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« Le célèbre acteur Louis Jouvet écrit dans ses Réflexions d'un comédien : « C'est dans la mesure où un personnage demeure douteux qu'il a une apparence humaine. La psychologie d'Alceste, de Tartuffe, de Phèdre, d'Andromaque ou d'Hamlet sera toujours à reprendre. » Sans vous en tenir forcément aux noms cités, et en insistant sur Dom Juan, vous vous efforcerez d'élucider et d'expliquer ce caractère énigmatique des grands héros de théâtre. »

Publié le 03/05/2011

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jouvet

L'introduction pourrait partir de la variété des interprétations scéniques de tel ou tel personnage de théâtre : par exemple, Alceste, dont le cas est particulièrement frappant. Le plan pourra se développer en deux parties, dont chacune reprendra l'un des verbes de l'intitulé : élucider, expliquer.

jouvet

« réfléchissait au plan de sa pièce.

Cette expérience a maintes fois été décrite par les dramaturges.

Nous citerons lecas récent de la pièce de M.

Claude Mauriac, Conversation : voici ce qu'en dit l'auteur (Le Monde, 6 janvier 1966) :« J'avais écrit Conversation I en deux jours, en 1963, presque en écriture automatique.

Et, en voyant la pièce, j'aireçu un choc.

Atroce.

Je croyais cette pièce tchékhovienne et j'ai trouvé un rire sordide désespéré dans laConversation I, méchant et brutal dans la seconde.

Il y a là des mots qui me terrifient, un ton général, une espècede comique grinçant dont je suis étonné.

Je croyais qu'ils avaient une âme, mes personnages.

Or, je m'aperçois queM..., le monsieur, en a peut-être une à cause de sa passion pour les oiseaux, mais que F..., la dame, n'en a pas.J'aurais voulu qu'elle ait une vie intérieure, et elle n'est qu'égoïsme monstrueux.

Je ne dis pas que ça m'inquiète,mais les mots, les cris me surprennent.

Pourtant, j'ai écrit, j'ai voulu toutes ces phrases.

Au fond, c'est monétonnement qui m'étonne.

»Il nous semble que Molière a dû connaître une expérience analogue lorsqu'il écrivit son Dom Juan.

Ainsi s'explique lefait que la première représentation de sa pièce le stupéfia lui-même par la puissance de certaines scènes : enparticulier la scène du pauvre (III, 2), ou de certaines répliques, comme celles de Sganarelle sur le moine bourru (III,1) ou sur la mort de Don Juan (fin de la pièce).

Molière supprima ces passages dès la seconde représentation. 3 Le personnage de théâtre tend à être énigmatique.

En effet,le théâtre prend le héros tout fait, tout formé.

L'auteur dramatique, contrairement au romancier, n'a pas le temps des'étendre sur les antécédents psychologiques de ses personnages.

Il se contente d'un minimum de renseignementset il est surtout soucieux de faire démarrer l'action au plus vite (drame signifie action).

On pourrait citer enparticulier les personnages raciniens, saisis dans les deux ou trois heures qui mettent fin à une longue évolution(Phèdre était amoureuse depuis plusieurs années).

Cette rapidité de l'exposition dramatique, qu'on peut opposer à lacentaine de pages de certains romans balzaciens (Le Père Goriot), contribue à expliquer que des interprétationsdivergentes soient possibles. 4 L'évolution des époques et des intérêts permet aux différentesgénérations de découvrir dans les grandes œuvres des richesses diverses.Ainsi, Don Juan, par suite de l'ébranlement causé au monde par les deux derniers conflits, a pu devenir le héros del'absurde, l'homme qui s'efforce de donner un sens à un univers qui n'en a pas; on insistait alors sur l'incroyance etl'inquiétude spirituelle du personnage de Molière.

Autres exemples de cette influence de l'actualité sur la lecture desgrandes oeuvres : Nicomède, de Corneille, monté au T.N.P.

en 1965, pièce dans laquelle on a vu traités lesproblèmes du colonialisme : l'expansion discrète ou violente de Rome pouvant faire penser à l'impérialisme américain.Ou encore, montées la même année, et dans le même théâtre, Les Troyennes d'Euripide (adaptation de J.

P.Sartre), qui se révélait, encore en 1965, un violent réquisitoire contre la guerre et contre la prétention des peuplesdits civilisés (les Grecs) à apporter les bienfaits de leur culture à des peuples dit barbares (les Troyens) : maintesrépliques faisaient penser à l'Europe et aux bienfaits qu'elle venait d'apporter à l'Afrique, en particulier aux Algériens. Conclusion.

L'un des caractères des oeuvres dramatiques de génie, c'est leur constante nouveauté : elles peuventêtre lues à plusieurs plans, vues sous divers angles, selon les tempéraments et les époques.. »

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