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Analyse du roman - THÉRÈSE DESQUEYROUX de MAURIAC

Publié le 02/03/2020

Extrait du document

à Vilméja; Thérèse l’avait accompagnée dans la nuit jusqu’à la maison vide. A leur retour, Bernard, réveillé, les attendait, et, juge terrible, avait enfermé Anne dans une chambre. A ce souvenir, Thérèse comprend qu’il ne l’écoutera pas : il a déjà préparé son verdict.

CHAPITRE VIII

Une fois Anne revenue à Saint-Clair avec ses parents, le silence d’Argelouse s’était encore alo’urdi pour Thérèse. Une lettre à Jean était restée sans réponse, et les livres qu’il lui avait conseillés lui semblaient incompréhensibles. Les soins que lui prodiguait Bernard s’adressaient moins à elle qu’à l’enfant qu’elle portait : Thérèse perdait le sentiment de son existence individuelle. En décembre, le couple avait regagné Saint-Clair, où Thérèse retrouvait Anne, mais distante maintenant et déjà, semblait-il, résignée. On parlait beaucoup du curé, un prêtre jeune encore, solitaire, peu apprécié de ses paroissiens. Pour entendre cet homme, comme elle différent des autres, et qui peut-être pourrait l’aider, elle avait alors fréquenté l’église. Mais après la naissance de la petite Marie, le malaise de Thérèse n’avait cessé de croître. Non qu’il y eût mésentente entre elle et son mari ou ses beaux-parents : ils ne pouvaient pas même se comprendre. Si l’on disait que sa fille lui ressemblait, Thérèse en était exaspérée : elle voulait que tienne la liât à cet enfant; aussi la jugeait-on peu maternelle. Anne au contraire vivait à nouveau depuis qu’elle s’occupait de la petite fille. Dans le néant où s’enfonçait Thérèse, détachée de tous et de tout, seul Bernard conservait une réalité, maintenant « affreuse » ; elle avait particulièrement exécré son mari le jour de la Fête-Dieu, en le voyant suivre, par devoir, la procession.

La chaleur et la sécheresse faisaient craindre des incendies; des pins avaient déjà brûlé. Thérèse, qui n’en pouvait plus d’attendre, rêvait d’un feu qui détruirait aussi le bourg, et qu’elle aurait elle-même allumé. Mais « ce n’était pas aux arbres qu’allait sa haine ».

« La voici au moment de regarder en face l’acte qu’elle a commis ». Le jour d’un grand incendie de forêts, Bernard, préoccupé et distrait, avait doublé la dose de son médica

CHAPITRE III

Argelouse, à dix kilomètres du premier bourg, est le dernier lieu habité avant quatre-vingts kilomètres de landes et de marécages qui s’étendent jusqu’à l’océan. La maison de Monsieur Jérôme Larroque lui venait de sa femme, jnorte peu après la naissance de Thérèse. Sa sœur aînée, tante Clara, vieille fille sourde, y gardait Thérèse l’été, pendant les vacances. La maison voisine, depuis la mort de Monsieur Desqueyroux, appartenait à son fils; Bernard, qui étudiait le droit à Paris, ne s’installait à Argelouse qu’au temps de la chasse, consacrant; peu. deJ ours à saTamille : sa mère, son beau-père Monsieur de la Trave, et sa demi-sœur Anne. L’idée de marier Thérèse et Bernard était née tout naturellement de la proximité de leurs propriétés. A vingt-six ans, raisonnable en toutes choses, Bernard se montrait un fiancé indifférent : en se mariant, il organisait sa vie. Pourtant Thérèse reconnaît qu’il avait plus de finesse que les autres hommes de la lande, une sorte de bonté, un esprit juste, de la bonne foi.

Mais encore une fois c’est Anne qu’elle revoit : Anne en vacances, venue à bicylette depuis Saint-Clair lui rendre visite. Thérèse songe à l’étonnant et fragile bonheur que lui apportait cette amitié ; elles n’avaient pourtant aucun goût commun sinon d’être ensemble au salon, ou dans cette palombière qui les abritait dans leurs promenades. Thérèse n’aimait pas voir Anne tirer les alouettes au crépuscule ; elle souffrait de ce qu’Anne n’éprouvait pas le besoin de la voir tous les jours; et elle était saisie d’angoisse quand le soir elle se retrouvait seule.

Pourquoi Thérèse a-t-elle épousé Bernard ? Elle le voulait, elle était en adoration devant lui, répétait Madame de la Trave. Sans doute y avait-il la joie de devenir la belle-sœur d’Anne; et surtout les deux mille hectares de Bernard; et plus profondément le besoin d’un refuge, la hâte de trouver sa place et d’entrer dans un ordre. A l’approche de son mariage, Thérèse éprouvait une paix juqu’alors inconnue.

« CHAPITRE II La calèche emmène Thérèse, dans la nuit, vers la gare de Nizan : une heure de route.

Thérèse pense à toutes les étapes de ce retour, souhaite ne jamais atteindre Argelouse.

Elle s'abandonne, épuisée, aux mouvements de la voiture, songe à ce que pourront être les premières paroles de Bernard; puis elle s'assoupit et rêve que le juge l'interroge, rouvre l'instruction, a découvert le paquet de poisons encore caché dans la poche d'une vieille pèlerine; elle se réveille avec soula­ gement, comme de ces cauchemars où adolescente elle rêvait qu'il lui fallait de nouveau subir un examen.

Thérèse prend alors conscience qu'elle peut encore vivre auprès de Bernard : si elle s'ouvre à lui, ne lui cachant rien de ce qu'elle a fait et pensé; avec joie, elle décide de consacrer le temps de son voyage à préparer cette confession.

Mais Thérèse en constate aussitôt la difficulté, parce qu'elle ignore tout de ce qu'elle a voulu, et ne peut déchiffrer les mouvements confus qui l'ont portée à agir.

Voici la gare de Nizan.

A.

nouveau dévisagée par Gar­ dère, Thérèse descend de calèche.

Cette gare lui rappelle des voyages avec son amie Anne, des haltes ici même avec elle : Anne, premier personnage de son histoire, et dont il faudra d'abord parler à Bernard.

Dans le compartiment vide; à peine installée, Thérèse se demande comment rendre son drame inte!ligible à Bernard, pour qu'il comprenne et pardonne.

Peut-être faudra-t-il rappeler son enfance, le temps où elle était lycéenne, et proposée à ses camarades en modèle d'une sagesse toute fondée sur la raison.

Temps de la pureté, pour Thérèse, par contraste avec sa vie de femme mariée; paradis perdu, :>ngélique mais plein de ·passions.

Aux vacances, sa joie était de retrouver à Argelouse Anne de la Trave, pieu­ sement élevée par les dames du Sacré-Cœur.

C'est dans ces étés heureux que sans doute son drame a pris naissance.

Cependant le train entre en gare d'Uzeste, et Thérèse songe qu'elle a peu de temps pour " préparer sa défense '" - 15 -. »

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