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Don juan commentaire

Publié le 09/02/2017

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Mlle Grilli Séquence 3 : Théâtre et représentation Premières Autre exemple de commentaire littéraire Dom Juan de Molière Acte I, scène 2 A la fin de l’année 1664, Molière dont le Tartuffe vient d’être censuré décide d’écrire Dom Juan. Il reprend un mythe qui parcourt toute l’Europe, un mythe bien connu du public du XVIIème siècle. En cette période classique, règne de « l’honnête homme », le personnage espagnol excessif intéresse le moraliste qu’est Molière mais, non sans ambiguïté, le dramaturge en fait également un porte-parole des esprits forts de son temps, du libertinage d’esprit, de bien des critiques qu’il dirige contre l’Eglise et contre la toute puissante Compagnie du Saint Sacrement. La tirade qui est portée à notre attention, extraite de l’Acte I, scène 2, révèle pour la première fois au spectateur le héros éponyme préalablement évoqué en termes peu élogieux par Sganarelle. Dans cette scène d’exposition, le « grand seigneur méchant homme » répond par un éloge de l’inconstance aux remontrances de son valet qui lui reproche sa conduite dissolue. On assiste dans cette scène à une démonstration de la puissance verbale de Don Juan ce qui nous amène à nous demander comment Don Juan essaye de convaincre Sganarelle et ce que cet art rhétorique révèle du personnage.. Nous répondrons à cette question à la faveur de trois axes. Nous verrons tout d’abord comment se fait l’éloge de l’inconstance ; puis nous montrerons que ce texte est également un plaidoyer visant à disculper le séducteur ; enfin nous nous pencherons sur le portrait que le héros brosse de lui-même. ******* Cette tirade permet à Don Juan de répondre à Sganarelle et d’exposer une vision de l’amour qui fait du personnage un mythe au point de donner une expression par antonomase. Don Juan déclame un éloge de l’inconstance en réponse aux remontrances de son valet. Les procédés argumentatifs se multiplient dans le texte pour faire un éloge paradoxal. En effet Don Juan porte aux nues une attitude généralement réprouvée, décriée : celle de l’infidélité. Ainsi on remarque que le personnage cherche à s’imposer sans demi-mesure face à Sganarelle. Cette tirade est avant tout une réponse. Les phrases interrogatives, exclamatives et négatives du début montrent que Don Juan remet en question les propos de Sganarelle, il réagit de façon agressive et vive. Il commence par un « Quoi ! » expressif, qui suggère que l’idée est impensable et inadmissible. Ce seul mot donne le thème de la tirade. Don Juan est dans le refus absolu de ce que lui dit son interlocuteur. Puis la question qui suit est une pure question rhétorique (l.40.42 ) : « Tu veux qu’on se lie (…) ? »Le héros n’attend évidemment pas de réponse et la forme interrogative est une façon de dénoncer des propos scandaleux. D’ailleurs la phrase construite avec une s...
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« Mlle Grilli Séquence 3 : Théâtre et représentation Premières 2 En effet le personnage se présente tout d’abord comme une victime de l’amour.

Il ne peut donc être con sidéré coupable des manquements dont l’accuse son valet.

On remarque que de nombreuses phrases mettent en av ant d’autres sujets que lui : « toutes les belles ont droit de nous charmer,...

»(l.47), « la beauté me ravit...

» (l.5 0), « un beau visage me le demande...

» (l.57) Dans toutes ces phrases Don Juan est objet (« nous », « me », « me ») et ne semble pas p rendre une part active au processus de séduction.

Il semblerait que tout se déroule un peu malgré lui.

De même dans la phrase « où la nature nous oblige » (l.56) se présente-t-il comme la victime d’une loi le dépassant et le contraignant à l’infidélité.

On remarque que les phrases où il est sujet grammatica l mettent également en avant une forme de faiblesse : « je cède »(l.51) ou encor e une incapacité dans « je ne puis refuser mon coeu r » (l.56).

Ainsi, Don Juan accusé par son valet retourne la situation pour se présenter comme une victime de l’amour frappé d’abo ulie face aux femmes.

Son désir de justification se manifeste également à travers l’emploi de termes propres au vocabulaire du droit.

Il s’agit de couvrir ses méfaits d’un voile honorable, presque l égal.

On peut relever un véritable champ lexical : « dro it » (l.47) l« avantage » (l.48) « juste » (l.49), « injustice » (l.53).

Le séducteur se présente ici comme un objet du dési r, victime de l’amour et soucieux d’établir une justice entre les femmes.

Il va donc encore plus loin et passe de la position de vi ctime à celle de juge impartial.

Enfin, il est intéressant de remarquer qu’il justif ie également les méthodes qu’il emploie avec les fe mmes.

Pour se disculper aux yeux de Sganarelle il évoque à plusie urs reprises la douceur de ses procédés.

L’adjectif revient de très nombreuses fois dans ce texte.

On trouve tout d’abord « On goû te une douceur extrême...

» (l.61) puis sous une forme adverbiale « mener doucement »(l.67), enfin « il n’est rien de si doux » (l.74) Il évoque également sa méthode en parlant de « larmes et soupirs » (l.64) alors que l’on sait qu’il a enlevé Done Elvi re d’un couvent et que l’on apprendra qu’il s’apprê te à enlever une jeune femme mariée qui lui a résisté.

Ainsi il y a dans cette t irade une justification de ses méthodes.

Don Juan c herche à adoucir des procédés qui sont brutaux, à embellir la réalité qui n’est p eut-être plus aussi riante qu’il la dépeint.

En cette dernière journée de sa vie Don Juan ressent le besoin de se justifier devant son v alet.

S’il était aussi confiant qu’il le laisse entendre il n’aurait pas besoin de parler autant.

On le voit cette justification a un intérêt dramati que pour la pièce.

Elle nous montre un séducteur pe ut-être affaibli qui ressent le besoin de faire son plaidoyer.

Cependant cette tirade permet également à Molière de brosser un portrait du héros éponyme en ce début de pièce qui doit remplir les f onction d’une exposition.

Les intrigues sont multiples dans la pièce et il importe de présenter le personnage de Don Juan qui confèrera son unité à l’ensemble.

Don Juan illustre à merveille la figure du libertin du XVIIème siècle.

Cependant on pourrait remarquer que cette tirade n’en fait pas un révolté pur.

Il ne concentre pas s a parole sur la critique, ne cherche pas à remettre en question la religion et c’est d’ailleurs Sganarelle qui bien souvent le pousse à s’exprimer sur les sujets polémiques tout au long d e la pièce.

Don Juan, certes, s’oppose mais il ne vit pas en opposition systémati que.

Par rapport au portrait brossé par Sganarelle on constate que les aspects polémiques sont donc absents et que Don Juan insist e surtout sur son libertinage de mœurs et sur son côté esthète.

En effet la sensualité prédomine et il se dépeint comme un amat eur de belles choses.

Pour évoquer cette importance de la beauté il utilise un oxymore très expressif « douce violence » ( l.61) q ui illustre sa faiblesse face au beau.

La beauté est pour lui une force à laquelle il répond par son pouvoir de séduction.

Le champ lexic al du beau est d’ailleurs omniprésent pour désigner par synecdoque les femmes « les autres beauté » (l.45), « une jeune be auté » (l.62) , « une belle » (l.53).

La vue est un sens premier pour Don Juan comme le montrent les références permanentes à la b eauté mais aussi au sens de la vue : « des yeux pour voir le mérite de toutes « (l.54) ou encore « je vois » (l.57).

Dominé par s es sens le Don Juan de Molière reste fidèle au type qui naît avec Tirso de Molina.

Un autre aspect de la personnalité du séducteur se fait jour dans le texte : celui du conquérant.

Don Juan utilise pour parler d’amour le langage de la guerre.

Il développ e une longue métaphore filée lui permettant de décr ire ses tactiques amoureuses.

Il s’agit là d’un emploi classique d’un lieu commun depuis la poésie médiévale mais qui montre égaleme nt les excès du personnage.

On peut relever un champ lexical du com bat qui émaille toute la tirade : « réduire » (l.61), « combattre »(l.63), « rendre les armes »(l.65), « résistance »(l.66), « conquête » (l.73).

Le séducteur, par l’emploi de c es termes militaires, révèle son caractère actif démenti par ailleurs.

Il révèle le besoin d’être dans une action, dans un mouvement pe rpétuel, la nécessité compulsive de relever des défis.

D’ailleurs la réus site ne constitue pas pour lui un achèvement satisf aisant.

On peut remarquer l’angoisse du personnage au bord du gouffre lorsqu’ il dit « il n’y a plus rien à dire, ni rien à souhaiter » (l.69).

La répétition du pronom indéfini « rien » montre bien l’anéantisseme nt qui menace Don Juan à chaque nouvelle conquête.

Don Juan en cela ressemble aux héros antiques que sont Sisyphe et Pr ométhée voués aux éternelles répétitions.

Enfin un dernier aspect du personnage qui transpara ît dans cette tirade est celui du beau parleur.

Le personnage se caractérise en effet par sa faconde et ses excès la ngagiers.

Les hyperboles sont nombreuses qui montre nt assez que Don Juan déborde la réalité.

On trouve tout d’abord « si j’e n avais dix mille » (l.58) ou encore « aimer toute la terre »(l.79) et enfin on remarque qu’il évoque dans une espèce de fantasme d élirant « d’autres mondes » (l.80) Le héros fait ici preuve d’un hybris (démesure) verbal où il se compare même à Alexandre (l.79).

Il souhaite rejoindre une condition supérieure de héros historique ou encore de demi-dieu et cela n’est pas sans provoque r le sourire.

On retrouve le goût de Molière pour la peinture satirique des caractères excessifs.

Don Juan rappelle également l e héros espagnol Matamore dans L’illusion comique de Corneille.

* * * * * * * Ainsi nous avons pu voir dans une première partie q ue ce texte présentait un éloge de l’inconstance puis nous avons étudié le plaidoyer que fait Don Juan pour évoquer son comportement enfin nous nous sommes intéressés au portrait du personnage qui est brossé à travers cette tirade.

Don Juan reste un personnage complexe menacé par se s excès qui le rendent quelque peu tragique - il semble victime de sa natu re – mais également caricatural en raison de ces mê mes excès.

Molière aimait à peindre des personnages extravagants, décalés par r apport à leur milieu, dominés par leur vice et l’on peut se demander s’il ne voulait pas en faire un personnage comique.

Alors D on Juan est-il Matamore ou Prométhée ? la richesse de l’œuvre, la profondeur du texte a laissé aux metteurs en scène la place à l’interprétation.. »

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