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CONTRAT SOCIAL (Du) ou Principes du droit politique

Publié le 22/02/2019

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CONTRAT SOCIAL (Du) ou Principes du droit politique, traité politique de Jean-Jacques Rousseau paru à Amsterdam en 1762. Après avoir mené à bien une analyse critique des rapports de l'homme et de la société (Premier et Second Discours), Rousseau, qui a toujours exclu toute idée de retour à l'état de nature, mais n'a pas abandonné le projet de faire œuvre positive et de réconcilier l'individu et la société, tente d'examiner les conditions de légitimité de toute autorité politique. Il formule ainsi les « principes » du droit politique : 1. Le pacte social exige un consentement unanime car aucune autorité n'est légitime sans le consentement de ceux qui y sont soumis. — 2. La souveraineté réside dans le peuple ; elle est inaliénable. La loi n'est alors qu'une « déclaration de la volonté générale ». Le citoyen reste libre quand il s'y soumet. — 3. Le pouvoir d'État doit être subordonné au peuple souverain. C'est dire qu'il n'y a proprement de droit politique qu'en démocratie. La censure gêna considérablement la diffusion de l'ouvrage sous l'Ancien Régime mais la Révolution fit son succès et il inspira

 

la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Au XIXe s. s'organisa la méconnaissance systématique en France d'un texte auquel on ne pouvait pardonner d'avoir servi de référence aux hommes de 93, cependant que la philosophie allemande (Kant, Hegel, Fichte) lui rendait pleinement justice.

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« ANALYSE DU « CONTRAT SOCIAL » DE ROUSSEAU Les idées politiques de Rousseau me paraissent, je le dis franchement, ne pas tenir à l'ensemble de ses idées.

Est-ildouteux que l'insociabilité soit le fond des sentiments et des idées de Rousseau ; que s'affranchir lui-même, etaffranchir l'homme, s'il est possible, du joug dur, dégradant et corrupteur que l'invention sociale a forgé soit sapensée maîtresse, cent fois exprimée ? — Eh bien, ses théories politiques ne sont nullement dans ce sens, et ceserait à peine, ce ne serait vraiment point, de ma part, une exagération de polémiste que de dire qu'elles tendentplutôt à renforcer le joug social et à le rendre plus solide, plus étroit et plus lourd.Cette discordance est si visible qu'elle sert à quelques-uns à prouver justement le contraire de ce que j'avance.

Ilsdisent : il ne faut pas croire que Rousseau ait à ce point l'horreur de l'état social et des prétendues servitudes qu'ilimpose et des prétendues dégradations qu'il entraîne.

Le discours sur l'Inégalité est dans ce sens ; mais c'est leContrat social qu'il faut lire, qui est dans un autre, et ne considérer l'Inégalité que comme une boutade de Rousseaujeune, soufflé très fort par Diderot.S'il n'y avait que l'Inégalité d'un côté et le Contrat de l'autre, je dirais que Rousseau a eu deux idées générales, sidifférentes qu'elles sont contraires, et je m'arrêterais là.

Mais l'idée de l'Inégalité, l'idée antisociale, l'idée que leshommes ont serré trop fortement le lien qui les unit, et ont créé ainsi une force artificielle dont ils souffrent, uneâme commune artificielle dont ils se gâtent, et une vie artificielle dont ils meurent, cette idée elle n'est passeulement dans l'inégalité.

Elle est, seulement, et sans la mettre où elle n'est pas, dans le Discours sur les Lettres,dans l'Inégalité, dans la Lettre sur les Spectacles, dans l'Emile, dans la Nouvelle Héloïse et dans la Lettre à Mgr deBeaumont ; et j'ai montré que dans cette dernière (après l'Emile), Rousseau renvoie à l'Inégalité, en résume lesprincipes, en répète et en confirme les conclusions, en accepte, en revendique, en proclame plus que jamais l'esprit.-- Donc cette idée est partout dans Rousseau, et est presque le tout de Rousseau, et fort, maintenant,précisément du raisonnement de mes adversaires, pris à l'inverse, je dis que le Contrat social de Rousseau est encontradiction avec ses idées générales; — à moins qu'on ne préfère dire que tous les écrits de Rousseau sont encontradiction avec le Contrat social, ce à quoi je ne m'oppose point.Oui, le Contrat social a l'air comme isolé dans l'oeuvre de Rousseau.

Il s'y rattache par une phrase, par la première,qui pourrait tromper ceux qui jugent tout un livre par la première ligne.

— « L'homme est né libre, et partout il estdans les fers » : oui, voilà bien qui est du Rousseau que nous connaissons ; l'homme est né bon, et partout il estmauvais ; le monde a été créé bon, et il est inhabitable ; l'homme est né libre, et partout esclave : voilà bien samanière de raisonner.

Et nous pourrions nous attendre à.

ce qu'il continuât d'après sa méthode ordinaire, ou plutôtsa pente d'esprit naturelle, et à ce qu'il dît : « Donc rebroussons; donc revenons à un état social aussi proche quepossible de la liberté primitive, à un état où l'individu ait le plus possible ses aises et le jeu libre de sa force propre,où la société soit contenue et réduite autant que possible.

» L'anti socialisme, c'est l'individualisme ; en politique, laforme que prend l'Individualisme absolu c'est le Libéralisme radical.

Ce à quoi un lecteur assidu, de Rousseau peut etdoit s'attendre en ouvrant le Contrat et en lisant la première ligne, c'est à voir Rousseau devenir, je veux direrester, libéral intransigeant, anarchiste.

— Il a été le contraire.; je n'y peux rien.Et je ne veux ni surprise, ni exagération, et je préviens que, comme il y a un peu de flottement dans le Contrat etque tout n'y est pas très lié, on y trouvera du libéralisme ; comme on y trouvera un peu de bien des choses queRousseau prétend combattre ; mais le fond du Contrat est nettement et formellement anti libéral.

Rousseau avaitsoutenu toute sa vie que la société était illégitime, et illégitime sa prétention de demander aux hommes le sacrificed'une part d'eux-mêmes ; il va soutenir que les hommes lui doivent le sacrifice d'eux tout entiers, et par conséquentqu'il n'y a de droit que le sien.Le souverain, c'est tout le monde, et ce souverain est absolu ; voilà l'idée maîtresse du Contrat social.

Ce tout lemonde qui a corrompu chacun — n'est-il point vrai, Rousseau ? — c'est lui qui a tout droit sur chacun de nous.

Cetout le monde qui m'a fait esclave n'est-il pas vrai, Rousseau ? — peut légitimement disposer de moi à son plein gréet resserrer ma servitude Ce tout le monde qui m'a fait mauvais — n'est-il pas vrai, Rousseau? — ne doit rien sentirqui l'empêche de peser de plus en plus sur moi de toute sa détestable influence.

Il fera la loi civile, la loi politique etla loi religieuse, ce qui veut dire que je serai sa chose comme homme, comme citoyen et comme être pensant,comme corps, comme âme, comme esprit.

Il m'élèvera selon ses idées, me fera agir selon sa loi, « expression de lavolonté générale », me fera penser selon sa religion, qui sera chose d'état comme tout le reste, que je devraiaccepter , sous peine d'être exilé si je la repousse, d'être « puni de mort » si, l'ayant acceptée, j'oublie de la suivre.Tel est le dessein général du Contrat.Le détail en est, le plus souvent, encore plus oppressif et rigoureux.

Le jeu facile des rouages, ce qui est unemanière de liberté encore, Rousseau s'en défie.

Une démocratie représentative, par cela seul qu'elle estreprésentative, est plus libre et plus libérale qu'une autre.

Le peuple, ou plutôt la majorité, aune volonté, impérieuseet brutale, dont il va faire une loi s'imposant à chaque individu.

Mais s'il fait faire cette loi par des législateurs qu'ilnomme, ces législateurs discuteront, réfléchiront, tiendront compte, sinon des droits, du moins des convenances,des intérêts respectables de la minorité, ou même des individus.

Rousseau voit très bien que cet état n'est déjà plusla pure démocratie ; elle est une manière d'aristocratie, et il la nomme de son vrai nom « l'aristocratie élective ».Voilà qui n'est pas bon.

Il nomme bien cela, en passant, « le meilleur des gouvernements » ; mais il s'arrange demanière que ce meilleur des gouvernements ne fonctionne pas..

Ces législateurs, dont les discussions mettraient unpeu de raison, d'atténuation au moins et de tempérament, dans la rude organisation sociale, dans ce système depression de tous sur chacun, ces législateurs n'auront pas à discuter ; leur mandat sera impératif, et leur décisionnulle, du reste, tant qu' elle ne sera pas ratifiée par le peuplé lui-même.

Cette « souveraineté » ne peut êtrereprésentée, parce qu'elle ne peut pas être aliénée.

« Les députés du peuple ne sont pas ses représentants ; ils nesont que ses commissaires.

Toute loi que le peuple n'a pas ratifiée est nulle...

Le peuple anglais se croit libre ; il setrompe fort ; il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement ; sitôt qu'ils sont élus, il n'est rien.

» — Et. »

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