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Capitale de la douleur. Recueil poétique de Paul Éluard (résumé de l'oeuvre & analyse détaillée)

Publié le 24/10/2018

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Capitale de la douleur. Recueil poétique de Paul Éluard, pseudonyme d'Eugène Paul Grindel (1895-1952), publié à Paris chez Gallimard en 1926.

 

Éluard réunit dans son premier grand recueil de l'époque surréaliste des poèmes publiés séparément en plaquettes sous les titres : Répétitions, paru en 1922 à la librairie Au Sans Pareil, en collaboration avec Max Ernst, qui propose des dessins en contrepoint ; Mourir de ne pas mourir, « dernier livre » publié chez Gallimard en 1924, à la veille de son départ pour un mystérieux voyage autour du monde. La troisième section, « les Petits Justes », qui figurait déjà dans la plaquette Mourir de ne pas mourir, reprend partiellement les « onze haïkaï » de Pour vivre ici publiés en 1920, tout comme la dernière section des « Nouveaux poèmes », qui comprend en outre des textes de Au défaut du silence primitivement publié en 1925 de manière toute confidentielle, et illustré anonymement par Max Ernst. Éluard renonce ainsi au silence qu'il s'était imposé. Breton, à qui était dédié Mourir de ne pas mourir, dans le prière d'insérer repris dans Point du jour, célèbre la « passion » et

l'« inspiration » des « mouvements du cœur » que le recueil laisse affleurer.

 

La structure de Capitale de la douleur suit à peu près la chronologie des prépublications, de sorte qu’il serait vain d’y chercher une « architecture secrète » concertée. L’unité thématique et stylistique de l’ensemble, très sensible, permet toutefois de discerner une évolution, en particulier de la première section, « Répétitions », aux trois suivantes, « Mourir de ne pas mourir », « les Petits Justes ». « Nouveaux Poèmes ». « Répétitions », par la typographie de ses vers centrés au milieu de la page, souligne la discontinuité d’une écriture vouée à la fulgurance et à l’ellipse, plus proche du style de Breton, voire de Char, que de celui, fluide et harmonieux, auquel Éluard habitue le lecteur dès « Mourir de ne pas mourir». Contrairement aux recueils ultérieurs. Capitale de la douleur fait éclater la syntaxe par de fréquentes anacoluthes. De l’amplification de la forme poétique témoigne alors la récurrence du poème en prose, rare dans la première section, et surtout la disposition stnophique qui permet une métrique régulière ou quasi régulière (alexandrin). De façon générale, les poèmes sont assez longs, favorisant le développement tout musical de « variations » thématiques fondées sur la répétition : « Dans un coin... » (\"Max Ernst\"), « Il y a » (\"Dans la danse\"), etc, Le titre de la section « Répétitions ». qui renvoie aux échos et reflets du texte et de l’image, prend également la valeur d’un commentaire en abyme du poème et annonce le style litanique de Poésie ininterrompue ( 1946). Cette tendance, un temps contredite par les « haikai » des « Petits Justes ». est largement confirmée par les « Nouveaux Poèmes », où s'imposent à égalité le poème en prose et le poème strophique, avec une prédilection pour le quatrain, parfois rimé. Cette continuité stylistique sera la « signature » d'Éluard dans le groupe surréaliste.

 

Ce n’est qu'à la lecture des épreuves, dans le rapt de l'inspiration, que s'impose et se substitue au titre primitif « l'Art d'être malheureux » celui de Capitale de la douleur, titre qui conserve la thématique du « malheur » et scelle l'unité de recueils antérieurs apparemment disparates. C'est ainsi que le recueil tout entier est traversé par le

« motif de la douleur, de la souffrance, du malheur et d'une destinée funeste qu'il faut sans doute rapporter au tae­ dium vitae [dégoût de la vie] que vou­ lait exprimer le voyage de 1924, mais aussi, assurément, au décadentisme laforguien qui marque l'entrée en poé­ sie de l'auteur : Premiers Poèmes (1913- 1918), le Devoir et l'Inquiétude (1916- 1917) et le Rire d'un autre (1917).

À cet égard, Capitale de la douleur est, avec Le temps déborde de 1947, écrit après la mort de Nusch, le recueil dont la tona­ lité est la plus sombre et, peut-être, la moins conforme à l'image communé­ ment reçue de la poésie d'Éluard.

Ce ''désespoir qui n'a pas d'ailes» ("Nudité de la vérité"), étonnamment proche du "Verbe être" dans le Revolver à cheveux blancs (1932) de Breton, introduit une négativité rare chez Éluard, et dont la corrélation est étroite avec les tensions stylistiques.

L'in­ fluence de Verlaine se fait même sentir dans ces poèmes qui évoquent par­ fois la figure du « poète maudit >> dont le «malheur.» est narcissiquement chanté par une prosodie envoûtante : Larmes des yeux, les malheurs des malheureux, Malheurs sans intérêt et larmes sans couleurs.

[ ...

] Il fait un triste temps, il fait une nuit noire À ne pas mettre un aveugle dehors.

("Sans rancune") Éluard, qui avait sans doute lu les Œuvres de Rimbaud publiées en 1898 par Paterne Berrichon, proclame avoir «quitté le monde», «un monde dont [il est] absent >> ("Giorgio de Chi­ rico").

Les « absences >> des «Nouveaux Poèmes >> témoignent aussi d'un malaise fondamental : celui de la «douleur>> d'être au monde.

«Mourir de ne pas mourir>>, bien évidemment, reprend cette thématique doloriste, mais pour la rattacher à la lyrique amoureuse médiévale et renais­ sante et, au-delà, à la mystique.

Le titre est en effet inspiré du célèbre « Que muero porque no muero >> de Thérèse d'Avila, devenu topos du «mal d'amour» dans la poésie européenne du xvie et de la première moitié du xvne siècle.

Gala, à qui sont dédiés les« Nouveaux Poèmes>>, est au centre de ce recueil ; Éluard, ayant entre­ temps rencontré Nusch, évoquera en 1929 dans la Révolution surréaliste l'aliénation de sa liberté par une femme« inquiète» et« jalouse».

C'est aux souffrances et aux affres de l'éros que le recueil est donc consacré, pro­ che en cela des Mystérieuses Noces de Pierre-Jean Jouve, publiées en 1925.

Le motif de la «chasse», des «liens>>, des «jours de captivité», omniprésent, se trouve ainsi remotivé, tissant un réseau serré d'images au fil d'un recueil qui s'inscrit dans la grande tradition de la Vita nuova de Dante, puis du pétrar­ quisme.

De là, peut-être, la présence à la fois obsessionnelle et anonyme d'« une femme >> qui, telle la « pas­ sante» de Baudelaire qu'évoque irrésis­ tiblement "Ronde", demeure la «belle inconnue>>.

Souvent évoquée à la troi­ sième personne par un « elle ,, indéter­ miné dans «Répétitions», la femme aimée devient progressivement une interlocutrice.

«Tes yeux sont revenus d'un pays arbitraire ...

>> Les «Nouveaux Poèmes>>, qui hésitent encore entre la communication directe et l'évocation indirecte, s'achèvent pourtant sur une série d'invocations jusqu'à l'admirable et justement célèbre : « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur ...

>> Et le recueil de se clore sur : «Tu es pure, tu es encore plus pure que moi­ même >>, qui consacre la transitivité de cette poésie entièrement vouée à sa destinatrice, à la fois proche et inacces­ sible.

Mais il convient, néanmoins, de ne pas surévaluer la distance entre le poète et la dame; car Éluard ne man­ que pas de représenter l'union accomplie, qui deviendra la thémati-. »

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