Fiche de Lecture Manon Lescaut
Publié le 17/06/2026
Extrait du document
«
Antoine François Prévost, l’Abbé, partage de
nombreuses similitudes avec son personnage Des
Grieux.
D’abord c’est un noble, marqué par
l’indécision durant sa jeunesse entre la religion et
l’armée : il poursuit d’abord des études dans le
collège d’Harcourt, il a déserté l’armé après s’être
engagé en 1713, après avoir terminé sa
philosophie et être revenu chez les Jésuites de
Paris il repart dans l’armée en tant qu’officier puis
prononce ces vœux en 1721, il dit le faire avec «
toutes les restrictions intérieures qui pouvaient
l’autoriser à les rompre », comme DG, le
romancier s’excuse par avance de ses
transgressions.
Effectivement, son engagement
n’empêche guère sa première transgression
littéraire qu’est Aventures de Pomponius, rédigée
conjointement avec un autre bénédictin
(Ce roman satirique et profane, critique l’institution
monastique et célèbre la passion amoureuse qui fait le
bonheur de l’être humain, propos moins balancé que dans
Manon Lescaut.)
Egalement, il se lie en 1729 avec Hélène
Eckhardt, nommée Linka, il se ruinera pour
l’entretenir comme DG le fait pour Manon.
Il
prend également le nom de Prévost d’Exiles, et
publie la suite de son roman Mémoires et
aventures d’un homme de qualité en 1733, dont
Manon Lescaut fait partie.
Celui-ci sera
condamné par le parlement de Paris au feu pour
incitation à l’indécence
Celui-ci sera révisé en 1753, avec l’ajout de
l’épisode du Prince d’Italie, qui a pour but de
nuancer le personnage de Manon, qui semblait
seulement une femme vénale.
Contexte historique :
C’est en 1678 que parait le premier roman psychologique à proprement parlé, il
s’agit de La Princesse de Clèves .
L’autrice, Madame de Lafayette explore
alors les sentiments et la psychologie de la jeune princesse de Clèves,
fraichement mariée et qui souhaite bien aimer son mari jusqu’à ce qu’elle
rencontre un autre homme.
Ainsi, elle fera tout pour refuser cette passion, alors
même que son mari meurt et il n’y a plus d’obstacles à l’union entre elle et le
jeune duc.
Le roman se déroule sur environ 5 ans (1712-1717) et englobe dont deux
périodes historiques contradictoires.
En effet, jusqu’en en septembre 1715,
c’est Louis XIV qui est au trône, alors vieillissant il révoque notamment l’Edit
de Nantes qui affirmait une protection relative de la minorité protestante.
Mais
également la censure croit, les mœurs sont fermées et la prostitution condamnée
comme on le voit dans le roman (Manon envoyée à l’Hôpital de SaintSupplice), la question du traitement des femmes dans ses institutions n’est pas
soulevée bien que DG remarque bien la maigreur de Manon à la sortie de
l’Hôpital.
L’argent manque à cause des guerres (Ligue d’Augsbourg finie en
1697 et la guerre de Succession d’Espagne finie en 1714) et la population
notamment les classes inférieures ont recours à des activités immorales
(Lescaut, Ligue de l’Industrie…)
La période qui suivra se nomme le régent, avec Philipe d’Orléans, un homme
particulièrement libertin qui devient roi car Louis XV n’a que 5 ans à la mort
de son père.
Le régent, avec un gout luxueux, permet de développer les avec le
style rococo, faire de Paris une ville mondiale, mais aussi développer la classe
naissante de la bourgeoisie, non noble mais riche comme par exemple les
fermiers généraux : M.
de B… et M.
G…M…
C’est dans ce contexte-là que naissent de plus en plus de courants
philosophiques.
Ainsi on peut citer le dilemme Cornélien (1606-1684).
Dans
les pièces de Corneille, le héros tragique est souvent confronté à un dilemme
imposé par le destin, au point que l'on parle aujourd'hui de dilemme cornélien.
Les valeurs telles que l'honneur, l'amour, le courage, le devoir sont mises en
concurrence, ce qui crée chez le héros, un déchirement moral.
Manon Lescaut
s’inscrit parfaitement dans cette perspective.
Genre :
Le roman est un genre perçu de manière paradoxale au XVIIIe siècle, peu estimé car il n’appartient pas à la triade aristotélicienne, n’a
donc pas fait l’objet d’une codification par les Anciens (Aristote ou Horace), ce qui lui donnerait une forme de respectabilité littéraire
et on lui reproche plusieurs choses : sa trop grande fantaisie, sa bêtise, son immoralité, son aspect féminin.
Les caractéristiques
générales du roman (vs l’épopée) sont le recours à des situations quotidiennes, le souci de vraisemblance, la priorité de l’individuel sur
le collectif, la rapidité de la narration et le goût de l’amplification.
Pour ne pas attiser les critiques (faire croire que l’histoire est vraie, même avec les noms des personnages), on est dans le genre du
roman-mémoires (d’habitude faisant une critique de récit noble et aristocratique).
Ce genre fleurit durant la 1e partie du XVIIIe siècle,
avec notamment Marivaux.
Ici, notre récit s’insère dans un récit-cadre, le 7ème volume des Mémoires et aventures d’un homme de
qualité.
Ce « homme de qualité » (noble et expérimenté), n’intervient que deux fois dans le récit et sinon laisse DG raconter son histoire
à la 1ère personne, ce qui fait que par exemple l’identité de Manon et sa vie passée n’est pas connue.
Le fait que le Marquis de Renoncour
présente de la pitié pour les amoureux et grâce au principe de l’enchâssement (héros qui raconte son histoire quelque mois après le
deuil) et du fait que DG accuse plutôt la providence de la fatalité qu’on lui fait subir, le lecteur est amené à avoir de la pitié pour les
amoureux.
On peut également rapprocher le roman du genre picaresque, celui-ci est né en Espagne au XVIe siècle et représentait en effet la réalité
sociale du pays.
Le Picaro est un gueux rusé, un vagabond, un antihéros, en quête après l’argent.
Le but de genre était de contrer
l’idéalisme des romans de chevalerie.
C’est rebondissement sur rebondissement (comme dans Manon Lescaut) que se déroule l’œuvre.
Le parcours :
Dans le domaine littéraire, ce mot signifie homme ou femme fictifs apparaissant dans une œuvre littéraire ou une pièce de théâtre, ce qui
signifie que quelle que soit sa forme, un récit implique la présence d’un ou plusieurs personnages.
vivre « en marge » c’est vivre en
dehors des normes sociales, morales et/ou familiales.
Les personnages « en marge » sont donc souvent atypiques car ils s’écartent de la
norme.
Ils invitent le lecteur à réfléchir sur ses propres transgressions, limites et valeurs morales.
« Plaisir » vient du latin placere = « plaire »
« Romanesque » se dit de quelque chose qui présente les caractères du roman, en tant que genre littéraire, tout ce qui semble tiré d’un
roman des aventures extraordinaires, des personnages hors du commun aux sentiments intenses, des situations incroyables.
« Plaisirs du romanesque » :
- L’expression désigne tout le plaisir que peut procurer l’évasion mentale par la lecture des romans, avec leur dose de péripétie,
d’aventures, de personnages originaux, marquants jusqu’à la marginalité.
- Les péripéties, les aventures mais aussi le spectacle de la marginalité des personnages, procurent un véritable plaisir littéraire au lecteur
qui entre dans un univers fictif (ex : univers social marginal de DG et Manon) lui permettant d’échapper à la banalité de la
« normalité »
- Plaisirs au pluriel = les différents types de plaisirs que le lecteur ressent à la lecture du roman + les plaisirs recherchés par les
personnages romanesques eux-mêmes, et la marginalité que cette quête peut induire
La lecture religieuse de l’œuvre : Molinistes / Jansénistes
Ces visions sont opposées par la polémique de 17e siècle qui vient de l’impossibilité de la coexistence de la puissance divine et du
libre arbitraire humain qui peut choisir entre le mal et le bien.
La vision janséniste correspond à une prédominance du mal dans la nature humaine, qui se présente par un amour de la créature et
du matériel privilégié à l’amour terrestre.
L’homme est ainsi prédestiné au mal, à l’exception de certaines créatures étant privilégies par
Dieu et sont accordées la grâce divine qui leur épargne leur prédestination.
Cette vision est très fataliste car l’Homme n’a aucune
influence sur le fait d’être « élu » ou non, pour contrer cette tendance nihiliste, tout homme doit s’efforcer de vivre comme s’il était élu.
La vision moliniste s’oppose radicalement à celle janséniste, en effet selon les molinistes tout homme peut mériter le salut de Dieu, en y
consacrant l’effort nécessaire, il y a alors toujours une chance de rédemption.
DG au fil du roman, passe par 3 phases religieuses.
La première phase est bien moliniste, notamment lorsque, enfermé chez son
père Tiberge rend visite à DG et celui le convint qu’il a tout le mérites pour se relancer dans ses études (ainsi il peut mériter le salut de
Dieu s’il le veut réellement), loin du péché et loin de Manon.
DG croit réellement son ami : il s’imagine une vie de peines oui mais de
peines qui en valent la peine, dans son monde utopique où il vit dans une petite maison, et s’occupe de la religion et de la littérature,
cependant il se rend bien compte que la seule chose pouvant lui apporter un bonheur véritable est Manon, on peut déjà s’attendre à
l’échec de cette démarche virtuose.
C’est bien ce qui....
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