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Quelles sont les conditions du Bonheur dans la société?

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La publication du rapport de la Commission sur la « mesure des performances économiques et du progrès social « (dit rapport STIGLITZ, du nom du prix Nobel d'économie qui l'a dirigé), invite à se poser la question du Bonheur dans la société.

Quelles en sont les conditions, à titre collectif, et à titre individuel?

 

Le Bonheur est une valeur universellement recherchée!!!

Il est défini par le dictionnaire Larousse comme un 'état de complète satisfaction, de plénitude'.

 

Mais obtenu par la réalisation de  quel objectif ????

Amour? Famille? Liberté? Réussite? Mariage? Oisiveté? Passion? Cocooning? Sérénité? Voyage? Argent? foi? Vacances? Shopping? Chance? Sécurité? Nouveauté? Gastronomie?...

 

Possède-t-on des instruments de mesure du niveau de Bonheur????

 

Les neurosciences trouvent-elles des traces cérébrales du Bonheur????

 

En médecine, stress et anxiété sont responsables d'effets  corporels négatifs

… alors que le Bonheur est responsable d'effets corporels positifs

 

On sait générer stress et anxiété, mais comment générer le Bonheur????...      

Y-a-t-il des recettes liées à notre environnement, à nos comportements, à nos pensées, des actions neurochimiques ou chimiques?

 

Bien avant que les économistes et les médecins s'intéressent à ce qui fait notre Bonheur, les penseurs, les philosophes, les écrivains, se sont penchés sur cette question. Ils ont apporté en réponse leurs visions de l'humain et de la société. C'est déjà une première approche du problème.

 

Approche PHILOSOPHIQUE :

 

« être heureux, c'est se contenter de peu « (Epicure, philosophe, -342 à -270)

 

« ce ne sont pas les beuveries et les orgies continuelles, les jouissances des jeunes garçons et des femmes, les poissons et les autres mets qu'offre une table luxueuse, qui engendrent une vie heureuse, mais la raison vigilante, qui recherche minutieusement les motifs de ce qu'il faut choisir et de ce qu'il faut éviter et qui rejette les vaines opinions, grâce aux-quelles le plus grand trouble s'empare des âmes « (Epicure)

 

« le bonheur ne consiste pas à acquérir et à jouir, mais à ne rien désirer, car il consiste à être libre « (Epictète, philosophe stoïcien, 50 à 127)

 

« la jouissance du Bonheur amoindrira toujours le Bonheur « (Honoré de Balzac, écrivain, 1799 à 1850)

 

« dès qu'un homme cherche le Bonheur, il est condamné à ne pas le trouver. Quand il parait être dans l'avenir, songez-y bien, c'est que vous l'avez déjà. Espérer,  c'est être heureux « (Alain, philosophe, 1868 à 1951)

 

« le Bonheur, on ne le trouve pas, on le fait. Le Bonheur ne dépend pas de ce qui nous manque, mais de la façon dont nous nous servons de ce que nous avons « (Arnaud Desjardin, écrivain, 1925 - )

 

« le vrai Bonheur ne dépend d'aucun être, d'aucun objet extérieur. Il ne dépend que de nous... « (Tenzin Gyatso, dalaï-lama, 1935 - )

 

Approche SOCIO-ECONOMIQUE : (qui mesure principalement des facteurs externes, facteurs dont la satisfaction est source de plaisir...)

 

Ce qui rend heureux Ce qui ne rend pas heureux

Les femmes sont globalement plus heureuses que les hommes (sauf dans les pays en voie de développement)

Mariés > seul > divorcé ou veuf

Le travail : met à l'abri du besoin et source de liens sociaux

Religion

Engagement associatif

Famille et amis. Produire et consommer

le niveau d'éducation

avoir ou non des enfants

la télévision

 

Les facteurs fluctuants

L'âge : l'adolescence?... Chez l'adulte, la satisfaction décroit avec l'âge, mais remonte vers 40/45 ans.

L'argent... jusqu'à un certain niveau (paradoxe d'Easterlin) et surtout la comparaison avec autrui du même âge.

 

Santé? Espérance de vie?

 

« Ce qui rend heureux dans la croissance, ce n'est pas d'avoir plus d'argent et consommer plus, mais c'est l'impression que demain sera plus qu'aujourd'hui. C'est l'anticipation du progrès, la projection dans le futur qui rend heureux.... On a besoin de progresser pour être heureux « (Claudia Senik, Professeur d'économie Paris Sorbonne)

L'utopie communiste de « travailler pour des lendemains qui chantent « aurait donc pu être génératrice de Bonheur?????… En tout cas, l'intuition d'Alain, philosophe, est confirmée par les économistes : l'espoir rend heureux...

 

Approche MÉDICALE : 

 

Le Bonheur peut être perçu comme  une harmonie, un bon fonctionnement avec le réel extérieur.

Mais le bon fonctionnement fait référence aussi à la machinerie psychique, supportée par l'architecture neuronale et son activité chimique et électrique.

 

« Le Plaisir est la satisfaction d'un besoin, alors que le Bonheur est un état d'être et de sérénité qui vient de l'intérieur de soi «. (Jacques Fradin, enseignant en neurosciences)

En imagerie cérébrale ; le Plaisir active essentiellement les zones postérieures de notre cerveau, tandis que le Bonheur active la zone Pré Frontale (partie antérieure du cerveau)

 

Le plaisir serait donc la prime accordée à la satisfaction d'un besoin physiologique par des centres nerveux archaïques (présents de longue date dans l'évolution des espèces), alors que le Bonheur représenterait une gratification plus complexe, plus cérébrale, apparue plus tardivement dans l'évolution des espèces et contemporaine du développement du télencéphale?

 

« Le Bonheur n'est pas une succession ininterrompue de sensations plaisantes, mais une manière d'être, (attitude face à la vie? Personnalité?) , qui offre des ressources pour gérer les hauts et les bas de l'existence « (plasticité? Adaptabilité?) (Matthieu Ricard, neuroscientifique et Bouddhiste)

 

LE SENTIMENT DE BONHEUR SERAIT CRÉE PAR :

 

10 à 15 % de facteurs externes (ce que cherchent à mesurer les socio-économistes)

85 à 90 % de facteurs internes : notre génome, nos pensées, nos comportements (auxquels s'intéressent les neuroscientifiques et sur lesquels on aimerait avoir des actions médico-psychologiques)

 

Quelle est la base neuro-anatomique des facteurs internes?

Les IRMf de sujets heureux montrent une activation des zones cérébrales suivantes :

Cortex Pré Frontal gauche

Cortex Cingulaire

Insula (cortex insulaire)

Amygdale,

sans qu'il ne faille considérer que le siège anatomique du Bonheur se limite à la localisation de  quelques aires cérébrales...

 

« Un cerveau heureux se façonne dès l'enfance,

…... Dès la dernière semaine de grossesse, la qualité de l'environnement affectif du bébé imprègne ses neurones... C'est cette imprégnation précoce qui donnera plus tard, le goût du Bonheur, ou du Malheur. «

…... En présence de parents peu stimulants (dépressifs ou qui isolent l'enfant), des trous apparaissent dans le développement de l'arborescence neuronale et la synaptogénèse. Une fois les circuits formés, il en restera une trace. (Boris Cyrulnik)

 

Une personne dont le câblage neuronal a été façonné dans un sens, aura toujours tendance à rester sensible à  certains modes de fonctionnement.

On peut cependant espérer infléchir cette tendance en remaniant les circuits neuronaux, même à l'âge adulte. (Méditation d'inspiration bouddhiste, approche cognitivo-comportementale, psychanalyse, rédaction de ses mémoires, investissement dans la religion...). 

« Tout travail qui permet au cerveau de remanier son empreinte biologique est un pas vers le Bonheur « (Boris Cyrulnik)

 

La méditation favorise la régulation de l'attention et le développement de la compassion, deux composantes clef du Bonheur selon la tradition bouddhiste (études en IRMf des zones d'activation dans le cerveau des moines bouddhistes en réponse à des stimulations, comparé à une population témoin)

« La sagesse et l'amour altruiste sont les deux piliers du bouddhisme. La sagesse naît d'une compréhension juste de la réalité, sans distorsion (cognitive ou émotionnelle). L'altruisme, est une situation dans laquelle tout le monde est gagnant. On ne peut pas faire ''son Bonheur à soi tout seul'', car en rendant les autres misérables, on se rend misérable. La recherche d'un bonheur égoïste est vouée à l'échec, car elle est en désaccord avec la réalité qui n'est pas constituée d'entités autonomes mais interdépendantes « (Matthieu Ricard)

 

Piste pour prévenir la dépression? Pour soulager le « burn out « des soignants face à la souffrance? 

 

L'approche cognitivo-comportementale : les neurosciences ont mis en évidence l'existence de deux types de fonctionnement cérébral. Le mode automatique, géré par le cerveau limbique et le néo-cortex sensori-moteur, qui met en œuvres nos habitudes et nos apprentissages. Mais il ne s'adapte pas aux situations. Le mode Pré Frontal, (siège des fonctions exécutives), intelligent, qui nous rend créatif et capable de « sang-froid « même quand tout va mal.

L'approche cognitivo-comportementale, aspire à nous entraîner à basculer au quotidien du mode automatique au mode intelligent, pour surmonter les difficultés et apprécier le moindre petit plaisir.

 

Concrètement, il faut entraîner son aptitude à :

 

accepter le changement et l'échec,

nuancer la réalité et en relativiser l'importance,

chercher à comprendre les situations de la vie,

assumer ses actes,

être curieux

 

Quelque soit la méthode utilisée, il n'y a pas moyen d'échapper à l'effort. 

 

Les études analysant l'impact de notre style de vie sur notre santé mentale, concluent que le progrès technique a privé notre cerveau de la ''récompense liée à l'effort'', cette ''satisfaction du travail accompli'' ressenti lorsque nos efforts physiques et psychiques aboutissent à un résultat tangible.

A force de mener une vie assistée par les machines, et de consommer des produits finis, le circuit cérébral de la tâche concernée s'endort (Cortex Pré Frontal pour la résolution du problème, Striatum pour la régulation des mouvements automatiques, Noyau Accumbens pour la récompense et la motivation)... Inversement, tout effort qui se solde par un résultat, renforce l'impression de contrôler son environnement, et apprend au cerveau une stratégie qu'il peut réutiliser pour affronter d'autres épreuves.

 

« Il n'y a pas de recette miracle, être Heureux exige des efforts, du temps, de la résolution et une certaine dose de discipline « (Sonia Lyubomirsky, laboratoire de psychologie positive, université de Californie)

 

12 stratégies de changement : 

Pratiquer des actes altruistes

Consacrer plus de temps à une activité qui engagement

Approfondir ses liens sociaux (et non les multiplier)

Tenir un journal de ''gratitude''

Noter régulièrement son avenir idéal

S'empêcher de se comparer aux autres

Choisir de 1 à 3 but et leur consacrer du temps

Se débarrasser de son ressentiment

Trouver la stratégie qui convient pour combattre de stress

S'intéresser à une religion (ou une philosophie)

Prendre soin de son corps

Penser à rire ou profiter des petits bonheurs de la vie … et les partager!

 

Ces 12 stratégies sont tout à fait opérantes pour augmenter le niveau de Bonheur des sujets ‘‘normaux’’, et prévenir la toxicité du stress chez les sujets fragiles....... 

 

EFFETS DU BONHEUR SUR LA SANTE :

 

En médecine, stress et anxiété sont responsables d'effets  corporels négatifs

… alors que le Bonheur est responsable d'effets corporels positifs.

Le Bonheur semble améliorer la longévité... de 7 à 10 années!

Le Bonheur réduit la prévalence des accidents cardio-vasculaires.

Diminuerait le risque de cancer du sein.

 

Le Bonheur cache souvent des comportements différents du reste de la population : vie plus responsable, surveillance du poids, pratique sportive, moins de consommation de tabac et d'alcool...

 

Mais le Bonheur semble agir directement sur l'organisme, par une cascade d'effets psycho-neuro-endocrino-immunitaires. 

Les pensées négatives génèrent dans le cerveau la peur, la colère, l'anxiété... qui activent le cortex Pré Frontal droit, stimulant par là les circuits Ortho Sympathiques du Système Nerveux Autonome. Le corps est mis sous tension, en alerte, le taux de cortisol augmente... (augmentation de la glycémie, augmentation du fibrinogène,...)

Inversement, les pensées positives, génèrent de émotions agréables, qui activent le cortex Pré Frontal gauche, puis les circuits Para Sympathiques, qui commandent le relâchement du corps, la mise en branle de ses systèmes réparateurs, la mobilisation de ses défenses immunitaire.

 

Si le Bonheur apporte tant d'effets positifs, et s'il est donc souhaitable de favoriser son émergence, il ne faut pas que cette aspiration légitime se mue en obligation d'être heureux, ne devienne une ''tyrannie du Bonheur''. Mettre la pression sur des malades pour qu'ils gardent le moral au beau fixe serait injuste, car la guérison n'est pas garantie. Les gens qui malgré leur efforts n'arrivent pas à surmonter leur peine, ajoutent à leur mal être initial la culpabilité d'être incapable d'adopter la bonne attitude (Barbara Held, les effets négatifs de la positive attitude)

 

Un excès de Bonheur peut aussi être néfaste. Les gens ''simplement heureux'' ont une vie plus longue que les gens ''très heureux''. 

Peut être que l'optimisme débridé des gens très heureux les a poussé à négliger des symptômes d'une maladie, à prendre les mises en garde de leur médecin à la légère, ou à tarder pour suivre un traitement.... C'est le cas de sujets hypomaniaques.

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