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FICHE DE LECTURE: LE NOEUD DE VIPÈRES DE FRANÇOIS MAURIAC

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Un riche et vieil avocat bordelais, Louis X..., dressé contre les siens, décide de rédiger une longue lettre qui leur « dira malgré tout « ce que fut sa vie ; il l'adresse plus particulièrement à celle qu'il considère comme son implacable ennemie, Isa son épouse. Avare, haineux, malade, mais aussi lucide, secrètement avide d'amour et de foi, c'est un homme moins monstrueux qu'éperdu et déchiré, proie furieuse de ses complexes, de ses passions, de ses espérances. A l'exception de quelques êtres, une fille, un neveu, un prêtre, qui l'ont ému par leur pureté et leur abandon, les membres de sa famille, pharisiens cupides et incapables, tièdes devant la vie et la mort, hypocrites jusqu'à la plus sombre bêtise, toujours l'ont laissé de glace. Et pourtant, comme l'écrit finalement sa petite fille : « ... là où était son trésor, là n'était pas son coeur «.

« La composition Le récit subjectif Ce roman, écrit à la première personne, combine deux genres subjectifs, la lettre et le journal, pour composer uneforme de « confession ». Le livre est divisé en deux parties.a/ Première partie (onze chapitres, 142 pages).Une lettre écrite par un vieil homme malade (cf. l'incipit : « Tu seras étonnée de découvrir cette lettre dans moncoffre, sur un paquet de titres », p. 11). Rédaction faite en continu » dans un lieu unique, Calèse.b/ Deuxième partie (neuf chapitres, 130 pages).Un journal (non daté) écrit à Paris puis encore à Calèse. La nature nouvelle de l'écrit (un « cahier ») est mentionnéedans la phrase liminaire : « Comment aije pensé à mettre ce cahier dans mes bagages ? » (p. 157).Cette composition amène plusieurs remarques : 1. Le découpage matériel du livre est précis et assez équilibré. Les deux parties, d'un format quasi identique,marquent toutes deux une montée, une progression vers une lumière qui semble se résumer en un mot, amour,hypothétiquement lancé à la fin du premier temps (« Un amour ? Peut-être un amour... », p. 153), affirmé avecconfiance' à l'achèvement du second (« Cet amour dont je connais enfin le nom ador... », p. 274). La premièrepartie s'achève sur une série de disparitions (Marie, Marinette, Luc), la deuxième se termine avec les morts d'Isepuis de Louis. Notons toutefois que la première partie recouvre un temps bien plus long que la seconde, soixante-huit ans de vie ici, quelques mois, de juillet à novembre, là. La première personne qui parle et écrit s'adresse toujours à une deuxième personne — ce qui empêched'assimiler la confession à un journal. Le récit de Louis suppose un destinataire, pas toujours identique,d'ailleurs. C'est à Isa que la lettre s'adresse en priorité, ainsi que l'affirment les premières pages du roman. Maisla lettre ne s'arrête pas avec la disparition de l'épouse du narrateur ; le destinataire, en revanche, change : «J'irai jusqu'au bout de ce récit. Je sais maintenant à qui je le destine (p. 197). Toutefois, l'hésitation persiste,l'apostrophe désignant parfois la belle-soeur de Louis (« Que reste-t-il de toi, Marinette, morte en 1900 », p.123), le plus souvent plutôt ses enfants pris en bloc. Le destinataire peut être aussi le narrateur lui-même,accréditant par là l'interprétation religieuse (le récit étant proche alors d'un examen de conscience tel que lepratiquaient Thérèse d'Avila, citée en épigraphe, ou Baudelaire à qui renvoie le titre ; cf. p. 72 : « Au fond, c'est pour moi-même que j'écris »). 2. La narration subjective autorise l'omniscience et résout la problématique du romancier-démiurge. Dans un articlecélèbre repris dans Situations I (Gallimard, Paris, 1947), Sartre reprochait à Mauriac à propos de La Fin de la nuit, roman très postérieur au nôtre, cette omniscience du romancier changeant de point de vue au cours du même livre,tel un dieu ou un « diable brouillon et fureteur » qui soulèverait les toits des consciences et saurait tout sur despersonnages au destin fixé a priori. La critique ne tient pas pour Le Noeud de vipères, livre écrit à la première personne par un personnage-narrateur unique (même' si l'on décèle quelques discrètes interventions de l'auteur).Tous les oublis, toutes les allusions sont permis à un autobiographe subjectif et arbitraire. Pas grand-chose, parexemple, sur les Fondaudège, sur la mère de Louis, sur Philipot, sur son successeur auprès de Marinette, etc.Procédé qui, en même temps qu'il suscite la frustration du lecteur (et donc son intérêt), assure du rythme au récitet une richesse suggestive. Enfin, la technique romanesque adoptée dans ce livre impose une focalisation unique.L'ensemble des personnages, des événements n'est vu que par le regard de Louis. Pas de contrepartie, de réponsed'Isa par exemple, de correctif apporté par un autre protagoniste. Excepté, peut-être, les deux lettres d'Hubert etde Janine qui clôturent le roman. Toutefois elles ne sont pas d'une importance matérielle suffisante pour compenserle récit précédent. 4. La narration subjective suppose un rapport au temps assez libre. La ligne temporelle est inévitablement brisée parun constant va-et-vient entre le présent de l'écriture, divers niveaux du passé et même l'avenir conjecturé. Lapremière page du roman fournit un parfait exemple de ce jeu sur les temps et mériterait une étude précise. Un jeu subtil de préparations, de jalons, d'amorces ou de reprises en « leitmotiv » (Rodolphe, les enfants, Luc,l'argent, etc.) permet de remettre en place patiemment les morceaux du puzzle. Quelques dates autorisent même une reconstruction chronologique (1862, naissance de Louis ; 1885, mariage ; 1909, liaison avec la mère de Robert ;1930, mort d'Isa puis de Louis, etc.). Mais des renseignements manquent, des pièces font défaut qu'il nous fautimaginer. Les personnages 1. Louis a/ Le crocodile »

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