Devoir de Philosophie

Le Mariage de Figaro (résumé & analyse) de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

Extrait du document

mariage

Le Mariage de Figaro

 

Comment « faire échouer dans son dessein un maître absolu que son rang, sa fortune et sa prodigalité rendent tout-puissant pour l’accomplir » (nous soulignons). Telle est, résumée dans la Préface, la gageure du Mariage de Figaro, gageure d'autant plus difficile à tenir que le projet de l’auteur est à la fois de faire œuvre réaliste en peignant « une foule d’abus qui désolent la société » et de demeurer pourtant dans le registre de la franche gaieté. La réussite de la pièce consiste précisément à courir pendant cinq actes entre ces deux périls : celui de la fiction mystificatrice avec un Almaviva trop inoffensif pour être vrai; celui de la violence, qui transformerait la « Folle Journée » en drame, voire en journée révolutionnaire. D’où la complexité extrême de l’action; « un monstre », dira Sarcey. Car le conflit principal, celui du maître et du valet, ne peut jamais s’y montrer que de biais.

 

Synopsis. —Jour de noces au château d’Aguas Frescas entre Figaro et Suzanne. « camariste » de Rosine devenue comtesse Almaviva. Mais le comte entend exercer un droit du seigneur auquel il a pourtant officiellement renoncé, ou à défaut contraindre Figaro à épouser la vieille Marceline. Jeu d'adultes auquel vient se mêler le jeune page Chérubin, dans lequel Almaviva croit trouver un rival. Mais, sous la pression de ses « vassaux », Almaviva doit confirmer la pureté de ses intentions; quant à Chérubin, le gêneur, il partira pour l'armée (acte I). Complot entre Figaro, Suzanne et la Comtesse. Celle-ci reçoit le page, qui avoue son amour : émotion partagée, puis troublée par l'arrivée du comte, dont Suzanne parvient à égarer les soupçons malgré l'intervention inopportune du jardinier Antonio. Marceline vient rappeler ses droits sur Figaro (acte II). Passe d'armes sans résultat entre Figaro et le Comte, auquel Suzanne feint d'accorder un rendez-vous. Éventant la ruse, il décide de se venger en obligeant Figaro à épouser Marceline. Procès, coup de théâtre : Figaro est le fils de Marceline! (acte III). Le plan de la Comtesse ; elle ira au rendez-vous du Comte sous les habits de Suzanne. Figaro, tenu dans l'ignorance, se croit trompé (acte IV). Sous les « grands marronniers », Figaro, seul, dresse un bilan amer de son existence. Mais l'obscurité et les déguisements provoquent une série de quiproquos où se réconcilient le désir et la loi : le Comte redécouvre sa femme, et Figaro conquiert enfin la sienne. « Tout finit par des chansons » (acte V).

« Premier décalage : de lui-même, le « maître absolu >> a renoncé officiellement à son droit de cuissage. Déma­ gogie ou preuve d'amour pour son épouse, le voici d'em­ blée prisonnier de sa propre décision et de l'image libé­ rale qu'il entend donner à ses «vassaux>>. L' Almaviva du Mariage n'est pas un tyran féodal, mais un noble de progrès habité par la mauvaise conscience, comme ceux­ là mêmes qui viennent applaudir la pièce. Dans la France de 1784, au règne aristocratique du bon plaisir s'est déjà substitué celui, bourgeois (d'où les costumes louis­ philippards choisis par J. Lavelli pour sa mise en scène des Nozze en 1979), de l'argent et de la ruse. « Réa­ lisme >> de Beaumarchais, qui permet en même temps de déminer le terrain; entre l'argent et l'amour, la partie est désormais égale, et à malin malin et demi : «J'ai voulu ruser avec eux, ils m'ont trruté comme un enfant» (Almaviva). Second décalage : dès qu'il risque de prendre un tour aigu, l'affrontement de Figaro et d' Almaviva est relayé par d'autres, qui excluent la violence : Chérubin, Suzanne, la Comtesse, images de douceur et de fragilité, doublent ou remplacent Figaro dans sa lutte au point de le mettre finalement hors jeu. Au moment précisément où il profère son grand monologue... Et, grâce à ces figures féminines et enfantines, Je Mar ia g e devient aussi une histoire d'amour, ou d'amours : à travers les couples qui se font, se défont ou se rêvent, Beaumarchais explore tous les possibles du sentiment : Chérubin et Fanchette, la Comtesse et Chérubin, Suzanne et Almaviva, Marce­ tine et Figaro. Amours esquissées, interdites, non parta­ gées, rejetées enfin au néant par le couple triomphant et « patrimonial >>, Suzanne et Figaro : « Ma femme et mon bien mis à pan ... >>. D'où cette pluralité de lectures possibles, qui donne à la pièce son chatoiement. Est-ce Je tableau réaliste d'un Ancien Régime finissant marqué par la dilution des pou­ voirs et où l'« esprit seul peut tout changer» (le fils de l'horloger Caron devait aisément s'en persuader)? Ou faut-il considérer le Mariage comme une entreprise de mystification posant artificiellement en termes de comé­ die, c'est-à-dire de dialogues et d'affrontements symbo­ liques (gifles et baisers), le problème de la violence et du désir des maîtres? Mais le théâtre est aussi le lieu du jeu et de l'apparence : et combien faut-il de conditions, de présupposés Uusqu' à une «reconnaissance>> miracu­ leuse) pour qu'enfin tout finisse par des chansons! « Jouons-nous une comédie?>> demande Almaviva. >, répondront les spectateurs de 1792. La prem iè re publique du Mariage de Figaro eut lieu le 27 avril 1784 à la Comé die -F ra n ça ise : Molé jouait Almaviva. S ai nt ·V al cadette la Comtesse. M11• Contat Suzanne. Dazin· court Figaro et M110 Olivier Chérubin. La curiosité du public était attisée par les ré tic e nc es royales et par les six censu­ res qu'avait dO subir la piè c e ; voici comm ent la Correspon· dance littéraire rapporte l'événement : «Jamais pièce n'a attiré une affluence pareille au Théâtre-Français; tout Paris v ou lait voir ces fam eu ses Noces [sicl. et la salle s'est trou­ v é e remplie presque au moment où les portes ont été o uvertes au public; à peine la moit ié de ceux qui les assié· geaient depuis huit heures du matin a·t·elle pu parv en ir à s e placer; la plupart entraient par force en jetant leur arg en t aux portiers ... Plus d'une duchesse s'est estimée ce jour·là trop heureuse de trouver dans les balcons. où les femmes comme il fau t ne se placent guère. un méchant petit tabou· ret à côté de Mmes Duthé, Carline et c om pa gnie . » La pièc e eut 68 représentations consécutives -un record pou r l ' é p oq ue . Témoignage du succès de la pièce. le nombre de paro­ dies et de «suites » qu'elle in sp ira : le Repentir de Figaro, pa r Parisau (1784); le Mariage de Glogurrio (1784); la Folle Soirée, par Bonnefoy de Bouillon (1784); le Mariage de Chérubin; le Mariage de Fanchette (1786). par Oly m pe de Gouges: par Martelly, les Deux Figaro (1794). etc. BIBLIOGRAPHIE F. Gaiffe, le Mariage de Figaro, Amiens, Malfère, 1928 (l'histoire de la rédaction et de la représentation); A. Ubersfeld, « Un balc on sur la Terreur. le Mariage de Figaro». in Europe, a v ril 1973 (le Mariage comme expérience des limites); J. Ehrard, « la Société du Mar ia g e de Figa ro », Méla nges Fabre, Paris, Klincksieck, 1974 (lieu scénique et »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles