hawaïenne et la ramener à des notions européennes. Il refuse l'idée de « rationalité pratique « comme la définie OBEYESEKERE, qui projet sur les indigènes une valeur européenne historiquement datée puisqu'elle remonte aux doctrines anglaises de l'empirisme et de l'utilitarisme avec les philosophes LOCKE et HUME (XVIIème et XVIIIème). Pour SAHLINS la rationalité pratique, n'est pas autre chose que la rationalité bourgeoise de l'occident. En même temps, OBEYESEKERE aurait en plus de transformer les hawaïens en bourgeois, il aurait transformé les occidentaux en indigènes, « reproduisant sans fin les croyances irrationnelles de leurs ancêtres «, le mythe de la déification. SAHLINS considère qu'OBEYESEKERE en avançant ces idées fait preuve d'ethnocentrisme inversé. Ce faisant, cela représente une négation de l'anthropologie et une violence symbolique exercée sur les autres puisque cette approche prive les autres, ici les hawaïens, de leurs spécificités culturelles.

 OBEYESEKERE aboutit également à priver les hawaïens de parole. En effet, si l'on suit les idées OBEYESEKERE, les hawaïens auraient naïvement assimiler et reproduit le mythe occidental de la déification. OBEYESEKERE pose, que parce qu'il est originaire du Sri-Lanka, qu'il lui serait plus facile de comprendre le point de vue des hawaïens. Il pose ici la question de la nativité.

 

            OBEYESEKERE reprendre les attaques de son adversaire à son compte. Ici se confrontent deux styles de faire de l'anthropologie. OBEYESEKERE va admettre qu'il pratique une ethnographie de fortune, qu'il a produit une fiction, mais pour lui, toutes ces expressions définissent parfaitement ce qu'est le travail anthropologique. Le travail anthropologique est une « dialectique hésitante entre des constructions, des reconstructions «. Il admet explicitement le caractère conjectural de son interprétation. En ceci il s'oppose à SAHLINS qui est persuadé d'avoir la vérité,

Cours avec Ghislaine GALLENGA

 

            Franz BOAS est l'un des pères de l'anthropologie américaine moderne, entre les années 1890 et les années 1920. Il a donné une orientation à l'anthropologie en opposition à celle qu'emprunté l'évolutionnisme. Il prendra le contre pied de cette conception de la culture pour etre le premier à parler de la culture au pluriel. Il soutient que chaque culture a son histoire, il faut l'étudier en elle même et pour elle même. BOAS est aussi à l'origine du renouvellement du cadre institutionnel de la discipline. Le nouveau cadre est avant tout universitaire avec le développement aux USA d'enseignements, puis de départements en anthropologie. Il a été au cour du mouvement de profesionnalisation de l'anthropologie américaine, qui passe non seulement par la mise en place d'institution universitaires, mais aussi par la mise en place de revue spécialisées, de colloque. Jusqu'à lui, l'anthropologie était du fait d'amateurs avertis. Après lui, on parle d'une communauté. Il crédibilise l'anthropologie aux yeux du public. Il est activement impliquée dans certains débats de son époque. Il a participé aux débats auxquels l'anthropologie comme il la concevait lui même était susceptible d'amener des réponses, et non pas la simple expression d'idéologie ou de préjugés. La discipline lui a servi d'arme pour répondre à la question de la race. Il est l'un des principaux intellectuels qui a permis de sortir de la conception de la race telle qu'elle s'était imposée au XIXème siècle aux USA. Il a permit de passer de l'idée d'un déterminisme physique, à un déterminisme culturel.

BOAS est né en 1858, au nord ouest de l'Allemagne. Les origines juives de BOAS vont le desservir, un certain nombre de critique conservatrices s'élèvent contre cette modernité et ceux qui l'a font avancé, soi disant, les juifs. Cette antisémitisme le pousse à quitter l'Allemagne dans les années 1880, où les juifs étaient plus acceptés. Cette expérience va produire chez BOAS une empathie à l’égard des peuples stigmatisés et rabaissés (noirs USA / juifs ALL). Ses connaissances universitaires lui serviront lors de ses grandes enquêtes et lui fourniront une certaine vision des science de la nature, qu'il distinguera des sciences humaines. Comme la physique, les sciences de la nature sont en quête de lois générales. Les sciences humaines, au contraire s’intéressaient à la description des phénomènes en eux même et pour eux même. Ainsi, la distinction de BOAS n'est pas valable, parce que l'anthropologie se constitue dans une tension et une interaction entre une étude des cas singuliers et des lois générales. A la suite de son doctorat en physique, il se détourne des sciences de la nature pour s'intéresser à l'Homme au travers la géographie, l'ethnographie... Ces années orienteront sa carrière scientifique.

Suite à des expériences, BOAS, se tourne peu à peu vers l'ethnologie. En 1882/1883 BOAS rencontre à Berlin un scientifique de premier plan, Rudolf VIRCHOW qui le formera. Il était médecin spécialiste des pathologie, et grande figure de l'anthropologie physique allemande. Cette dernière se questionnait notamment sur les caractéristiques qui permettraient de distinguer les différentes races. Son leader était une figure de la gauche qui refusait les théories de hiérarchisation entre les races humaines. Il considérait les hommes comme des frères égaux. Il s'éleva contre l'antisémitisme, puis contre les doctrine qui cherchaient à regrouper une race pure, les aryens. Il refuser de généraliser à partir de quelques cas. Le séjour de BOAS chez les Eskimo est la source de son intérêt pour la géographie. Il avait projeté son voyage pour tenter de répondre à la question de la relation entre la topographie réelle (organisation naturelle de l'espace et  du paysage) et la connaissance que développe l'homme de son environnement physique. Autrement dit, la relation entre réalité physique et perception culturelle. Il cherchait à comprendre la connaissance du milieu qu'avait une population, et l'influence de cette dernière sur les migrations et les rapports avec les populations voisines. Certains ethnologues ont eu tendance à projeter sur cette expédition leur propre expérience de terrain. Elle est conçue comme provoquant un choc qui bouleverse la vision du monde de l'anthropologue. Pour BOAS son expérience n'a pas du tout cet effet, et publie donc à son retour en 1885 une monographie d'orientation géographique et pas ethnologique. Néanmoins, ce séjour à conforter BOAS dans l'idée qu'il se faisant de la relativité de chaque point de vue et donc l'impossibilité d'établir une hiérarchie de valeur entre les populations. Il découvre en effet, une population plus humaine que les européens sensés leur être supé rieur (cultivés, dans le sens ou culture signifie civilisation). BOAS devint donc plus sensible à la relativité et aux caractères arbitraires des comportements coutumiers. Se trouvant déçu des conclusions qu'il établi dans sa monographie géographique, il a réalisé que la compréhension des comportements humains exigeait une étude plus approfondie. Cette étude commence par une étude de l'Histoire, ce glissement se produit sous l'influence d'une troisième expérience, à savoir l'année qu'il va passer sous la direction de l'ethnologue Adolf BASTIAN au musée royal ethnographique de Berlin. BASTIAN est titulaire d'un doctorat en médecine. De 1851 à 1859, BASTIAN entreprit un voyage autour du monde dont il ne revient que pour repartir. Il joua un rôle de premier plan dans l'institutionnalisation de la discipline. Le cadre théorique était en affinité avec l'approche que BOAS développé plus tard, pour BASTIAN il existait une « pensée élémentaire « universelle faite d'une gamme limitée d'idées ou de chaines de pensées qui étaient communs à l'ensemble de l'humanité à travers l'espace et le temps. Il soutenait le principe de l'unité psychique de l'humanité. Néanmoins, ces idées n'étaient jamais présentées à nues, elles étaient toujours exprimées, formulées, orientées de manière spécifique à travers le mode de pensée particulier à chaque groupe ethnique. L'orientation de la pensée d'un groupe ethnique, c'est ce que l'on appelle aujourd'hui, la culture. BASTIAN développe donc la notion de « province géographique « (= « aires culturelles « pour les diffusionnistes), une région d'environnement physique homogène qui produisant des formes culturelles similaires. Il s’intéressait également aux facteurs historiques, c'est à dire aux échanges que les population vivent en direct. Il refuse l'opposition entre les sauvages et les civilisés, puisque les schémas d'évolutions sont, selon BASTIAN aussi divers que les cultures de l'humanité. L'ethnologie devait d'abord se concentrait sur des données pour appréhender la diversité et donc, des lois générales de la pensée humaine.

BOAS décide de partir en Colombie britannique entre 1886 et 1900, le terrain indien constituera le cœur de ses enquêtes et sera la source principale de ses publications proprement ethnographiques. Il quitte son pays en 1887, à la fois pour se marier avec une femme new-yorkaise, mais surtout pour bénéficier d'un contexte plus ouvert pou un universitaire juif. Jusqu'en 1895, il vécu dans une relative précarité professionnel, qui ne l’empêcha toutefois pas de publie des ouvrages sur les linguistiques, la mythologie... En 1895, il obtient un poste au Musée Américain d'Histoires Naturelles à N-Y, en 1896, il est nommé maitre de conférence à l'université de Columbia à N-Y.

            A propos de l'anthropologie américaine, trois éléments se dessinent. Le premier c'est le champ que regroupe l'anthropologie au sens américain du terme. Il expliquera dans un texte de 19808, que l'anthropologie devrait théoriquement regroupé toutes les disciplines tournées vers la compréhension de l'homme. En s'intéressant à des aspects de l'étude de l'homme que les disciplines déjà existantes négligeaient . L'anthropologie traite ainsi, des différents types physiques d'hommes ayant habités le monde dans le passé et dans le présent (= anthropologie physique), elle traite de l'étude des peuples primitifs, ceux sans histoire écrite (= ethnologie et linguistique), et enfin, les vestiges laissés par les premières sociétés humaines (= archéologie). BOAS parviendra de manière exceptionnelle à une maitrise des différentes composantes de l'anthropologie, il produira des travaux sur trois des quatre domaines de l'anthropologie (sauf archéologie). Le modèle théorique dominant, comme en Europe, c'est l'évolutionnisme. Une partie essentielle de l’œuvre scientifique de BOAS va consister en la remise en cause de cette approche, au profit de ce que l'on appelle aujourd'hui le culturalisme. L'aire privilégiée de l'anthropologie américaine, c'est le patrimoine humain et culturel vivant du continent nord américain. En 1879, est crée à Washington, le Amercan Bureau of Ethnology qui est placé sous la direction de John-Wesley POWELL, un évolutionniste notoire.

Le second élément met en avant le paysage institutionnel de l'anthropologie américaine. Le premier doctorat d'anthropologie sera délivré en 1892, par BOAS. L'anthropologie américaine va s'arque boutée sur deux autres types d'institutions, le musée et la société savante (= amateurs d'anthropologie regroupés en plusieurs sociétés savantes locales, qui rassemble des individus aux connaissances et aux compétences tres variables. Ces individus ne travaillent pas dans le domaine de l'anthropologie, ce sont généralement des scientifiques). BOAS avec d'autres, va dépasser ce système très local d'association savante pour créer une association nationale d'anthropologie au début du XXème siècle.

Le troisième et dernier élément découle des deux premiers, il s'agit de « l'amateurisme «. Dans le champ de la linguistique, BOAS réfute le travail des missionnaires, qui eux, en résidant durant une longue période sur place, ont pu établir des glossaires et grammaire de langue indienne, néanmoins inexploitable pour les anthropologues.

            BOAS va contribuer  une modification radicale de l'anthropologie américaine notamment grâce à la controverse qu'il déclencha, peu de temps après son arrivée aux USA. Il va tout d'abord  monter sa différence en s'attaquant à une institution clé de l'anthropologie américaine, en s'attaquant aux musées. Il remet en cause les collections, ce faisant, en 1881, il ouvre à Washington, le United State National Museum. Selon MASON : « des causes similaires, produisent des effets similaires «, en découle le principe qui devait présider dans les musées, soit le regroupement des objets en espèces technologiques. C'est à propos de ce rapport que BOAS va lancer une controverse en publiant ses rejets dans la revue Science en 1887. Pour lui, la pensée d'un groupe ethnique constitue un tout à considérer dans sa globalité, et va donc lancer une attaque directe contre MASON. Il est rare que l'on puisse prouver ce que disait MASON, à savoir que des causes similaires produisent des effets similaires. Les éléments qui affectent le fonctionnement de la pensée humaine, sont si nombreux et complexes, qu'il est très improbable que l'on puisse retrouver dans deux populations des causes identiques. Le raisonnement de MASON est de type déductif, il tire des conclusions sur des faits à partir d'un cadre théorique pré-établi. La proposition de MASON sur les paramètres de l'invention indépendante, représente selon BOAS représente un choix idéologique en lien avec la perspective évolutionniste, plutôt qu'une véritable analyse empirique. BOAS défend une proposition contraire, à savoir que des causes différentes, peuvent produire des effets similaires. Il s'agit de faire l'étude in-situ, l'étude empirique, de l'Histoire du rôle et de la fonction d'un objet dans son environnement afin d'en saisir le sens. BOAS «  chaque société a son propre style. Il y a une unité psychique de l'humanité, mais chaque société se développe de sa propre façon «. Il est à l'origine d'une véritable controverse, dans la mesure ou MASON, publiera une réponse. De plus, J-W POWELL est intervenu aussi dans le débat afin de soutenir les thèses évolutionniste (du coté de MASON). Cette controverse est le premier acte du processus qui va conduire BOAS a formuler le concept de culture au sens d'un tout ayant sa propre histoire, ses propres logiques.

En 1895/1896, BOAS a un double poste qui va lui permettre de déployer ses théories. BOAS concevait l'université comme le lieu de formation de spécialistes compétant, quant au Musée, il devait donner l'occasion au grand public de prendre conscience de la relativité des cultures, et il s'agissait de contrecarrer les effets du « saloon et de la piste de course «, c'est à dire, élargir les horizons du grand public. Il devait permettre de former des étudiants. Ils ont préféré développer un mode d'expression populaire qui accroisse la fréquentation du musée. Entre 1890 et 1910, BOAS a toujours défendu les prérogatives et compétences du spécialiste face aux prétentions de l'administrateur. BOAS démissionne donc. Le centre nerveux de l'activité de BOAS, sera plutôt que le musée, le département d'anthropologie de Columbia crée après son arrivée entre 1896 et 1899, où seront formés BENEDICT, KROEBER, MEAD... Le département fut le premier du genre, et se développa lentement. En 1911, BOAS avait seulement sept étudiants en thèse. Une partir importante de son temps fut consacré aux institutions de l'anthropologie (administration et financements). A partir des années 1900, il va superviser des projets des recherche dont il s'occupera de faire publier les résultats. 

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