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ALAIN, pseudonyme d’Émile Chartier : sa vie et son oeuvre

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alain

Cette philosophie, il est vrai, ne pouvait prendre la forme d’un système, d'un ensemble de propositions rigoureusement démontrées et exactement ajustées les unes aux autres. C’est que le philosophe, aux yeux d'Alain, n'est pas l’homme qui raisonne, mais l'homme qui juge, c’est-à-dire qui examine, qui doute et qui décide. Les idées ne sont que des instruments, qui nous permettent de saisir le monde et de conduire notre vie. Nourri de Platon et d’Aristote, de Descartes et de Spinoza, de Kant, de Hegel et de Comte, Alain ne s’est jamais soucié d’accorder entre eux ces différents auteurs. Il prenait simplement en chacun ce qui lui permettait de mieux comprendre l’événement présent ou le problème actuel. Ce qui ne veut pas dire que la philosophie d’Alain se réduise à une mosaïque de pensées empruntées. 

ALAIN, pseudonyme d’Émile Chartier (1868-1951). Fils d’un vétérinaire de Mortagne, dans le Perche, le jeune Chartier, doué pour les études, prépara l’Ecole normale supérieure au lycée de Vanves, où il eut comme maître Jules Lagneau. Entré à Normale en 1889, agrégé de philosophie en 1892, il fut nommé professeur à Pon-tivy, puis à Lorient (1893-1900), à Rouen, où il eut le futur André Maurois comme élève, et enfin à Paris (1902). A partir de 1909, il est professeur de rhétorique supérieure au lycée Henri-IV, et il donne un cours au collège Sévigné pour les candidates à l’agrégation de philosophie. Quand il prendra sa retraite, en 1933, son enseignement aura marqué un bon nombre de ceux qui se sont fait un nom au cours de la première moitié du siècle, dans l'Université, la littérature ou la politique. Engagé volontaire à quarante-six ans, en 1914, il avait commencé la guerre comme simple soldat et l’avait terminée en 1917 comme maréchal des logis, soucieux de rester parmi ceux qu’on appelait, pour les distinguer des officiers, « les hommes ». Et ce n’est point pure coïncidence si ses élèves l’avaient surnommé « l’Homme ».

 

De 1893 à 1904, Chartier avait donné à la Revue de métaphysique et de morale des articles publiés sous son nom et des dialogues signés Criton. Mais il s’était surtout, au cours de ces années, tourné vers la politique et le journalisme, prenant parti pour Dreyfus dans le journal radical de Lorient et participant à la fondation d’une université populaire. A partir de 1906, il donne à la Dépêche de Rouen des articles quotidiens, intitulés « Propos d’un Normand », qu’il signe Alain et qui devaient, écrit-il, « relever l’entrefilet au niveau de la métaphysique » (Histoire de mes pensées). Plus de trois mille « Propos » parurent ainsi jusqu’en 1914, et certains commencèrent à être publiés en recueils à partir de 1908 (Cent un Propos d'Alain, cinq séries parues en 1908, 1909, 1911, 1914 et 1928). Après la guerre, il continuera à écrire des Propos (deux mille environ), qui paraissent de 1921 à 1924, puis de 1927 à 1935, dans une petite revue fondée à cette intention par ses amis Michel et Jeanne Alexandre : Libres Propos.

« d'Alain. On peut citer notamment : Propos sur le bon­ heur (1928), Propos sur l'éducation (1932), Sentiments. passions, signes (1936), les Saisons de l'esprit (1937), E sq u isses de l'homme (1938), Minerve ou De la sagesse ( 1939), Vigiles de l'esprit ( 1942), Politique (1952). Parallèlement, Alain composait des ouvrages suivis, tou­ jours faits de courts chapitres. Les plus importants sont : Quarre-vingt-un Chapitres sur l'esprit et les passions (1917, repris en 1941 dans Éléments de philosophie), Système des beaux-arts ( 1920), Mars ou la Guerre jugée ( 1921 ), les Idées et les Ages ( 1927). Entretiens au bord de la mer (1931), Idées (1932). les Dieux (1934), His­ toire de mes pensée s (1936). Aux yeux de ses élèves, Alain était non seulement un maître incontesté, mais aussi. bien évidemment, un philosophe. Les philosophes «officiels», en revanche, hésitaient à le considérer comme un des leurs et préfé­ raient ne voir en lui qu'un essayiste. Son style même semblait devoir renvoyer Alain à la «littérature» : écrivant d'abord dans des journaux de province pour un public de non-spécialistes, il n'a jamais recours à la terminologie philosophique, et, à aucun moment, le lecteur n'a besoin d'un dictionnaire pour comprendre son propos. Quand le texte est obscur, c'est que la pensée va trop vite et que le intermédiaires sont négligés : on a dit parfois que son art d'écrivain consis­ tait à supprimer une phrase sur deux ... Mais la forme même du « Propos >> imposait une discipline qu'Alain comparait à celle du sonnet : tout le développement, limité par les nécessités typographiques, doit tendre au trait final, qui ne saurait être médiocre. Aussi l'œuvre d'Alain abonde-t-elle en formules frappantes qui fourni­ raient la matière d'un ample recueil de . Ajoutons que ce fils de la campagne est un homme pour qui le monde extérieur existe, c'est-à-dire un poète, et que ses réflexions les plus abstraites sont toujours por­ tées par le spectacle des choses. auentivement perçues et minutieusement mais légèrement décrites. Les > ne pouvaient s'y reconnaître. Mais surtout la philosophie d'Alain allait à contresens des grands courants de son époque, ce qui le condamnait, au moins provisoirement, à n'être pas pris au sérieux. JI disait, en effet, à ses élèves que le bergsonisme était une « philosophie pour dîner en ville >>: il écrivait (en 1929) : «LI n'y a que les marxistes, aujourd'hui, qui aient des idées » (Propc•s d'économie); il soutenait que« la physi­ que de ce temps-ci fera rire comme chasse aux lutins >> (Vigiles de l't·sprit), que «l'esprit faux est historien et l'historien esprit faux» (Cahiers de Lorient), que« vou­ loir que la société soit le dieu, c'est une idée de sau­ vage » (Politique). et il refusait d'adorer »

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