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La Nouvelle Justine ou les Malheurs de la vertu, suivie de l'Histoire de Juliette sa sœur ou les Prospérités du vice

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histoire

Des Infortunes à la Nouvelle Justine, la vertu perd la parole, devient le jouet sans épaisseur psychologique des bourreaux et finit foudroyée par le ciel lui-même. Juliette, qui n’était initialement que l’auditrice du récit de sa sœur, supplante Justine. L’altérité méritante est peu à peu étouffée par le solipsisme du crime, et le texte s’enfonce dans la minutieuse description des orgies et des tortures. Des raisons économiques, redoublées par la logique du fantasme, expliquent cette récriture obses-sive. L’allongement est en partie provoqué par l’emprunt inavoué de passages entiers à des traités de l’époque. Comme l’a montré Jean Deprun, Sade recopie jusqu’à vingt pages de suite sur tel philosophe des Lumières dont il s’estime le continuateur.

 

Les histoires de Justine et Juliette sont complémentaires et exclusives l’une de l’autre. Il n’est paradoxal qu’en apparence qu’un auteur qui se proclame volontiers misogyne s’attarde avec prédilection sur des figures féminines. Il oppose à Justine, symbole de la femme soumise, sa sœur libérée et libératrice — que glorifieront Apollinaire et les surréalistes —, mais cette révolte de Juliette contre toutes les entraves, son lesbianisme ne remettent pas en cause l’ordre phallique. N’est-elle, comme on l’a dit, qu’un homme déguisé en femme? Quoi qu’il en soit, le couple des deux jeunes femmes reste fascinant par son ambiguïté.

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