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Robert Desnos, Ce cœur qui haïssait la guerre, 1943

Publié le 28/03/2014

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Robert Desnos publie son poème en versets Ce cœur qui haïssait la guerre dans un recueil, intitulé L'honneur des poètes le 14 juillet 1943 dans les éditions de Minuit clandestines, alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage dans le monde entier, et la machine de guerre nazie, à l'apogée de sa puissance militaire, semble être invincible. Dans ce poème, fortement engagé, l'auteur invite le lecteur à résister contre Hitler et le régime collaborateur de Vichy. Cet ouvrage, malgré sa dimension engagée, demeure toutefois tout aussi lyrique, exposant les sentiments personnels du poète et appelant à ceux du lecteur. Nous nous poserons donc la question suivante : « En quoi ce poème est-il un texte engagé et un appel à résister contre l'occupant nazi ? » Pour ce faire, nous verrons, en premier lieu en quoi ce poème reflète du lyrisme collectif, puis nous analyserons pourquoi il constitue un appel au combat face à l'oppression. I) Un lyrisme collectif   a) De l'individuel au collectif Le connecteur « Mais non … » (verset 8) se situe en plein milieu du texte et exprime un tournant : « ce cœur » du début du texte est maintenant relayé par « d'autres cœurs, de millions d'autres cœurs ». Le poète montre ainsi que sa révolte individuelle est partagée par beaucoup d'autres et que à partir de son propre cas on passe à la France et aux millions de français. On a donc bien une évolution du lyrisme individuel vers un lyrisme collectif. Ce poème est lyrique dans la mesure où l'auteur exprime ses sentiments personnels. Cependant, la 1ère personne du singulier est peu présente., seulement aux versets 7 et 8: (« Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos. Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs battant comme le mien à travers la France ». C'est donc un lyrisme particulier, car le poète s'incarne dans « ce cœur », qui est beaucoup plus général, et qui peut même être celui du lecteur. Ce « cœur » exprime des sentiments personnels, comme la « haine » (verset 3), la « colère &raqu...

« personnels, comme la « haine » (verset 3), la « colère » (verset 14).

La ponctuation traduit cette émotion.

C'est ici tout l'intérêt du texte, qui est d'ouvrir le lyrisme du texte à une dimension collective, pour montrer que les sentiments du poète se rejoignent avec des millions d'autres : « je l'entends qui me revient renvoyé par les échos » (verset 7), d'où l'emploi, non pas du « Je » mais de « ce coeur » relayé par « ces coeurs ».

Une particularité de l'énonciation de ce poème : le mot « coeur » constitue le centre vital du poème et revient 7 fois. Le coeur est d'abord l'organe vital par excellence, qui irrigue tout le corps, ce que transcrit notre texte par le polyptote autours du verbe « battre ».

L'auteur rappelle la dimension physiologique du coeur : « veines » (verset 2), « sang » (verset 2), « cervelle » (verset 4), « oreilles » (verset 4).

Desnos suggère ainsi que le sujet qu'il traite et l'appel qu'il lance sont de l'ordre de vital.

Ensuite, ce coeur prend une autre signification, celle du siège des sentiments et des aspirations, synonyme d'amour et du courage.

Ici, « ce coeur » désigne le poète lui-même, avec ses sentiments, ses aspirations, ses tensions ; en rejoignant des « millions d'autres coeurs », il devient le porte-parole de tout le peuple français.

Enfin, le coeur symbole de vie, s'élargit ici à une dimension cosmique, universelle en s'unissant « au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit » ou à « la mer ».

Ce coeur est en harmonie avec l'univers, révélant l'ampleur de la lutte, une lutte de dimension cosmique.

  b) L'appel à une collectivité Desnos va user de différents moyens et différents procédés pour emporter l'adhésion de son lecteur et le pousser à l'action.

Une dimension véritablement collective.

Le poète veut en effet montrer que tous ceux qui sont engagés dans la Résistance et qui travaillent dans l'ombre, qu'ils ne sont pas seuls, mais qu'ils sont rejoints par des millions, autours d'un même mot d'ordre, d'où cette insistance sur les pluriels et le passage de « ce coeur » à « ces coeurs ».

Beaucoup de répétitions qui passent du singulier au pluriel, au collectif: « la cervelle » (verset 4) devient « les millions de cervelles » (verset 11), « bruit » (verset 4) devient « bruits d'autres coeurs » (verset 8) et « leur bruit » (verset 10).

« sang brûlant » (verset 3) devient « tout ce sang porte dans les millions de cervelles » (verset 11).

« millions » est répété 3 fois ainsi que « même ».

Toutes ces répétitions rendent manifeste l'union entre tous, la propagation de la révolte, et traduisent le pouvoir d'un combat collectif.. »

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